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Des irréductibles contre la destruction du «Keeseminnen»
Luxembourg 5 3 min. 01.05.2020

Des irréductibles contre la destruction du «Keeseminnen»

Masque de protection classique ou industriel sur la tête, une quinzaine de personnes sont venues manifester malgré la pandémie.

Des irréductibles contre la destruction du «Keeseminnen»

Masque de protection classique ou industriel sur la tête, une quinzaine de personnes sont venues manifester malgré la pandémie.
Photo: Guy Wolff
Luxembourg 5 3 min. 01.05.2020

Des irréductibles contre la destruction du «Keeseminnen»

Nicolas ANEN
Nicolas ANEN
Sur la friche industrielle Lentille Terres Rouges d'Esch-sur-Alzette, un énorme bâtiment industriel baptisé Keeseminnen, est en cours de démolition. Malgré la crise sanitaire des citoyens protestent... en vain.

(MF avec Nicolas Anen) – Le projet d'urbanisation «Rout Lëns» («Lentille Terres Rouges») qui doit accueillir 3.000 habitants sur plus de 10 hectares à l'horizon 2035 à la frontière de la Métropole du fer et de la France, a fait l'objet de nombreuses discussions. Mais un dernier témoin du glorieux passé sidérurgique eschois, datant de 1907, vient troubler la donne. Les imposants«Keeseminnen», les anciens accumulateurs à minerai, sont menacés de destruction. 

Et ce n'est pas du goût du tout des riverains du quartier «Grenz-Hiel» dont les voix se sont subitement élevées la semaine passée, lorsqu'ils ont assisté au ballet des pelleteuses venues ronger l'édifice et faire place au futur quartier durable.

Le bâtiment des «Keeseminnen» sur la Lentille Terres Rouges. Les préparations de minerai de fer y étaient stockées dans des silos avant d'être transportées vers les hauts-fourneaux.
Le bâtiment des «Keeseminnen» sur la Lentille Terres Rouges. Les préparations de minerai de fer y étaient stockées dans des silos avant d'être transportées vers les hauts-fourneaux.
Photo: Guy Wolff

«Aujourd'hui, ce sont précisément des bâtiments de ce type qui donnent à Belval son charme», lance l'historien Denis Scuto. Il est l'un des manifestants de la toute jeune association baptisée CNCI (Centre national de la culture industrielle) qui ont manifesté la semaine passée, des masques de protection sur le nez, pour faire stopper la démolition. 

«On ne doit pas démolir le bâtiment parce qu'on n'a pas encore idée de ce qui pourrait y être construit», pose Francis Hengen du Mouvement écologique. En faisant référence à la partie restante de la Möllerei à Belval où, après plusieurs années, un projet est désormais réalisé pour l'année dans le cadre d' Esch 2022

Mais les Sites et Monuments et la Ville d'Esch ne voient pas les choses de la même manière. Car «il y a des années, une étude a été réalisée sur le site de la Lentille», explique Patrick Sanavia, directeur du Service des sites et monuments. Le Keeseminnen n'avait alors pas été retenu comme devant devenir un monument à protéger. D'autant que le bâtiment est isolé sur la carte. 

La Ville d'Esch n'est pas pour sa préservation

La production de pièces en fonte est documentée à Belval, avec les hauts-fourneaux, la Möllerei et la Halle des Soufflantes, que l'échevin André Zwally (CSV) s'est engagé à préserver. Mais il est peu judicieux, à ses yeux, de conserver une seule Möllerei sur la Lentille. En revanche, il est prévu d'en préserver certains éléments comme des portails pour les valoriser en d'autres endroits du futur projet.

Ce qu'ont confirmé au Luxemburger Wort l'échevin Martin Kox (Déi Gréng) et la société de développement immobilier Iko Real Estate, qui a acheté le terrain à ArcelorMittal et s'apprête à développer le nouveau quartier.   


«Lentille Rouge»: un nouveau quartier et 1.700 logements planifiés à Esch
1.700 logements, une nouvelle école, des commerces de proximité, 360 emplois et beaucoup de vert. L'avenir de la friche industrielle de la «Lentille Terre Rouge» qui jouxte la frontière française à Esch-sur-Alzette a été présenté samedi soir au cours d'une réunion publique.

Le hall des turbines et un autre bâtiment, appelé «TT», tous deux avec une façade de briques rouges et visibles depuis le rond-point près de la station-service, doivent aussi être préservés. Tout comme la Halle des Soufflantes et un petit poste d'aiguillage. Ces bâtiments recevront une nouvelle fonction mais le développeur ne révèle pas encore laquelle. Fait est que leur réfection coûtera  15 millions d'euros et que tous seront reliés par une future «Allée de la culture industrielle».   

Les portails seront conservés et installés ailleurs dans le futur quartier durable.
Les portails seront conservés et installés ailleurs dans le futur quartier durable.
Photo: Guy Wolff

Iko Real Estate estime que l'état du bâtiment est trop mauvais et les difficultés d'une reconversion trop importantes. L'ennui est surtout que le bâtiment ne permet pas de créer la liaison souhaitée entre le centre d'Esch-sur-Alzette et le quartier de Grenz-Hiel et elle limite également les possibilités de construction.

L'échevin Henri Kox souligne que le permis de démolition du Keeseminnen avait déjà été signé en août et que jusqu'à présent, personne ne s'était manifesté. Quant au Plan directeur «Rout Lëns» qui aurait dû être présenté ces jours-ci, il sera présenté en septembre. Avec ou sans masque de protection, la CNCI promet d'aller au rebond.

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