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«Des exploitations devront encore mettre la clé sous la porte»
Luxembourg 3 min. 13.03.2022 Cet article est archivé
L'agriculture en crise

«Des exploitations devront encore mettre la clé sous la porte»

Guy Feyder, vice-président de la Chambre d'agriculture, ne se montre guère optimiste au regard de la tournure récente des événements.
L'agriculture en crise

«Des exploitations devront encore mettre la clé sous la porte»

Guy Feyder, vice-président de la Chambre d'agriculture, ne se montre guère optimiste au regard de la tournure récente des événements.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 3 min. 13.03.2022 Cet article est archivé
L'agriculture en crise

«Des exploitations devront encore mettre la clé sous la porte»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Entre la hausse des prix des matières agricoles et les dégâts laissés par la crise sanitaire, les agriculteurs peinent à entrevoir leur avenir d'une manière sereine.

Parmi les secteurs qui ont payé un lourd tribut à l'actualité récente, on retrouve l'agriculture. L'explosion des prix des produits pétroliers, l'inflation élevée et la guerre en Ukraine font grimper les prix agricoles, comme nous vous l'expliquions il y a quelques jours. Les agriculteurs et horticulteurs luxembourgeois doivent faire le gros dos en raison des coûts élevés de l'énergie. C'est notamment l'explosion des coûts des engrais qui leur donne du fil à retordre. Par rapport à 2020, on constate une augmentation de 65% en moyenne, tandis que les prix ont encore augmenté de manière spectaculaire à la fin de l'année dernière.


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Le Grand-Duché pollue de moins en moins, c'est ce qui ressort du dernier rapport du Statec concernant le changement climatique dans le pays. La consommation d'énergie renouvelable a quant à elle décuplé ces dix dernières années.

Le secteur, déjà mis à mal par la crise sanitaire, se retrouve aujourd'hui dans une impasse. Vice-président de la Chambre d'agriculture luxembourgeoise, Guy Feyder ne se montre guère optimiste au regard de la tournure des événements. «Nous sommes très anxieux au regard de la crise ukrainienne. Par exemple, notre pays n'est clairement pas propice à la production de maïs en grains car il n'y fait pas assez chaud. Une bonne partie est donc importée et l'Ukraine est le premier producteur en Europe, pareil pour le colza ou encore le blé.» 

«Le fioul devient impayable»

En effet, ce n'est pas pour rien que le pays de Volodymyr Zelensky est aussi surnommé le ''grenier à blé de l'Europe''. «Toutefois, le Luxembourg reste autosuffisant en termes de blé. Il n'empêche que cela va avoir un impact énorme sur notre secteur et on craint les jours à venir», souffle Guy Feyder. Ce dernier ne peut que se montrer pessimiste au regard également de la hausse des prix de l'énergie. «Les prix des engrais ont triplé depuis le printemps dernier, il n'y avait même pas encore la guerre donc. On est en train de vivre un basculement hors normes. C'est exactement le même constat au niveau du fioul pour nos tracteurs où les prix deviennent impayables.» 

Le vice-président pointe également du doigt l'impact sur les prix de vente des produits. «Je pense par exemple au lait cru. La laiterie coopérative luxembourgeoise Luxlait doit également composer avec cette pression constante et cela complique la rémunération des producteurs.»


Wiese unter Wasser 
/ Lokales, Norden, Lokalteil, Unwetter, Regen, Überschwemmung, Inondations, Meteo / 
10.02.2019 /
Überschwemmungen Grosbous in Richtung Vichten / 
Centre Sportif Hartmann - salle Grimmler, Grosbous /
Foto: Ben Majerus
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Alors que l'année s'annonçait productive, l'absence de soleil puis les inondations ont mis à mal les rendements des productions de blé, colza et autre avoine. Cette restriction de l'offre conjuguée à une forte demande ont déjà engendré une hausse des prix du marché.

Et puis comme si cela n'était pas suffisant, la politique agricole commune (PAC), qui doit permettre une agriculture européenne plus durable, contraint les agriculteurs à faire des sacrifices. «C'est une grande pression pour nous. On se demande réellement comment on peut continuer dans cette démarche européenne au regard de cette crise qui traverse le secteur. Par exemple, dans le cadre de la PAC, 4% des terres arables devront être mises en friche chaque année. Mais compte tenu de l'effondrement des marchés et de l'augmentation indécente des prix, est-ce que ces demandes ont-elles encore du sens et sont-elles cohérentes par rapport aux difficultés que nous, agriculteurs, rencontrons à l'heure actuelle?», soutient Guy Feyder. «La sécurité alimentaire doit être préservée. On ne peut pas se permettre de réduire notre production, ce qui est pourtant demandé dans la PAC afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.»

«On réclame une PAC plus juste et cohérente»

Bref, l'avenir est sombre et Guy Feyder craint que certaines exploitations luxembourgeoises, présentent depuis des générations, doivent se résoudre à mettre la clé sous la porte, faute de moyens. «C'est sûr et certain que cela va arriver. Sur les 20 dernières années, on a déjà perdu la moitié des exploitations. Il y a des fermes qui ne parviennent pas à trouver de successeur et c'est totalement compréhensible. Face à la lourdeur de la tâche, les jeunes préfèrent se tourner vers d'autres perspectives. Comment voulez-vous sécuriser le marché alimentaire luxembourgeois si nous continuons à perdre tous ses acteurs?», peste le vice-président de la Chambre d'agriculture, qui conclut en plaidant pour une nouvelle PAC plus juste et cohérente au regard des dernières crises vécues. «Espérons qu'il ne faille pas attendre que les rayons des supermarchés soient vides pour que des décisions fortes soient prises.»

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