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Dan Biancalana, la jeunesse bienveillante

Dan Biancalana, la jeunesse bienveillante

Photo: Alain Piron
Luxembourg 4 min. 30.11.2018

Dan Biancalana, la jeunesse bienveillante

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Le bourgmestre de Dudelange fait son entrée sur la scène politique nationale après 25 années d'engagement au LSAP.

Black Dahlia, LA Confidential, Usual suspects... Du noir et du néo-noir, tel est l'univers cinématographique de l'ancien criminologue. Un univers qui tranche avec l'aspect avenant et sémillant du député fraîchement élu.

Sur la place de l'hôtel de ville, c'est jour de marché à Dudelange et Dan Biancalana passe d'étal en étal pour acheter viennoiseries et pommes. «C'est selon l'envie», glisse-t-il, tout en payant son dû au maraîcher.

A 41 ans, le bourgmestre de la quatrième ville du pays vient de faire ses premiers pas à la Chambre des députés mais son engagement politique remonte à son adolescence et à son idée bien particulière en termes d'équité et de social.

Cuba, la révélation

Alors qu'il est au lycée, Dan Biancalana s'engage dans un groupe d'élèves qui collectent des fonds pour aider une école dans le sud de Cuba. En 1997, juste avant d'entrer à l'université, il se rendra d'ailleurs durant un mois dans le pays pour apporter son aide et vivre avec les Cubains coupures d'eau et d'électricité, marché noir et culte d'El Comandante.

Mais en attendant, c'est à Esch-sur-Alzette que le petit groupe se démène pour acheter matériel scolaire et informatique et l'envoyer à Cuba. «Certains professeurs nous faisaient des réflexions», se souvient l'ancien élève du lycée de Garçons, «et nous reprochaient de soutenir un régime communiste. Nous répondions alors que notre but était d'aider des élèves qui étaient loin d'avoir les mêmes conditions de vie que nous et rien d'autre. Mais ces remarques m'interrogeaient et me motivaient à pousser plus loin la réflexion».

Dan Biancalana se transforme alors en véritable rat de bibliothèque et à Dudelange, là où il a toujours habité, le jeune homme dévore ouvrages historiques et politiques sur ce qui va devenir son sujet de prédilection de ces années-là: le communisme à Cuba, Fidel Castro et la théologie de la libération.

De là, le sociétal devient une évidence pour le bachelier qui, bien que passionné d'histoire se décide pour des études dans le social. Mais sept ans avant d'intégrer la haute école d'assistant social qu'il choisit à Bruxelles, il s'était déjà engagé dans un mouvement parallèle: les Jeunesses socialistes.

«Je ne viens pas d'une dynastie politique»

Enfant unique d'une famille d'origine italienne, le jeune Dan Biancalana parle le luxembourgeois avec ses parents, l'italien et le dialecte du Frioul avec ses grands-parents. Dans sa famille, on suit l'actualité politique tous pays confondus et on en discute, même si ses parents restent plutôt neutres dans leurs opinions.

«Je ne viens pas d'une dynastie politique», concède le jeune élu, «mais quand j'ai décidé de m'engager mes parents n'y ont mis aucun frein et m'ont laissé libre de mes choix. Au contraire, ils ont bien compris que nos discussions et leur éducation, fondée sur des valeurs de solidarité, étaient un des fondements de mon engagement».

Lors des élections législatives de 2013, Dan Biancalana est accompagné de Paul Rauchs, Martine Kohn (conseillère communale LSAP à Dudelange), Mars Di Bartolomeo et Taina Bofferding aux Rotondes, le soir des résultats.
Lors des élections législatives de 2013, Dan Biancalana est accompagné de Paul Rauchs, Martine Kohn (conseillère communale LSAP à Dudelange), Mars Di Bartolomeo et Taina Bofferding aux Rotondes, le soir des résultats.
Guy Jallay

Le temps de ses études supérieures, où il devient assistant social puis criminologue, Dan Biancalana s'investit moins dans la politique de son pays. Mais dès son retour au Luxembourg en 2002, il reprend le flambeau du LSAP et s'engage non seulement au niveau local mais aussi national en devenant le secrétaire général du parti. En 2005, il participe pour la première fois aux élections communales et se présente naturellement à Dudelange, devient échevin et en décembre 2014, il remplace Alex Bodry et devient bourgmestre.

«Entrer dans l'arène par la porte des élections communales est une bonne manière pour comprendre le jeu politique. Le niveau communal est d'ailleurs une belle expérience puisque l'élu est proche des citoyens ce qui permet un retour immédiat des décisions qui sont prises au sein du conseil communal».

Le respect pour valeur de base

Les bons résultats des communales de 2014 n'auguraient pourtant pas du bond que l'élu de Dudelange a fait en octobre dernier. 20.661 voix et une quatrième position devant Alex Bodry et Georges Engel.

«Le fait d'être bourgmestre de Dudelange permet d'être plus connu mais je ne m'attendais cependant pas à un tel score et je ne me voyais vraiment pas finir à ce niveau-là avant les élections. Je trouve cela sain de se dire que les gens votent pour des personnes de la nouvelle génération politique, cela crée une bonne dynamique et permet de construire des passerelles entre l'ancienne et la nouvelle garde».

L'ancien criminologue du Parquet général de Luxembourg imagine pouvoir s'investir dans les commissions touchant au quotidien des communes comme la mobilité ou l'aménagement. Une chose qui pourrait être possible puisque Taina Bofferding est pressentie pour le poste de ministre de l'Intérieur.

Mais pour lui, une chose est sûre, quel que soit le travail qui lui sera assigné, il entend le réaliser dans le respect des idées et des personnes qu'elles soient de l'opposition ou de la coalition.


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