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Le covid ne doit pas couper les ailes à Luxair
Luxembourg 6 min. 13.07.2021
Crise

Le covid ne doit pas couper les ailes à Luxair

Le directeur général de Luxair, Gilles Feith, continue à carburer à la positivité
Crise

Le covid ne doit pas couper les ailes à Luxair

Le directeur général de Luxair, Gilles Feith, continue à carburer à la positivité
Photo : Chris Karaba
Luxembourg 6 min. 13.07.2021
Crise

Le covid ne doit pas couper les ailes à Luxair

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Après un printemps au ras des pâquerettes, un été maussade s'annonce pour la compagnie aérienne. Mais pour le CEO de Luxair, la reconquête des passagers est la priorité n°1. «L'envie de voyager n'a pas disparu avec l'arrivée du virus», assure Gilles Feith.

En terme aérien, on parlerait de perte d'altitude préoccupante. Gilles Feith, lui, préfère évoquer «une descente un peu brutale» quand il parle de la fréquentation des lignes Luxair. Mais, pas de doute,  à la veille des vacances, les aiguilles s'affolent  : - 42% de passagers en comparaison avec le premier semestre 2020 (qui n'avait déjà rien de réjouissant). Pire encore si l'on se réfère aux six premiers mois de 2019, -81%...


Newsdesk, Cargolux, LX-VCF Not Without my Mask, Findel, Boeing, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Cargolux fait partie des gagnants de la crise
Contrairement à Luxair qui a été fortement pénalisé par la pandémie et ses conséquences, la compagnie aérienne de fret a vu ses bénéfices s'envoler en 2020. Un résultat accompagné par des changements au sein du conseil d'administration, avec la nomination de Christiane Wickler au poste de présidente.

Mais, aux commandes de la compagnie aérienne, le directeur général ne tremble pas. «Les personnes vulnérables sont maintenant vaccinées et tout le monde a besoin de s'aérer». En attendant que cela se traduise sur la vente de billets, le pilote tient fermement le manche avec cette ambition : «Face au courant, je préfère ramer pour reculer le moins possible. Renoncer à faire voler nos appareils n'est pas une option.» 

Malte vient de déclarer ne plus accepter que des voyageurs vaccinés contre le covid. Voilà finalement un choix qui pourrait rassurer la clientèle qui choisirait cette destination. 

Gilles Feith : «Je vois un effet inverse dans cette annonce soudaine. Les gens ont besoin de stabilité, de prévisibilité. Si chaque Etat change les exigences à sa guise, du jour au lendemain, cela n'invite pas à partir. Déjà sans cela voyager en Europe ou non loin semble relever du casse-tête aujourd'hui. Il faut uniformiser les règles sanitaires le plus largement possible pour tout ce qui concerne les déplacements de personnes. Et cela vaut aussi pour notre propre pays.

Voilà quelques jours, avec l'Union luxembourgeoise des agences de voyages, nous avons demandé au gouvernement à ce qu'il revoie cette obligation faite à tout jeune de moins de 6 ans qui rentrerait de vacances depuis l'étranger à disposer d'un test covid en règle. Si je reviens de Rome en voiture, personne ne me demande rien. Alors pourquoi cette mesure seulement pour l'aérien, et ici au Grand-Duché?

Selon vous, ce serait plutôt les restrictions sanitaires variables plutôt que la peur d'être contaminé en avion qui freineraient le retour de la clientèle?

«Clairement. Depuis le début de la pandémie, le secteur aérien n'a jamais été pointé du doigt. Il n'y a pas un avion qui s'est transformé en cluster en plein ciel. La filtration de l'air en cabine et tout le dispositif sanitaire qui entoure la prise en charge des passagers sont particulièrement sûrs et rassurants. Mais les changements de mesures des Etats jouent sur l'humeur du voyageur, et il en faut peu pour qu'il annule en ce moment.

Reste que si le secteur loisirs est à la peine, Luxair souffre aussi de la diminution de sa clientèle corporate. Les hommes d'affaires tardent à reprendre l'avion. Cela a un fort impact sur certaines destinations à forte connectivité internationale (comme Genève) ou des vols aussi communs pour nous que Londres. Avant la crise, nous réalisions 7 vols quotidiens vers la capitale britannique, aujourd'hui nous sommes passés à deux.

Dans le même temps, les compagnies low-cost semblent plus agressives sur le marché.

«Oui, elles attaquent. Nous sommes clairement bousculés par Ryanair, EasyJet et autres sur des destinations comme Lisbonne, Faro, Malaga, Bordeaux ou Marseille. Dans cette période de crise, j'en appelle au bon sens de notre clientèle nationale notamment. J'ai envie de leur dire «Volez social». En choisissant de partir avec Luxair, c'est globalement au pays que vous ferez aussi du bien. Au même titre que lorsque vous choisissez de l'alimentaire en circuit court et votre démarche encourage l'activité près de chez vous... 

En ce moment, les low-costs se voient prêter beaucoup d'argent par les banques. Donc ces sociétés peuvent se permettre de voler à perte. Un Etat ne peut pas avoir la même démarche sur sa compagnie nationale. 

La crise a-t-elle changé quelque chose à l'offre Luxair?

«En dehors des ouvertures/fermetures ponctuelles de frontières, non. Notre offre reste d'être synonyme de qualité, sans exagérer sur les tarifs. Mais nous ne pensons pas que proposer des vols à 2 euros est un modèle économique valable. Nous cherchons évidemment à réduire les coûts mais sans supprimer ce qui fait notre ADN. Même le crémant est revenu à bord (rires). Par contre, nous avons mis en route quelques nouveautés comme les possibilités multicity (je pars d'un endroit, mais je reviens à un autre) ou encore ouvert nos offres d'hébergement LuxairTours. Plus de petits hôtels ou des appartements de charme figurent désormais au catalogue.

Luxair a perdu une centaine d'emplois en un an, en 2020. Cette décrue va-t-elle se poursuivre?

«Il faut d'abord bien insister : il n'y a eu aucun licenciement. Par contre, nous n'avons pas compensé les départs naturels. L'activité n'étant pas là, il n'y a pas lieu de conserver les mêmes effectifs qu'auparavant. Mon objectif est bien de garder tout mon staff dans l'emploi. 

Les mesures de la tripartite nous aident en cela. Par exemple, nous misons encore sur le prêt de main-d'oeuvre. Près de 70 personnels Luxair servent ainsi à la hotline du ministère de la Santé, d'autres ont été détachés au centre de vaccination de LuxExpo ou à Cargolux, en fonction des compétences.

Pour nous en sortir, j'active tous les leviers à disposition (chômage partiel, formation, préretraite, etc). Et j'ai un suivi très régulier de la situation avec les syndicats, même si la discussion est parfois tendue sur la recherche des bonnes mesures qui nous permettront de passer ce trou d'air. Chacun a sa part d'effort dans ce redressement à venir : la firme, l'Etat et le personnel.»

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