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Déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale: La fin de l'amnésie sur la question juive
Luxembourg 2 3 min. 10.02.2015

Déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale: La fin de l'amnésie sur la question juive

Luxembourg 2 3 min. 10.02.2015

Déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale: La fin de l'amnésie sur la question juive

L'historien Vincent Artuso, en présentant son rapport, a expliqué comment la collaboration avec l'ennemi a pris racine au Luxembourg, dans les années 30, et de quelle façon la Commission administrative avait aidé à l'expulsion des Juifs du Grand Duché.

L'historien Vincent Artuso, en présentant son rapport, a expliqué comment la collaboration avec l'ennemi a pris racine au Luxembourg, dans les années 30, et de quelle façon la Commission administrative avait aidé à l'expulsion des Juifs du Grand Duché.

"Ce rapport apporte la lumière sur cette période de l'histoire luxembourgeoise. Le sujet de la collaboration des administrations et des institutions luxembourgeoises n'avait pas encore été étudié et il manquait aussi un débat public sur la question", a déclaré le premier ministre Xavier Bettel en introduction. "Il est important de connaître le passé pour pouvoir orienter le futur", a-t-il rappelé.

C'est suite à la thèse de doctorat soutenue par Vincent Artuso en 2011 à l'Université du Luxembourg, intitulée La Collaboration au Luxembourg durant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), que le Gouvernement lui a confié cette mission. Le jeune historien est remonté au début des années trente pour comprendre et expliquer comment la Commission administrative, ce "Gouvernement de fait" en est arrivé à contribuer à la déportation de Juifs au Luxembourg. "Il a fallu décrire ce flou, le définir et tracer un périmètre de recherche avant tout".

Cet approfondissement de la question de la collaboration a permis de confirmer les éléments de la thèse de Vincent Artuso, aucun n'a provoqué une remise en cause des points traités alors.

Deux ans de travail ont été nécessaires pour aboutir à la rédaction de ce rapport, achevé en janvier dernier. "Il a fallu remonter aux années trente, lorsque les Juifs ont commencé à fuir l'Allemagne nazie et l'Autriche, en 1933". La situation au Luxembourg était différente à ce moment-là, mais ces évènements ont "préparé le terrain".

Une collaboration volontaire

"Les administrations du Luxembourg sous occupation ne furent pas forcées de participer aux persécutions antisémites nazies sous la menace. Elles y collaborèrent tant qu’elles y furent invitées par l’occupant et s’acquittèrent bien souvent de leur mission avec diligence, voire avec zèle – certains chefs d’administration n’hésitant pas à prendre des initiatives. Cette attitude s’explique tout d’abord par l’existence de ce qui était perçu comme une « Question juive », bien avant l’invasion, telle est la conclusion du rapport qui fait 261 pages.

Selon les historiens, le reproche majeur que l’on peut formuler à l’encontre des administrations du Luxembourg sous occupation est qu’elles acceptèrent les ordres du gauleiter Gustav Simon sans discuter et qu’elles refusèrent le retour des Juifs et des Français au Luxembourg.

Cette commission avait-elle le choix? C’est une question à laquelle les historiens répondent de la manière suivante : „Peut-être, si elle l’avait souhaité, car le 13 août 1940, jour où elle lui annonça que son ordre avait été transmis, elle ne s’était pas encore totalement soumise au Gauleiter. Mais elle avait déjà professé son intention de s’adapter à l’ordre nouveau allemand et pris certaines mesures qui indiquaient qu’elle ne souhaitait pas le retour des «Juifs» qui avaient fui l’invasion."

Un débat au sein du Gouvernement

Le premier ministre va proposer un débat de consultation au sein du Gouvernement afin que ce dernier puisse aussi présenter ses conclusions et prendre position: "Il est grand temps, 70 ans après, de sortir de ce flou".

Retrouvez le rapport dans son intégralité.


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