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Des élections fédérales «vraiment très atypiques»
Luxembourg 3 4 min. 24.09.2021
Scrutin en Allemagne

Des élections fédérales «vraiment très atypiques»

Après 16 années passées au pouvoir, Angela Merkel s'apprête à quitter le poste de chancelière d'Allemagne en laissant un héritage politique que son successeur pourra assumer ou renier.
Scrutin en Allemagne

Des élections fédérales «vraiment très atypiques»

Après 16 années passées au pouvoir, Angela Merkel s'apprête à quitter le poste de chancelière d'Allemagne en laissant un héritage politique que son successeur pourra assumer ou renier.
Photo: Stefan Sauer/dpa
Luxembourg 3 4 min. 24.09.2021
Scrutin en Allemagne

Des élections fédérales «vraiment très atypiques»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
En élisant dimanche les députés du Bundestag, les électeurs allemands vont également décider du nom de leur prochain chancelier, Angela Merkel ne se représentant pas. Explication des enjeux avec Anna-Lena Högenauer, chercheuse à l'Institut des sciences politiques de l'Uni.

Angela Merkel a incarné pendant 16 ans une période faste pour l’Allemagne, aussi bien sur le plan économique que politique. Quels seront les principaux défis qui attendent son successeur ?

Anna-Lena Högenauer - «Il est clair qu'un chancelier nouvellement élu devra répondre à de nombreuses attentes. Que ce soit le fait de devoir s'imposer comme un leader en Europe pour permettre de faire fonctionner le couple franco-allemand ou la nécessité de devoir faire évoluer la politique étrangère et de défense allemande. 

Anna-Lena Högenauer
Anna-Lena Högenauer
Crédit: Anna-Lena Högenauer

Cette dernière question devrait être un vrai défi car la crise afghane a démontré les faiblesses de l'armée allemande qui devra, à l'avenir, jouer un rôle plus important au sein de l'OTAN et de la coopération européenne. Or, revoir à la hausse les dépenses militaires n'est pas toujours très populaire en Allemagne. Les choses pourraient être plus simples si le futur chancelier n'est pas issu de la CDU car il pourrait prendre ses distances avec ce qu'a fait Angela Merkel. 

 A en croire les sondages, le candidat du SPD pourrait justement prendre les rênes du pays. Qu’est-ce que cette tendance dit de l’Allemagne de 2021 ?

«C'est une question à laquelle il est très difficile de répondre, car ces élections se révèlent être vraiment très atypiques. Notamment du fait qu'une majorité d'électeurs pense qu'il n'y a pas de bon candidat et qu'il n'y a pas de bon programme. Ce qui fait qu'ils vont choisir la personne qu'ils trouvent la moins problématique. 

En l'occurrence entre Olaf Scholz (SPD), candidat qui a affronté plusieurs scandales en tant que ministre mais qui est considéré comme le plus compétent et Armin Laschet (CDU), candidat désigné alors qu'il est globalement impopulaire au sein de son parti et dans la population en général. Du côté de Die Grünen, la situation n'est pas meilleure car la question de la compétence de leur candidate se pose. Il y a donc une très forte frustration du côté des électeurs.

Les discussions suite aux dernières élections fédérales en 2017 s'étaient étalées sur six mois. Les négociations à venir pourraient-elles durer autant, voire plus longtemps cette fois-ci?

«Non, je ne pense pas que ça durera aussi longtemps, mais aucun résultat concret ne devrait être officialisé avant au moins deux mois. Ou un peu plus. Le temps que les négociations aboutissent et que les partis impliqués vérifient les différentes options en lien avec le fait de travailler davantage avec les libéraux du FDP, avec les Verts ou avec die Linke. 


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Le Luxembourg et les autres Etats membres de l'UE doivent-ils s’attendre à de profonds changements dans leurs rapports avec la nouvelle coalition à venir?

«Plusieurs choses pourraient changer, en fonction de la coalition qui verra le jour. Outre la question de la politique étrangère, le positionnement autour des critères de Maastricht et le pacte de stabilité et de croissance pourraient eux aussi évoluer. Autrement dit, l'Allemagne pourrait poursuivre son assouplissement en matière de rigueur budgétaire ou si elle revient à une politique d'austérité. 

Si la coalition penche vers le centre gauche ou si elle aura un accent plus centre droit. Pour l'heure, il est vraiment très difficile de prévoir quoi que ce soit, car beaucoup d'options restent encore sur la table. Au point que si le SPD devait remporter le plus de suffrages dimanche soir, il n'est pas possible de traduire cela en termes de gouvernement.


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De nouvelles synergies pourraient-elles naître entre le Luxembourg et son voisin avec le changement fédéral qui s'annonce?

«D'habitude, les gouvernements luxembourgeois fonctionnent bien avec n'importe quels partis centristes allemands. Mais si un gouvernement social-démocrate allié aux Verts et aux libéraux se met en place, cela ressemblerait raisonnablement au gouvernement luxembourgeois en place. Donc, dans un sens, je dirais qu'il y a probablement beaucoup de potentiel pour coopérer sur des choses comme la politique climatique ou la numérisation. Voire des actions pour plus de solidarité au sein de l'Union européenne, notamment sur le plan financier.


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Au début de la pandémie, le choix unilatéral de l'Allemagne de fermer ses frontières a été très mal perçu dans l'UE et au Luxembourg. Quelles traces pourrait laisser cet épisode?

«Cette décision a effectivement impacté la confiance dans les pays limitrophes de la République fédérale, surtout le fait que cette décision était effectivement unilatérale. Ce message n'était vraiment pas une bonne chose, surtout au sein de l'Union européenne, où nous sommes censés être tous alliés et échanger en permanence. Cela montre qu'en temps de crise, les États se replient sur eux-mêmes et donnent la priorité à leurs propres intérêts. Au détriment de leurs  voisins. Les traces à moyen ou long terme de cet épisode sont d'autant plus difficiles à cerner.

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