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Des commerçants de la gare exaspérés à l'heure des soldes
Luxembourg 14 7 min. 02.01.2020

Des commerçants de la gare exaspérés à l'heure des soldes

Les premiers rails du tram qui devrait passer là à la fin de l'année, sont posés mais Mahmoud Albandakji, patron du Café 2 go, avenue de la Liberté, n'en a que faire. Il a la tête sous l'eau.

Des commerçants de la gare exaspérés à l'heure des soldes

Les premiers rails du tram qui devrait passer là à la fin de l'année, sont posés mais Mahmoud Albandakji, patron du Café 2 go, avenue de la Liberté, n'en a que faire. Il a la tête sous l'eau.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 14 7 min. 02.01.2020

Des commerçants de la gare exaspérés à l'heure des soldes

Maurice FICK
Maurice FICK
Les bonnes affaires ont démarré au Luxembourg mais ne représentent qu'une infime éclaircie dans le quartier Gare. Les travaux du tram ont fait «perdre le fil de la clientèle» témoignent des commerçants à bout de souffle. Le premier échevin réagit.

La Ville de Luxembourg et son Union commerciale (UCVL) ont eu beau y déballer un tapis rouge pour la Grande braderie, financer une campagne de pub de 130.000 euros pour communiquer sur l'accessibilité ou offrir la première heure pour se garer dans le tout nouveau parking Neipperg, nombre de commerces du quartier de la Gare tirent la langue en ces débuts 2020 et de soldes d'hiver.


Nei Avenue , Gare , Chantier Tram , alentours  Rousegärtchen , Foto: Guy Jallay/Luxemburger Wort
L'arrivée du tram à la gare plus chère que prévu
Les travaux d'infrastructures qui permettront au tram de circuler jusqu'à la gare centrale à l'horizon fin 2020 coûteront finalement beaucoup plus cher à la Ville de Luxembourg comme s'en sont rendu compte, lundi soir, les élus communaux.

En attendant que le tram circule enfin de la place de l'Etoile jusqu'à la Gare centrale en desservant quatre nouvelles stations d'ici décembre 2020, la pilule des travaux qui durent, ne passe plus. «On souffre. On va mourir. C'est fini!», balance sérieusement Mahmoud Albandakji. Calme en apparence, le gérant du Café 2 go situé au 21, avenue de la Liberté n'en a que faire des premiers rails du tram fixés devant sa porte, il en paie un prix bien trop fort à son goût. 

Mahmoud Albandakji: «Il n'y a pas de touristes car les gens savent par internet qu'il y a des travaux et ne viennent pas».
Mahmoud Albandakji: «Il n'y a pas de touristes car les gens savent par internet qu'il y a des travaux et ne viennent pas».
Photo: Gerry Huberty

Cela fait presque dix ans que le patron d'origine syrienne fait vivre sa famille mais «depuis pile un an, c'est très difficile. Et maintenant je n'arrive plus à payer ni le loyer, ni la TVA». Il tente de rester calme mais l'exaspération se lit sur son visage quand il ouvre la pochette contenant des dizaines de bordereaux roses, des avis de recommandés témoins de sa détresse à ne plus savoir à quelle porte frapper pour s'en sortir. 

 «Presque 100.000 euros» de préjudice en un an et demi

Il est allé jusqu'au Premier ministre, dit-il. Derrière le comptoir, les impayés s'amoncellent, dont une belle blague: «J'ai reçu une facture de 239 euros de la Ville pour la terrasse mais ça fait un an et demi que je n'ai plus de terrasse!» Son préjudice est aujourd'hui de «presque 100.000 euros» et son dossier est sur la table du comité d'indemnisation pour les travaux du tram auprès de luxtram. L'homme est d'autant plus exaspéré que les travaux du tram ont cessé le 18 décembre 2019 alors qu'il a pignon sur rue sur «ce qui est quand même l'une des principales artères commerçantes de la capitale».

Comme lui, Khatir Batache, gérant de la boutique de prêt-à-porter Nael dans la même avenue, a signé la pétition «pour un soutien financier immédiat des commerces de proximité et indépendants du quartier de la gare, paraphée par près de 100 commerçants et remise fin décembre à Lydie Polfer (DP), bourgmestre de Luxembourg-Ville. Khatir Batache dit aussi «vivre un cauchemar» depuis le début des travaux du tram, en octobre 2018.


Le point noir, depuis le début de semaine, reste fixé aux abords de la gare.
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Des automobilistes désorientés, des usagers de bus énervés et un trafic complètement congestionné. Les élus de la capitale attendent une intervention policière pour démêler le «sac de nœuds» engendré par la fermeture de l'avenue de la Gare aux voitures.

