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Les paléontologues courent après les découvertes insolites
Luxembourg 4 5 min. 12.05.2022
Zone industrielle de Bommelscheuer

Les paléontologues courent après les découvertes insolites

Les paléontologues Lea Numberger et Ben Thuy dirigent les fouilles.
Zone industrielle de Bommelscheuer

Les paléontologues courent après les découvertes insolites

Les paléontologues Lea Numberger et Ben Thuy dirigent les fouilles.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 4 5 min. 12.05.2022
Zone industrielle de Bommelscheuer

Les paléontologues courent après les découvertes insolites

Glenn SCHWALLER
Glenn SCHWALLER
Des vestiges d'animaux datant de la préhistoire ont été découverts à Bascharage. Sur place, les paléontologues s'activent en espérant faire d'autres découvertes.

En traversant la zone industrielle de Bommelscheuer à Bascharage, on observe aujourd'hui une multitude d'entrepôts. Il y a plus de 183 millions d'années, à l'époque du Jurassique inférieur, la situation était évidemment totalement différente.


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«À cette époque, le sud du Luxembourg était recouvert d'une mer peu profonde, le nord du pays était une île», explique Ben Thuy, paléontologue du natur musée. La frontière entre la terre et la mer se situait alors à peu près au niveau de la limite actuelle entre les régions du Guttland et de l'Oesling. «C'est là qu'était la plage à l'époque», décrit Lea Numberger, également paléontologue au natur musée. 

Mais même si la mer du Jurassique appartient depuis longtemps à l'histoire, il est encore possible de trouver aujourd'hui des traces de cette époque. C'est cette perspective qui a attiré l'équipe des paléontologues Ben Thuy et Lea Numberger à Bascharage.

Les fouilles durent deux semaines

Après la récente découverte de restes d'animaux marins préhistoriques dans la zone industrielle, des travaux de fouilles sont en cours depuis mardi pour tenter de trouver d'autres pièces datant de cette époque lointaine. Chaque jour, environ quatre à cinq personnes s'activent sur le site et participent aux fouilles. Une grande pelleteuse est utilisée pour creuser jusqu'à environ trois mètres de profondeur dans le but d'y trouver d'autres vestiges.


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Les paléontologues n'ont pas beaucoup de temps. Seulement deux semaines, peut-être un peu plus, selon Lea Numberger. Ensuite, la surface sera à nouveau scellée, et un nouvel entrepôt de stockage s'y dressera prochainement.

Ne comportant aucun sous-sol, de tels entrepôts ne sont pas construits en profondeur, ce qui entraîne inévitablement et simplement le scellage de la surface. Les paléontologues, doivent donc redoubler d'effort en creusant un maximum pour faire des découvertes.

Les travaux de construction du nouveau bâtiment devraient commencer début juin, et d'ici là, les paléontologues pourront s'attaquer à la roche sur le site, constituée de schistes bitumineux, des roches sédimentaires à grain fin. «Nous pourrons nous en donner à cœur joie et enlever systématiquement couche après couche. Nous ne sommes pas tributaires des aléas d'un chantier», s'enthousiasme Ben Thuy.

Les paléontologues ont déjà fait leurs premières découvertes, bien que les fouilles ne fassent que commencer. Ainsi, des restes de poissons tombés à l'époque au fond de la mer, victimes du manque d'oxygène qui y régnait, ont été trouvés, préservés jusqu'à aujourd'hui dans la roche.

L'espoir de grandes découvertes

Mais les espoirs des spécialistes vont bien au-delà de ces simples poissons: «Ce qui est toujours spectaculaire, c'est de trouver de grands vertébrés, comme un ichtyosaure ou un plésiosaure, ou même des animaux qui n'ont pas encore été identifiés ici, comme des vertébrés terrestres», ambitionne Ben Thuy.

Des espoirs qui sont loin d'être infondés, car par le passé, le Luxembourg a été le théâtre de découvertes spectaculaires. Ainsi, dans les années 1990, une aile de dinosaure avait déjà été trouvée dans la région. Plus récemment, l'année dernière, une équipe dirigée par Ben Thuy a découvert des fragments d'os de temnodontosaure à Cloche d'Or. Auparavant, les restes d'un tel ichtyosaure n'avaient été découverts qu'une seule fois dans le monde.

Collecter des données scientifiques

Cette fois-ci, il ne s'agira pas forcément d'une découverte aussi spectaculaire. «Nous visons aussi des choses plutôt insignifiantes», fait savoir Ben Thuy. Il fait notamment référence à des restes d'insectes que l'on s'attendrait moins à trouver dans des zones maritimes antérieures. 


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Mais les chercheurs ont déjà fait des découvertes de ce type à Bascharage. «Nous avons déjà trouvé des ailes de libellule», explique Thuy. S'ils peuvent sembler assez insignifiants au premier abord, de tels animaux fournissent des informations sur l'écosystème dominant de l'époque.

Au-delà des vestiges, l'objectif principal des fouilles est de collecter des données scientifiques. Ainsi, un géochimiste danois devrait rejoindre le chantier la semaine prochaine. Il travaillera centimètre par centimètre à travers la roche afin d'en apprendre plus sur le climat de l'époque, à partir des signatures chimiques présentes dans la roche.

Les découvertes seront présentées fin mai

Ces découvertes pourraient également être intéressantes pour la recherche actuelle, car l'époque  du Jurassique inférieur était marquée par un changement climatique. «Il faisait alors très chaud en Europe et le climat était extrême», indique Ben Thuy. Des étés très secs, des épisodes de précipitations abondantes et des moussons caractérisaient alors le climat. 


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Une fois découverts par les paléontologues, les objets sont d'abord emballés de manière à ce qu'ils puissent survivre sans problème au transport. Ils sont ensuite transportés au musée, où ils sont nettoyés avant que le traitement scientifique puisse commencer. Pour ce faire, la coopération entre les experts qui connaissent bien les animaux en question est indispensable.

Le 24 mai, les paléontologues dresseront le bilan des fouilles et montreront lors d'un débriefing public les découvertes qu'ils ont faites lors de ce chantier.

Cet article est paru pour la première fois sur wort.lu/de

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