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Dans les entrailles de la Cité judiciaire

Dans les entrailles de la Cité judiciaire

Dans les entrailles de la Cité judiciaire
Nouvelle attraction touristique

Dans les entrailles de la Cité judiciaire


par Marc THILL/ 25.07.2022

La Cité judiciaire repose sur des piliers en béton. Ils sont impressionnants et puissants. En dessous se trouvent les fondations d'un monastère du 12e siècle.Photo: Gerry Huberty

Là où la justice s'exprime aujourd'hui, des religieuses ont autrefois prié et, plus tard, des soldats y ont logé. Aujourd'hui, ce passé refait surface.

Le plateau du Saint-Esprit n'a pas dit son dernier mot, loin de là. En 2008, la Cité judiciaire y a été inaugurée après de nombreuses années de planification et de construction, un projet très controversé qui a également échauffé les esprits de certains Luxembourgeois. Selon les critiques de l'époque, cette architecture seigneuriale pompeuse des deux frères Rob et Léon Krier était rétrograde et historiciste. Mais il s'agissait aussi de l'emplacement de la vieille ville et des remparts. 

 

Afin d'obtenir l'autorisation de construire la Cité judiciaire à cet endroit historique de la ville, le Luxembourg avait alors fait une promesse à l'Unesco, qui est aujourd'hui tenue, plus de deux décennies plus tard. Il s'agit de remettre en valeur ce qui se trouvait bien avant la Cité judiciaire sur le promontoire rocheux surplombant la vallée de la Pétrusse - l'ancien couvent du Saint-Esprit, construit en 1257 par des sœurs de l'ordre des Clarisses. Bien sûr, pas le couvent dans son intégralité, mais au moins ses fondations. 

En effet, la plupart d'entre elles sont encore intactes et se trouvent aujourd'hui dans le sous-sol de la Cité judiciaire, où elles dorment bien à l'abri sous un plafond en béton et une épaisse couche de sable. 

 

La ministre de la Culture Sam Tanson avait ainsi convié la presse pour une visite en bonne et due forme. En compagnie d'archéologues, d'architectes et de conseillers de la ministre, les journalistes et photographes ont pu se glisser dans le trou sous la Cité judiciaire. Dehors, il faisait une chaleur torride, mais à l'intérieur, il faisait agréablement frais. L'accès aux fondations du monastère se trouve juste derrière la Cité judiciaire, là où fleurissent depuis peu les roses sur les hauts murs de la forteresse. 

Le Moyen Âge et les temps modernes s'entrechoquent 

Un tunnel étroit mène dans les entrailles de la Cité judiciaire et, dès que les visiteurs se sont habitués à l'obscurité, une immense salle souterraine s'ouvre devant eux. On le remarque: cette Cité judiciaire repose sur des piliers en béton. Ils sont impressionnants et puissants. Mais ce qui saute également aux yeux, c'est que même au plus profond de leur bâtiment, les frères Krier ont conçu leur propre esthétique, ces piliers portent leur signature. Question de goût ! Mais entre le Moyen Âge et les temps modernes, il y a des mondes qui s'affrontent ici et qu'on ne peut pas faire oublier si facilement. 

Les promesses devraient être tenues.

La ministre de la Culture Sam Tanson 

Le manteau de sable qui a été étendu il y a plus de dix ans pour protéger les fondations du monastère des Clarisses est en train d'être retiré ces jours-ci. Une drague aspirante de l'entreprise Entrapaulus se trouve à l'entrée du chantier et aspire les grains de sable, pas un par un bien sûr, mais très tranquillement, car il ne faut pas perdre de pierres. Les fondations doivent rester intactes autant que possible, et chaque pierre ici a une histoire. Elle peut faire partie d'un relief, d'un baptistère ou d'une pierre tombale. 

3.000 mètres cubes de sable avaient été déversés sur les précieux vestiges du passé lors de la construction de la Cité judiciaire et doivent maintenant être enlevés. Pour illustrer cet effort, peut-être cette comparaison: un camion parvient à chaque fois à transporter dix mètres cubes de sable, on estime donc qu'au final, ce sont 300 camions qui seront chargés sur le plateau du Saint-Esprit. «Il faut tenir ses promesses», a déclaré la ministre de la Culture Sam Tanson (déi Gréng) lors de la visite des lieux. 

En 1994, lorsque la vieille ville et les fortifications de la capitale ont été inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, les experts n'avaient accepté la construction du palais de justice qu'à condition que les vestiges du monastère soient rendus accessibles. D'où la construction sur piliers. 

Une nouvelle attraction touristique 

Les Clarisses sont désormais sorties de leur sommeil. Une crypte archéologique devrait être terminée d'ici fin 2024 et permettre l'accès aux visiteurs. Il en résultera une attraction touristique supplémentaire qui s'intégrera dans la précieuse palette de curiosités historiques de la ville de Luxembourg : casemates, sentiers de randonnée le long des murs de la forteresse, pont du château, rocher du Bock et bien sûr le musée de la forteresse et les musées d'histoire de la ville et de l'État. 

J'ai eu les larmes aux yeux.

L'archéologue Christiane Bis-Worch 

L'archéologue Christiane Bis-Worch, spécialiste de l'archéologie médiévale et post-médiévale et conservatrice du département d'archéologie médiévale et post-médiévale de l'Institut national de recherche archéologique (INRA) depuis 2004, a été l'une des dernières à travailler sur le site archéologique avant l'arrêt des fouilles en 2002 et le début de la construction de la Cité judiciaire. «Vingt ans plus tard, il y a toujours des surprises, bonnes ou mauvaises», explique l'archéologue. Un escalier en colimaçon, qu'elle avait pu mesurer en 2002, a été détruit - une maladresse, pense la scientifique. «J'ai eu les larmes aux yeux», dit-elle néanmoins. 

L'accès aux fondations du monastère se trouve juste derrière la Cité judiciaire.
L'accès aux fondations du monastère se trouve juste derrière la Cité judiciaire.
Photo: Gerry Huberty

 

Elle espère retrouver les pierres sur le lieu de l'accident afin de pouvoir reconstruire l'escalier. Du côté des bonnes surprises : environ 200 pierres décorées ou colorées ont été trouvées jusqu'à présent, ainsi qu'une pierre de sommet de la voûte. Il ne faut pas se perdre dans les époques, il faut donc orienter l'œil du visiteur. 

La scénographe Lisi Theisen 

Ce qui est intéressant sur ce site, ce sont les sauts dans le temps. En raison du départ abrupt des religieuses vers un nouveau couvent, le temps s'est arrêté là au 17e siècle. De même, l'utilisation religieuse a été suivie d'une utilisation militaire. Cinq siècles d'histoire de nature différente sont donc enfouis sous la Cité judiciaire, que l'on peut en quelque sorte aussi observer au ralenti, des sœurs Clarisses aux soldats prussiens en passant par les soldats de Louis XIV. C'est ce qui rend cette crypte archéologique intéressante, car elle montre aussi bien la vie religieuse que la vie sociale et militaire du Luxembourg. 

Cet article a été publié pour la première fois sur www.wort.lu/de

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