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«Dépenser plus pour assurer la cohésion sociale»
Luxembourg 7 min. 24.09.2020

«Dépenser plus pour assurer la cohésion sociale»

Le ministre du Travail et de l'Emploi Dan Kersch est opposé à la réduction des prestations sociales.

«Dépenser plus pour assurer la cohésion sociale»

Le ministre du Travail et de l'Emploi Dan Kersch est opposé à la réduction des prestations sociales.
Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 7 min. 24.09.2020

«Dépenser plus pour assurer la cohésion sociale»

Dan Kersch s'est confié sur la crise sanitaire et ses conséquences économiques notamment sur l'évolution du marché du travail. Le ministre du Travail et de l'Emploi évoque aussi la question de la fiscalité.

(ER avec DS) - La crise a un impact négatif sur le marché du travail. Le chômage risque de progresser et malgré le contexte de crise économique, le vice-Premier ministre Dan Kersch (LSAP) se montre favorable à ce que l'Etat puisse continuer à investir. «Une augmentation de l'impôt de solidarité ou une augmentation de la TVA ne sont pas envisageables» a-t-il expliqué à nos confrères du Luxemburger Wort.

Dan Kersch, dans les mois qui ont suivi le lockdown, le chômage est parti à la hausse. Bien que le contexte se soit légèrement assoupli, comment voyez-vous l'évolution de l'emploi au cours des prochains mois?

Dan Kersch: «Nous ne pouvons pas passer sous silence les statistiques. La situation est grave et je ne m'attends pas à ce que les chiffres soient favorables dans les prochains mois. Bien que le ratio soit passé de 6,9% en juin à 6,6 % en juillet et 6,4% en août, les projections du Statec font état d'un taux de chômage de 7%. L'augmentation dans les premiers mois de la crise est principalement due à ce que les entreprises n'ont pas embauché. Maintenant nous constatons que le nombre de nouveaux arrivants sur le marché du travail augmente. Il s'agit principalement de jeunes qui ont quitté l'école. Mais ce que je crains, c'est que de nombreuses entreprises commencent seulement à ressentir les effets de la crise


Le chômage accentue son recul en août
Le nombre de demandeurs d'emploi résidents disponibles inscrits à l'Adem s'établissait à 18.525 au 31 août, soit une baisse de 1.232 personnes (-6,2%) par rapport à juillet, selon l'Agence pour l'emploi. Une tendance amorcée depuis le mois de mai.

L'ADEM va-t-elle devoir faire face à un assaut?

«Heureusement, l'ADEM est bien mieux armée qu'il y a quelques années à peine. Cependant, tous les efforts qui ont été faits pour permettre une meilleure prise en charge individuelle des demandeurs d'emploi risquent de s'éteindre à nouveau à cause de la hausse des demandeurs d'emploi. Cela m'inquiète. Nous recrutons actuellement de nouveaux collaborateurs à l'ADEM, mais ils doivent encore être formés. Je suis donc heureux que l'agence pour l'emploi dispose d'une équipe de direction solide. Le conseil d'administration sera bientôt complet. La directrice Isabelle Schlesser va être épaulée par trois directeurs associés: un pour les activités opérationnelles, un pour les questions budgétaires et un troisième pour les projets (domaine informatique,...).

Selon les dernières statistiques, de plus en plus de frontaliers s'inscrivent à l'ADEM. Qu'en est-il de la réorganisation européenne des allocations de chômage, selon laquelle les pays dans lesquels les salariés travaillent doivent payer les allocations de chômage?


ILLUSTRATION ARCELOR MITTAL USINE BELVAL. Vendredi 30 Novembre 2012. © PHOTO/NICOLAS BOUVY
Retour à l'envoyeur pour le chômage partiel
Le ministère du Travail vient d'envoyer aux entreprises ayant bénéficié du soutien financier un rappel : elles doivent vite rembourser le trop-plein éventuellement perçu. Il est question de 320 millions à rembourser l'Etat.

«La réforme n'est plus au centre des préoccupations pour le moment. Mais je voudrais vous rappeler que les frontaliers qui ont perdu leur emploi peuvent déjà s'inscrire auprès de l'agence pour l'emploi au Luxembourg. Ces dernières années, cependant, moins de frontaliers ont fait usage de cette possibilité qu'aujourd'hui.

Au début de la crise, le chômage partiel a été étendu à toutes les industries. Le fonds pour l'emploi a effectué des paiements anticipés pour soulager les entreprises. Qu'en est-il aujourd'hui?

