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De sombres prévisions économiques pour le Luxembourg
Luxembourg 4 min. 07.06.2022
Guerre et prix

De sombres prévisions économiques pour le Luxembourg

Le PIB luxembourgeois devrait connaître une progression de 2% en volume cette année, soit une révision à la baisse.
Guerre et prix

De sombres prévisions économiques pour le Luxembourg

Le PIB luxembourgeois devrait connaître une progression de 2% en volume cette année, soit une révision à la baisse.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 4 min. 07.06.2022
Guerre et prix

De sombres prévisions économiques pour le Luxembourg

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Le Statec se montre très pessimiste face au futur économique du Grand-Duché et tire la sonnette d'alarme vis-à-vis de l'inflation galopante.

On a déjà connu le Statec beaucoup plus optimiste que cela. L'institut national de statistiques n'est pourtant guère positif pour l'avenir économique du pays dans sa dernière note de conjoncture. Selon l'institut, dans un premier temps, l’ajustement simultané des prix à la hausse va peser à terme sur la demande et devrait limiter l’expansion de l’économie luxembourgeoise à 2% cette année. 


L'évolution record des prix pèse sur les Luxembourgeois
La population luxembourgeoise s'inquiète de la flambée actuelle des prix, alors que l'accès à un logement abordable reste la préoccupation majeure, selon les conclusions du dernier Politmonitor réalisé pour le «Luxemburger Wort» et «RTL».

L’année 2022 avait pourtant bien démarré, avec la perspective d’une activité libérée d’une grande partie des contraintes liées à la pandémie de covid-19. Toutefois, la guerre en Ukraine depuis la fin février et les fortes restrictions appliquées en Chine pour faire face à la recrudescence du coronavirus viennent obscurcir l’horizon conjoncturel. «Ces deux nouveaux chocs exacerbent des difficultés qui existaient déjà avant, à savoir les pressions inflationnistes croissantes et les problèmes d’approvisionnement liés à la reprise dite «post-COVID». Ces difficultés, qui pouvaient au départ apparaître comme transitoires, se sont de fait muées en un phénomène qui va impacter de manière bien plus durable et plus marquée la conjoncture économique», annonce le Statec.

Les risques d'aggravation de la situation sont élevés

En effet, vous n'êtes pas sans savoir qu'à l'heure actuelle, l’Union européenne se retrouve particulièrement exposée aux conséquences du conflit. Pour cette année, la croissance prévue pour la zone euro devrait être inférieure à 3%, contre encore 4,5% escomptés à l’automne 2021. «Les risques d’aggravation sont cependant élevés, à la fois en ce qui concerne le développement du conflit et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. S’ils se concrétisaient, ils pourraient entraîner la zone euro dans une dynamique récessive et limiter l’expansion à seulement 1% en 2022».


The newly-released figures are a preliminary estimate of GDP levels
Les premiers effets de la guerre se font ressentir sur l'économie
Près de 100 jours après le début du conflit en Ukraine, les conséquences sur les marchés financiers du Luxembourg commencent à pointer le bout de leur nez.

Si le Luxembourg est relativement peu exposé à la Russie en termes d’échanges de biens et services, les effets indirects des conséquences du conflit se font déjà ressentir via la poussée accrue des prix, la remontée des taux d’intérêt et la fébrilité des marchés financiers. Pour des branches comme l’industrie, la construction et certaines entités du commerce, les difficultés d’approvisionnement vont se renforcer, attisées en sus par les blocages liés aux confinements en Chine.

Ainsi, comme expliqué ci-dessus, le PIB luxembourgeois devrait connaître une progression de 2% en volume cette année, soit une révision à la baisse significative par rapport aux 3,5% encore envisagés dans la précédente note de conjoncture publiée à l’automne dernier. Un rebond de 4% en 2023 est attendu, à condition toutefois que le contexte géopolitique s’améliore et que les prix ne dérapent pas davantage.

Et l'inflation dans tout cela? Celle-ci, tant au Luxembourg que dans la zone euro, s’inscrit au printemps 2022 au plus haut depuis une quarantaine d’années. «Si l’envolée des prix de l’énergie y contribue largement, les tensions inflationnistes se sont également généralisées et intensifiées sur les autres biens et services. La détente attendue prend du retard suite à l’éclatement de la guerre en Ukraine et les mesures de confinements stricts en Chine, impliquant de nouvelles perturbations des chaînes logistiques et des renchérissements des prix de base», précise le Statec.

Une inflation ralentie en 2023

Ce dernier s’attend désormais à une inflation très substantielle pour cette année, à 5,8%, avant de freiner à 2,8% en 2023. Ce freinage découlerait principalement d’un essoufflement des hausses sur les produits pétroliers, tandis que l’inflation sous-jacente resterait soutenue.


Im April gab es eine Lohnindexierung von 2,5 Prozent - die einzige in diesem Jahr, trotz hoher Inflation.
Des taux d'intérêt plus élevés freinent-ils l'explosion des prix?
Les consommateurs luxembourgeois luttent contre la hausse des prix. Les hausses de taux d'intérêt sont censées endiguer l'inflation. Cela comporte des risques et le succès est incertain.

Alors qu’en zone euro, les salaires sont encore peu impactés par l’inflation élevée, des pressions plus fortes devraient se faire ressentir à ce niveau au Luxembourg. «Suite à l’échéance de deux tranches indiciaires dans un laps de temps très court (octobre 2021 et avril 2022), le Statec s’attend à une inflation salariale plus élevée qu’en zone euro en 2022. Cette flambée peut, en partie du moins, être reliée au manque de main-d’œuvre. En comparaison historique et en se basant sur les salaires réels, la hausse ne paraît pas encore exceptionnellement élevée».

Le chômage, la bonne nouvelle

Petite éclaircie dans ce tableau rempli d'incertitudes: en zone euro et au Luxembourg, l’emploi progresse toujours fortement, le chômage reste orienté à la baisse même si les tensions liées au manque de main-d’œuvre persistent. 

Au Luxembourg, le chômage atteint 4,7% en mars 2022, soit le niveau le plus faible depuis décembre 2008. 


L'inflation continue de battre tous les records en Europe
Allemagne, Belgique, France ou encore zone euro, peu importe la zone géographique où elle est calculée, l'inflation continue sa poussée de fièvre au mois de mai, pour atteindre des montants toujours plus affolants.

Concernant la flambée des prix de l’énergie sur les marchés européens, le Statec indique que l’économie luxembourgeoise repose principalement sur des services qui sont peu énergivores et que donc, l’impact direct devrait toutefois être limité. «Si les prix élevés de l’énergie devaient induire une baisse de la consommation de gaz et de mazout, la réduction temporaire du prix des carburants devrait passagèrement stimuler les ventes aux transporteurs internationaux. La hausse des émissions engendrée par les ventes de diesel contrebalancerait ainsi la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) hors transport. Le Statec table sur un tassement des émissions totales en 2022, puis une hausse d’environ 2,5% en 2023».

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WI,Working Poor.Caritas-Buttik.Gare rue Michel Welter. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort