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«Démocratie et institutions survivront à la pandémie»
Luxembourg 5 min. 03.11.2021 Cet article est archivé
Covid-19 au Luxembourg

«Démocratie et institutions survivront à la pandémie»

Marc Schoentgen, directeur du Centre de formation politique, craint la banalisation des crimes d'Etats totalitaires avec l'emploi inexact du terme «dictature».
Covid-19 au Luxembourg

«Démocratie et institutions survivront à la pandémie»

Marc Schoentgen, directeur du Centre de formation politique, craint la banalisation des crimes d'Etats totalitaires avec l'emploi inexact du terme «dictature».
Photo : Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 03.11.2021 Cet article est archivé
Covid-19 au Luxembourg

«Démocratie et institutions survivront à la pandémie»

Pour l'historien Marc Schoentgen, les mesures anti-covid ne transforment pas le pays en état totalitaire. Il rappelle aux anti-vaccins les privations des libertés qu'a connues le pays sous le régime nazi.

(tb avec Jean-Philippe Schmit) - Les mesures contre la propagation du virus sont le plus souvent présentées par les anti-vax comme une «dictature sanitaire». Un propos qui heurte le passionné d'histoire et de politique qu'est Marc Schoentgen.   

Y a-t-il des choix dans la gestion de la crise qui ont effectivement restreint les libertés fondamentales des citoyens du Luxembourg?

Marc Schoentgen, directeur de la Fondation Zentrum fir politesch Bildung: «Oui. Lorsque la pandémie a atteint l'Europe, des mesures très strictes ont été mises en œuvre très rapidement. Pendant le confinement, les déplacements étaient fortement limités, il y a eu l'instauration d'un couvre-feu nocturne.

Mais aujourd'hui, la situation a changé. Les règles ont été assouplies et il n'y a plus d'état d'urgence. Même s'il existe encore toujours des restrictions à la liberté individuelle par rapport à l'époque précédant la pandémie, comme par exemple l'obligation de porter un masque dans les transports en commun ou  suivre certaines règles pour entrer au restaurant.


(FILES) In this file photo taken on August 07, 2021, a waitress serves food to customers dining indoors at Langer's Deli in Los Angeles, California. - Americans saw their incomes drop by a full percentage point in September as pandemic aid programs to support the unemployed ended that month, according to Commerce Department data released on October 29, 2021. While the decline in income was greater than expected, the report said personal consumption expenditures (PCE) increased by a better-than-forecast 0.6 percent, as consumers channeled their money toward services like health care, restaurants and hotels. (Photo by Patrick T. FALLON / AFP)
Le CovidCheck obligatoire au menu
Désormais, les clients des restaurants doivent impérativement présenter leur QR Code sanitaire s'ils souhaitent s'attabler.

Mais il y a aussi une perspective pour que ces restrictions restantes disparaissent avec le virus. Ces mesures sont temporaires. Dans d'autres pays européens, d'ailleurs, les règles étaient beaucoup plus strictes. Comme en France avec la limitation de se déplacer au-delà d'un kilomètre autour de chez soi ou en Italie. Mais cela n'a pas pour autant transformé ces pays en dictatures. 

La démocratie au Luxembourg résistera donc à la pandémie ? 

«J'en suis convaincu. La démocratie et les institutions de ce pays sont suffisamment solides pour continuer après cette crise sanitaire. Par contre, la façon dont cela se traduira en termes de cohésion sociale est une autre problématique.

Il est important que la démocratie continue de s'adapter aux nouveaux défis. Chacun de ces processus doit être légitimé démocratiquement. Ce fut le cas pour nous lors de cette pandémie. Cela n'exclut pas que des fautes puissent néanmoins être commises. Mais un État démocratique doit parvenir à réparer ces erreurs. C'est d'ailleurs ainsi qu'évoluent une démocratie et ses institutions.


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Quelles expériences le Luxembourg a-t-il eu avec des régimes dictatoriaux? 

«Pendant l'occupation allemande, la démocratie a été éliminée et les gens ont vécu une dictature brutale. Les fêtes étaient interdites, les droits civils suspendus. Les institutions démocratiques ont été mis à mal. Une petite clique décidait du sort de la population à cette époque. Les gens vivaient dans la peur.

Ce fut le cas à l'époque du nazisme mais aussi dans d'autres dictatures totalitaires, comme en RDA ou en Union soviétique. Les habitants ne pouvaient plus exprimer leurs opinions librement. Ils craignaient d'être mis sur écoute à tout moment et d'en subir les conséquences. Ils ont vécu dans un état de surveillance totale pendant longtemps. C'était un grand et constant fardeau pour ces gens.

Ce n'est pas le cas au Luxembourg ?

«Je peux comprendre que les gens se posent des questions ou se méfient de la vaccination anti-covid. Il faut prendre au sérieux les craintes et les préoccupations de ces personnes. À mon avis, les termes inexacts que l'on retrouve dans certains slogans (tels que ''dictature'' ou ''totalitarisme'') doivent être évités quand il est question de cette pandémie. Ils banalisent les crimes d'un État nazi ou ceux d'une dictature, comme ceux pratiqués aujourd'hui en Corée du Nord. Dans tous les États totalitaires, une partie de la population est emprisonnée, déportée ou perd la vie en raison de ses convictions politiques ou religieuses. C'est loin d'être le cas chez nous.


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Y avait-il également une telle résistance aux mesures sanitaires à l'époque de la pandémie de grippe espagnole (1918/19) ? 

«Lorsque cette infection a atteint le Luxembourg, la démocratie était encore très jeune. La culture du débat était différente et les discussions sur la maladie ont été moins passionnées sur le plan politique.

Pendant cet épisode de grippe espagnole il y a plus de 100 ans, les informations circulaient lentement. Aujourd'hui, les flux d'informations sont devenus extrêmement rapides. L'information selon laquelle un nouveau virus avait éclaté en Chine nous est parvenue bien avant la pandémie. Dans le passé, la population désignait un bouc-émissaire responsable de l'épidémie quand il n'y avait pas d'autres explications. Aujourd'hui, on parle d'une ''dangereuse théorie du complot''.

Comment cela se présente-t-il aujourd'hui ? 

«Aujourd'hui, la pandémie de covid peut être expliquée scientifiquement. C'est-à-dire objectivement. Le virus est connu de la science, l'évolution de la maladie a été étudiée. Il existe un vaccin, bientôt des traitements. Néanmoins, les théories du complot persistent encore aujourd'hui et se propagent également via les réseaux sociaux. Il est surprenant de voir à quel point les gens réagissent de manière irrationnelle à la situation actuelle. On ne peut que réagir avec étonnement à certaines déclarations.»

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