«Le nombre d'entreprises qui ont fait appel au chômage partiel a récemment chuté de manière significative (environ 3 000 entreprises). Presque toutes les branches de l'économie sont concernées mais surtout les secteurs de la restauration, du tourisme et de l'événementiel. Ces trois branches représentent la moitié des entreprises. Le chômage partiel est un outil efficace de lutte contre le chômage mais à moyen terme la problématique de la concurrence déloyale va se poser. Nous devons empêcher certaines entreprises de miser uniquement sur le chômage partiel alors que d'autres s'efforcent de rester à flot. Ce ne sera pas facile. Le gouvernement, les syndicats et les employeurs doivent travailler ensemble pour trouver une solution adéquate.


Politik, Tripartite, Chateau de Senningen, Xavier Bettel, Patrick Dury, foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
La tripartite se concentre sur l'aide aux chômeurs
Les syndicats sont ressortis amers de la rencontre, vendredi, avec Etat et patronat. Pour LCGB, OGBL et CGFP, si des avancées sociales ont été obtenues, la discussion n'a pas permis d'aborder des thèmes essentiels pour assurer une sortie de crise aux dégâts socialement limités.

En parlant de partenaires sociaux. Y aura-t-il une tripartite cet automne comme prévu?

«Je ne peux pas dire ça pour le moment. Les négociations tripartites sectorielles sont actuellement en cours comme par exemple chez Arcelor et Luxair. On discute de nombreux problèmes qui auraient normalement été résolus dans une  tripartite. Des consultations directes avec toutes les parties prenantes sont prévues et nous déciderons si une tripartite est nécessaire ou pas. 

Combien d'argent a été investi dans le chômage partiel? 

«Au cours d'une année normale, les dépenses du Fonds pour l'emploi sont d'environ 700 millions. Cette année, il est estimé à 1,9 milliard d'euros. Bien entendu, de l'argent va être récupéré car de nombreuses entreprises ont reçu des avances très élevées. J'attends des remboursements pour 350 millions d'euros. De nombreuses entreprises ont déjà commencé à rembourser. 

Récemment, le président du CSV, Frank Engel, a appelé à un impôt sur la fortune pour les particuliers et à un impôt sur les successions en ligne directe afin de faire face à la crise. Quelle est votre position? 

«L'accord de coalition ne prévoit ni impôt foncier, ni impôt sur les successions en ligne directe. Le LSAP est un partenaire fiable. Vous ne pouvez pas changer les règles du jeu pendant le match. Bien entendu, chaque parti a sa vision de la question fiscale. Mais le programme gouvernemental compte, la question ne se pose pas durant cette législature.

Une hausse de l'impôt sur les salaires et de la TVA est hors de question pour le LSAP.  

Quelle est la position du LSAP sur la question fiscale?

«Un impôt direct sur les successions n'est pas la voie à suivre. Il y a un large consensus à ce sujet au sein du parti. Mais tôt ou tard, il faudra réfléchir à un impôt sur la fortune gradué intelligemment. Pour le moment, il est encore trop tôt. Nous sommes au milieu de la crise sanitaire et ne savons pas ce que l'avenir nous réserve. Nous ne connaissons ni les conséquences économiques, ni les conséquences sociales de la pandémie. Cependant, d'ici la campagne électorale de 2023 au plus tard, tous les partis doivent se positionner sur la question fiscale. L'équité fiscale sera le thème principal des prochaines élections.

Faut-il craindre une hausse des impôts pour faire face à la crise?

«Je peux dire qu'une augmentation de l'impôt sur les salaires et de la TVA est hors de question pour le LSAP. Les avantages sociaux sont également tabous. Nous nous retrouvons dans une situation où nous devons dépenser plus d'argent pour assurer la cohésion sociale, alors que dans le même temps les recettes diminuent. Nous devons donc réfléchir à la manière dont nous pouvons équilibrer le budget. Nous pouvons y parvenir, par exemple, en contractant des prêts supplémentaires. 


Wirtschaft, Interview mit Jean-Paul Olinger, UEL, Unions des Entreprises Luxembourgeoise, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
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Contrairement au CSV, nous sommes d'avis que cela est parfaitement logique compte tenu des taux d'intérêt très bas, voire négatifs. De plus, nous ne contractons pas de prêts pour redistribuer l'argent tout de suite, mais pour investir. Ce serait une erreur si nous n'investissions pas pendant la crise, sinon l'économie subirait encore plus de pression. Mais il faut trouver un juste milieu entre une dette saine, dont les générations futures bénéficieront également, et une augmentation des revenus.»

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