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De retour de mission à Beyrouth
Luxembourg 12 4 min. 22.08.2020

De retour de mission à Beyrouth

Gilles Hoffmann a quitté précipitamment ses fonctions du ministère des Affaires étrangères pour se rendre au Liban, sitôt après l'explosion du 4 août.

De retour de mission à Beyrouth

Gilles Hoffmann a quitté précipitamment ses fonctions du ministère des Affaires étrangères pour se rendre au Liban, sitôt après l'explosion du 4 août.
Photo : Guy Wolff
Luxembourg 12 4 min. 22.08.2020

De retour de mission à Beyrouth

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le Luxembourgeois Gilles Hoffmann revient de la capitale libanaise. Pour le compte des Nations Unies, il était chargé d'établir un rapport sur les besoins de la population après la terrible explosion du 4 août dernier.

Bien sûr qu'il a vu les images de la déflagration. Evidemment que Gilles Hoffmann avait été stupéfait par les images de Beyrouth démolie comme après une scène de guerre. Mais il n'a pas hésité une minute: quand le SMS des Nations Unies a sonné sur son mobile réclamant un spécialiste des missions d'assistance, il a dit oui pour décoller vers le Liban. Juste le temps de ranger ses dossiers au ministère des Affaires étrangères; de faire son paquetage; de subir un test covid... et le Luxembourgeois atterrissait dans une «capitale meurtrie».

Sa première vision? «A la différence des autres terrains où j'ai pu intervenir, là la catastrophe ne s'étendait que sur une zone géographique limitée. C'était grave, mais pas un désastre à l'échelle d'un pays». Vision réaliste d'un homme de 39 ans rôdé aux missions sur des scènes autrement insupportables. Et d'égrainer les dates : 2012 au Sud Soudan, 2013 aux Philippines après le passage d'un typhon, 2015 à la suite du tremblement de terre au Népal... Sans oublier le Tchad et la Sierra Leone en pleine épidémie Ebola ou le Nigéria pris dans des conflits armés.

Gilles Hoffmann, ici avec ses collègues des Nations Unies, sur le site de l'explosion.
Gilles Hoffmann, ici avec ses collègues des Nations Unies, sur le site de l'explosion.
Photo : Gilles Hoffmann

Sept ans que Gilles Hoffmann est ainsi le chef de service d'Emergency.lu. Il s'agit du support d'assistance en télécommunication que le Grand-Duché tient à disposition des pays ou territoires sinistrés. Cette fois, à Beyrouth, c'est sur ses capacités d'analyse de la situation que comptaient les Nations Unies. 

«La mission consistait à lister les besoins et coordonner la réponse internationale qui peut être apportée. On doit fixer à combien s'établira la demande de fonds pour venir en aide au mieux». A ses côtés, d'autres spécialistes de l'assistance d'urgence venus aussi bien du Canada, d'Italie, de Belgique, du Danemark ou d'Autriche. Avec chacun son rôle : «Une collègue, par exemple, devait étudier l'impact de l'explosion sur l'environnement, s'il y avait encore des produits chimiques stockés ou impactés par le blast pouvait s'avérer dangereux».

Alors que les équipes de sauvetage et déblaiement prenaient d'assaut les carcasses d'immeubles, le Luxembourgeois analysait la situation globale. «La chance, si je puis dire, est que l'explosion s'est déroulée sur le port, une zone sans habitants. Sinon le bilan aurait été bien plus grave (près de 170 morts) car tout autour sur 2 km, il ne reste vraiment plus grand-chose. Comme si un fort tremblement de terre avait eu lieu.» Au-delà, entre les bâtiments meurtris et les milliers de blessés («par éclats de verre principalement»), Gilles Hoffmann a repéré les manques à combler, vite ou à moyen terme.


05.08.2020, Libanon, Beirut: Ein Wachmann eines Audi-Autohauses steht vor den zerstörten Ausstellungsräumen, die in Folge einer massiven Explosion im Hafen von Beirut beschädigt wurden. Die gewaltige Detonation am Vortag, die Tote und Verletzte gefordert hat, legte einen Großteil des Hafens lahm und beschädigte Gebäude in der ganzen Stadt. Tausende haben ihre Unterkunft verloren. Foto: Marwan Naamani/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Le Luxembourg se mobilise pour soutenir le Liban
Deux jours après la terrible catastrophe qui a secoué Beyrouth et sa région, la Direction de la coopération au développement et de l'action humanitaire a mis en place ses premières mesures d'aide.

Pour la partie ''Abri des victimes'' (shelter), la délégation onusienne a vite été rassurée. La solidarité familiale a joué à fond, et bien des ménages qui n'avaient plus d'habitation ont trouvé à se loger chez des proches. D'autres ont rejoint des résidences dans les montagnes, à l'écart de la capitale. 

Pour la partie ''Secours médical'' (health), le Luxembourgeois tire son chapeau aux locaux. La Croix-Rouge libanaise a fait «un super boulot», selon lui. «Et ce n'était pas évident au milieu du chaos et au milieu d'une ville où l'épidémie covid était une préoccupation avant l'explosion». 

Gare aux pénuries

Reste la partie «Alimentation'' (food), le rapport de l'humanitaire a mis en garde. «Le port de Beyrouth constituait la porte d'entrée de beaucoup de denrées et matières premières, maintenant qu'une grande partie des installations sont détruites, il va falloir s'attendre à des pénuries. Aussi, une des priorités consiste vraiment à remettre en état les infrastructures du bord de mer.» 

Tout comme l'aide internationale devra se soucier du fait que le souffle des explosions a eu raison d'immenses silos à grains partis en fumée. Un aliment qui fera vite défaut si l'on n'y prend pas garde.


HANDOUT - 07.08.2020, Libanon, Beirut: Einsatzkräfte des Technischen Hilfswerks (THW) stehen mit Rettungshunden an beschädigten Gebäuden. Nach der verheerenden Explosion im Hafen der libanesischen Hauptstadt wird weiter nach Opfern gesucht. Foto: Christian Wenzel/THW/dpa - ACHTUNG: Nur zur redaktionellen Verwendung und nur mit vollständiger Nennung des vorstehenden Credits +++ dpa-Bildfunk +++
Le scénario de Beyrouth improbable au Luxembourg
Les explosions survenues mardi dernier au Liban seraient liées aux conditions de stockage d'une grande quantité de nitrate d'ammonium, un composant très utilisé en agriculture. Mais si de nombreux pays en emploient et en stockent, ce n'est pas le cas du Grand-Duché.

Quinze jours sur place et retour tout aussi express qu'il était parti. Le gilet de la mission a été retiré, et Gilles Hoffmann goûte à nouveau à la vie paisible du Grand-Duché. «Bien sûr que l'on ne revient jamais indemne d'une mission. Mais celle-ci était loin d'être la pire. Et puis j'ai confiance dans ce que l'aide pourra apporter là-bas et la capacité des Libanais à reconstruire leur capitale et trouver le fonctionnement qui leur permette de dépasser cet épisode.» 

Et la politique libanaise? Motus, neutralité du fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères oblige. «Je suis intervenu là-bas comme technicien de la United Nation Disaster Assessment Coordination; la politique, je laisse ça à d'autres.»

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