Pour preuve ce premier jour de soldes d'hiver: «Regardez! Il n'y a personne dans la boutique! On se croirait un dimanche après-midi», se lamente-t-il. Neuf ans qu'il est là et depuis juillet, il a perdu «plus de 50% de son chiffre d'affaires» et a dû licencier un de ses employés en octobre. Il est résigné et sait qu'il va «partir à long terme car le client ne reviendra pas».

M. Batache met en cause les travaux du tram qui ont rendu «impossible l'accessibilité au magasin en décembre», mais aussi les drogués qui traînent dans le quartier et font fuir sa clientèle, tout comme l'impact du centre commercial de la Cloche d'Or, ouvert depuis mai 2019. 

«Ça va être bien l'arrivée du tram mais il faut tenir jusque-là», sait bien Nanos, seconde dans un concept store plus haut sur l'avenue, où les temps sont rudes même si le premier jour des soldes éclaire le quotidien. Fait est que les travaux du tram «nous ont fait perdre le fil de la clientèle», constate-elle.

Même phénomène et même constat chez Flora Action. La suppression de l'arrêt de bus juste devant la boutique mais aussi la fermeture forcée du parking des Martyrs suite à un incendie, ont contribué à faire chuter de «plus de 50% notre chiffre d'affaires», témoigne Mme Hamil. 

«Les travaux du tram ont démarré en octobre 2018. Deux mois après on a mesuré l'impact sur notre chiffre d'affaires qui a diminué de moitié par mois», témoigne Mme Hamil.
«Les travaux du tram ont démarré en octobre 2018. Deux mois après on a mesuré l'impact sur notre chiffre d'affaires qui a diminué de moitié par mois», témoigne Mme Hamil.
Photo: Gerry Huberty

La fleuriste regrette les clients de passage comme les avocats ou banquiers et avoue qu'«aujourd'hui on voit un client toutes les deux heures». Le gérant a également introduit une demande d'indemnisation chez luxtram mais «elle est restée sans réponse pour l'heure.» En attendant, elle est contrainte de jeter près de la moitié de ses fleurs à la poubelle.

La Ville «n'est pas l'unique acteur!»

Le premier échevin en charge du commerce à la Ville de Luxembourg, Serge Wilmes (CSV) n'a pas encore vu la pétition signée par près de 100 commerçants du quartier Gare mais «a beaucoup de compréhension et de compassion pour la situation difficile que vivent les commerçants». Il promet de revenir voir les commerçants et d'«en rencontrer un maximum dans les semaines à venir» car «le collège échevinal est à leur écoute. Nous ne sommes pas dans notre tour d'ivoire mais nous ne sommes pas non plus l'unique acteur!»


Pour assurer le nouveau service, la Ville met en service des bus électriques de 10 mètres.
Le Shuttle Gare circulera jusqu'en 2020
En raison du nouveau plan de circulation des bus dans la capitale, entré en service ce dimanche, la Ville de Luxembourg a dû mettre en service une nouvelle liaison. Ce bus desservira l'Avenue de la Liberté désormais dédiée au tram.

En réponse à la sollicitation sonnante et trébuchante des pétitionnaires, le premier échevin répond qu'«on doit donner une aide financière» aux commerçants qui subissent les conséquences d'un «chantier séculaire exceptionnel». Sa solution est de «rendre plus facile la démarche pour obtenir une aide auprès du comité d'indemnisation». Car les critères d'obtention de ces aides, «comme présenter trois années de bilan avant le chantier du tram, nécessite déjà un comptable ne serait-ce que pour remplir toute la paperasse».

Serge Wilmes plaide pour une approche «plus humaine et moins technocrate» du malaise des commerçants côté Gare mais estime surtout que c'est au ministre en charge des Transports et au gouvernement de «prendre leurs responsabilités» le budget de luxtram, qui inclut l'indemnisation réclamée, est porté «par deux partenaires: la Ville de Luxembourg pour un tiers et l'Etat pour deux tiers». Début décembre 2019, luxtram n'avait reçu que onze dossiers d'indemnisation. 

Quant à cette première pétition, «c'était juste pour signaler que les commerçants sont en train de bouger. La pétition a également été déposée à la Chambre des députés», explique Maddalena Oliva, initiatrice du mouvement aux côtés de Salah Hamil, le fleuriste et Erzri Kahn, l'artisan couturier de l'avenue de la Liberté où la parole se libère. Si elle est retenue par la commission des pétitions qui se réunira le 8 janvier, la pétition deviendra publique et pourrait déboucher sur un débat public parlementaire. 


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