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Dans l'«irréductible» tour du Royal-Hamilius: «Je ne comprends pas pourquoi nous sommes encore là»
Le numéro 49 du boulevard Royal, solitaire au milieu du chantier où tout a été démoli.

Dans l'«irréductible» tour du Royal-Hamilius: «Je ne comprends pas pourquoi nous sommes encore là»

Photo: Pierre Matgé
Le numéro 49 du boulevard Royal, solitaire au milieu du chantier où tout a été démoli.
Luxembourg 2 6 min. 19.02.2016

Dans l'«irréductible» tour du Royal-Hamilius: «Je ne comprends pas pourquoi nous sommes encore là»

Il est resté debout, seul au milieu des ruines. L'immeuble 49 du Boulevard Royal à Luxembourg et ses occupants vivent en plein cœur du titanesque chantier Royal-Hamilius qui va transfigurer le centre de la capitale. Pourquoi ce bâtiment est-il toujours là ? Comment vivent ses locataires, au milieu du bruit et de la poussière ?

Par - Sophie Wiessler

Il est resté debout, seul au milieu des ruines. L'immeuble 49 du Boulevard Royal et ses occupants vivent en plein cœur du titanesque chantier Royal-Hamilius qui va transfigurer le centre de la capitale. Pourquoi ce bâtiment est-il toujours là ? Comment vivent ses locataires, au milieu du bruit et de la poussière ? Nous avons rencontré quelques locataires et tenté d'éclaircir ce mystère.

«On suit l'évolution du chantier depuis nos fenêtres»

On pourrait l'appeler «l'irréductible». A l'image du village de nos chers amis gaulois, «résistants encore et toujours à l'envahisseur», le bâtiment 49 du boulevard Royal reste debout, alors que, tout autour, ses voisins ont tous été démolis au profit du projet Royal-Hamilius.

Le numéro 49 du boulevard Royal solitaire au milieu du chantier où tout a été démoli.
Le numéro 49 du boulevard Royal solitaire au milieu du chantier où tout a été démoli.
Photo: Pierre Matgé

Une situation qui, au vu des photos prises sur les lieux, est un peu cocasse. Le vieux bâtiment semble tenir dans le vide, entouré de ruines et de pelleteuses. Mais cela ne semble pas trop gêner les locataires du bâtiment. Enfin presque. «Cela m'amuse de suivre l'évolution du chantier», explique ainsi Jérémy Joiris, médecin dans ce bâtiment. «Je n'entends pas le bruit. Il y a des amortisseurs sur les pelleteuses, ça fonctionne plutôt bien. J'entendais davantage de choses quand ils ont démoli les immeubles que maintenant», poursuit-il. 

Depuis la fenêtre de sa cuisine, Jérémy a une vue imprenable sur le chantier. Il ne peut s'empêcher de nous emmener sur son balcon, pour que l'on prenne conscience de la chose. «Ah, ce trou là n'y était pas la dernière fois que j'ai regardé. Oh dis donc, ils ont bien avancé !», s'exclame-t-il en nous montrant le chantier.

Mes clientes sont couchées sur le lit, face à la fenêtre et regardent comment ça se passe.

Ce sentiment de curiosité face aux travaux est également partagé par Martine, qui gère un institut d'amincissement au premier étage du bâtiment. «Mes clientes suivent l'évolution du chantier depuis les fenêtres, c'est drôle. Elles sont couchées sur le lit, face à la fenêtre et regardent comment ça se passe. Vous savez, ce bâtiment devient mythique maintenant, il est le seul debout au milieu des travaux, ça attire l'œil, les gens s'arrêtent pour le regarder», souligne-t-elle avec le sourire.

«Il faut relativiser»

Malgré ces quelques avis positifs, la situation reste tout de même difficile pour les habitants de ce bâtiment. A l'image de ce locataire, qui taira son nom. «Je relativise. Ça me gêne mais je reste quand même. Le Boulevard Royal a toujours été un endroit fréquenté et bruyant mais là c'est pire depuis les travaux», explique-t-il. Une épaisse couche de poussière s'est d'ailleurs formée sur son balcon, qu'il ne nettoie plus, las. Il nous montre, impuissant, ces volets fermés et ses chaises de jardin, sales, en ajoutant: «J'ai mal à la tête le soir, avec tout ce bruit. Mais je n'ai pas le choix, je dois rester malgré tout.»

Je trouve ça très con d'avoir laissé le bâtiment en place.

«Il faut relativiser, voir le bon côté des choses, c'est comme ça, ça ne bougera pas. Je trouve ça très con d'avoir laissé le bâtiment en place, je ne vais pas vous mentir, il va faire vieux par rapport au reste. Je ne comprends pas pourquoi nous sommes encore là», se questionne Jérémy Joiris.

Pourquoi ce bâtiment ne fait-il pas partie du projet Royal-Hamilius?

Pour comprendre ce qui s'est passé et pourquoi ces personnes subissent actuellement les inconvénients du chantier autour de leur bâtiment, il faut remonter 4 à 5 ans en arrière. La Ville de Luxembourg a en effet lancé un concours, afin de repenser et redévelopper l'îlot «Royal Hamilius» situé en plein centre-ville de la capitale. C'est la société Codic qui en a remporté le premier prix et qui a donc lancé le projet. Mais «dès le départ, le bâtiment 49 ne faisait pas partie des plans donnés par la mairie», explique cette société.

En effet, les copropriétaires du numéro 49 ont eu de nombreuses discussions avec la mairie concernant ce projet de démolition. La Ville voulait ainsi démolir le bâtiment et le reconstruire, en mieux, comme tous les autres immeubles alentours. «Deux étages supplémentaires auraient ainsi pu être ajoutés au bâtiment», détaille l'avocat du syndicat des copropriétaires Nicolas Thieltgen. Mais malheureusement, tout le monde n'était pas d'accord. 

«Deux copropriétaires se sont opposés assez violemment au projet. Ils ont refusé toute négociation. C'était à chaque fois pour des détails: la taille de l'appartement, la perte d'un balcon, le carrelage, etc. Ils ne voulaient pas voir leur bâtiment démoli, ils ne voulaient pas laisser leur appartement», poursuit l'avocat. 

Dans la loi luxembourgeoise, pour qu'un projet soit adopté, il faut que l'unanimité des copropriétaires votent en faveur de celui-ci. Ce qui n'était donc pas le cas ici. «Ils se sont positionnés comme un village gaulois assiégé. C'était une situation absurde, parce que c'est vraiment dommage pour le Luxembourg et la ville: l'îlot Royal-Hamilius aurait été beaucoup plus joli avec un ensemble homogène. Là ce bâtiment fait tache en plein milieu», souligne Nicolas Thieltgen.

Une perte d'argent estimée à 6 millions d'euros

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Certes le bâtiment 49 restera en place, ne pouvant définitivement plus être admis dans le projet Royal-Hamilius, mais c'est loin d'être fini pour les deux copropriétaires ayant voté contre le projet. 

Ils vont en effet être assignés en justice. «Nous perdons de l'argent avec cette histoire. Si nous avions participé au projet, les nouveaux appartements auraient valu plus chers! Là, les copropriétaires perdent de l'argent, le bâtiment perd énormément de valeur: on estime à 6 millions d'euros le montant des pertes. Nous parlons donc ici d'abus de minorité: les deux copropriétaires récalcitrants vont devoir payer les conséquences de leur acte», assure l'avocat.

Mais ce qui semble encore plus absurde dans cette situation, c'est sans aucun doute le fait que les deux copropriétaires «gaulois» ne vivent actuellement pas dans ce bâtiment 49 du Boulevard Royal...

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