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Courses de l'extrême: quelle est la motivation de ces sportifs?
Marathon des Sables: «Certains concurrents marchent beaucoup pendant l'épreuve. Courir dans le sable par une telle chaleur est extrêmement difficile lorsque l'on ne s'est pas entraîné à supporter ces conditions.»

Courses de l'extrême: quelle est la motivation de ces sportifs?

Sophie Hermes
Marathon des Sables: «Certains concurrents marchent beaucoup pendant l'épreuve. Courir dans le sable par une telle chaleur est extrêmement difficile lorsque l'on ne s'est pas entraîné à supporter ces conditions.»
Luxembourg 15 8 min. 07.09.2018

Courses de l'extrême: quelle est la motivation de ces sportifs?

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
C'est une discipline tendance depuis quelques années pour de plus en plus de sportifs: participer à des courses de l'extrême et courir au-delà d'un marathon des distances de 100 km ou plus. Comment font-ils? Quelles sont leurs motivations?

Ils ont commencé à faire quelques courses en compétition. A parcourir 10, 20 ou 40 kilomètres en baskets. Puis ils ont voulu aller plus loin jusqu'à ce que la course devienne une passion. Ces sportifs sont en quête de paysages et d'émotions plus que de médailles. Ils cherchent le défi face à eux-mêmes. Nous avons questionné trois de ces sportifs admirables: Francis, Annick et Sophie. Ils se sont entraînés pour courir de longues distances et, au-delà de leur corps, doivent pouvoir compter sur leur mental.

Francis Marielle vient de la région de Bourg-en-Bresse (Ain, France). Il est arrivé au Grand-Duché fin 2017 pour les besoins de son travail. Il court des ultra trails (longue distance en course à pied) depuis cinq ans. «J'ai toujours été sportif. Plus jeune, je faisais beaucoup de rando et du VTT. Puis j'ai commencé à courir, je me suis mis à la compétition et ça m'a mis le pied à l'étrier. Après j'ai essayé 40, puis 70. Et j'ai réalisé que plus la distance était longue, plus ça me plaisait!» 

Francis Marielle se met à tenir un blog sur ses courses. Il ne s'en occupe plus aujourd'hui, faute de temps. Il y décrivait ses trails, les moments difficiles, les émotions, le regain de confiance, ou la douleur physique, lancinante et dure aussi pour le mental. «La course longue se gère différemment: il y a l'aspect fatigue, la nourriture pendant la course, l'équipement qui doit être adapté mais surtout les moments de partage avec les coéquipiers, les amis qui viennent m'encourager au départ ou au ravitaillement, ou les autres coureurs. A l'entraînement on est seul, mais la course est un partage.»

En juin dernier, il participe à l'Ultra 01 XT dans son département d'origine, l'Ain. Une course de 100 miles (160 kilomètres) à laquelle il se classe troisième après une vingtaine d'heures de course. Blessé à mi-course, il consulte un médecin qui lui indique qu'il peut continuer la course mais au prix de fortes douleurs. Francis Marielle continue, soutenu par ses parents venus l'encourager et par son meilleur ami qui l'accompagne pendant une bonne partie du parcours. «Les encouragements permettent aussi de penser à autre chose.» 

Tor des Géants: 330 km et 24.000 mètres de dénivelé positif  

Maintenant qu'il est au Luxembourg, le terrain lui paraît «un peu plat», pour lui qui était un proche voisin des Alpes. «Pour cette raison je varie mon entraînement en faisant beaucoup de vélo et de course à pied.» Il s'entraîne une vingtaine d'heures par semaine en moyenne. Ce qui le motive à continuer, c'est «la découverte de nouveaux chemins, le dépassement de soi et le plaisir de voir d'autres choses, d'autres gens, d'autres paysages». Son rêve serait de courir des distances de 300 km, comme le Tor des Géants.

Ce Tor des Géants, Annick Weimerskirsch y participe cette année: 330 km, 24.000 mètres de dénivelé positif! Il a lieu en même temps que le Mullerthal Trail.   

«On s'est lancé le défi lors d'une soirée entre copines. C'était un peu en rigolant au départ, avec une amie. Puis on s'est inscrites.» Annick va courir avec son amie Bénédicte. Elle fait des courses extrêmes depuis trois ans et demi. En 2017, elle remporte les 112 km du Mullerthal Trail. Elle participe volontiers à des trails en Belgique. «J'ai commencé par des courses sur route de 10 km. Puis j'ai augmenté petit à petit.» Annick a toujours été sportive. Enfant, elle pratiquait l'athlétisme. 

Le corps ça va, c'est le mental qui compte

«Tenir le coup physiquement, ça va. Le corps est entraîné. C'est surtout le mental qu'il faut avoir. Il doit être à 100%, même plus! Parce qu'il faut savoir aussi à quel moment il faut s'arrêter. Et ça, c'est dur aussi, quand on doit renoncer. Mais si on force on se fait plus de mal que de bien.» Annick et Bénédicte seront les seules Luxembourgeoises à participer au Tor des Géants. Elles sont entraînées par un coach, bien connu dans le milieu sportif grand-ducal (Yannick Bianchini). «Je suis suivie aussi par un kiné pour la préparation. On doit pouvoir faire confiance à son corps sur une telle course. Et côté alimentation, rien de particulier, je fais comme d'habitude. J'ai toujours eu des repas plutôt équilibrés.»

Quant au mental: «Sur un trail, je dois ne penser à rien. Je commence et j'ai envie d'aller jusqu'au bout. Ce qui est important pour moi, c'est le soutien de mon copain, de mes amis. Ma mère travaille pour la fondation Kriibskrank Kanner et proposer ce défi à Lëtz Go Gold est une motivation supplémentaire pour moi, pour venir en aide aux enfants et à leurs familles. Puis c'est un trail mythique, et en plus je le fais avec mon amie Bénédicte.» Annick et Bénédicte ont ouvert une cagnotte pour cette opération de solidarité lancée par la fondation Kriibskrank Kanner (voir encadré ci-dessous). 

«Ce sont des gens à qui tu peux confier ta vie.»

Notre collègue Sophie Hermes s'est mise elle aussi aux trails extrêmes depuis quelques années. Elle participera, comme Francis Marielle, au Mullerthal Trail. C'est devenu une passion à laquelle, outre les entraînements, elle consacre une partie de ses vacances. Sophie va courir à l'étranger, c'est sa façon de faire du tourisme! Ses moments forts ont été le Marathon des Sables (257 km en six étapes et en autosuffisance dans le Sahara), un trail sur le lac de sel en Bolivie à plus ou  moins 3.500 mètres d'altitude, un trail de quatre jours au Vietnam, aussi en autosuffisance (qui consiste à porter ses affaires de rechanges, sac de couchage, nourriture…).   

Les idées de destination et de courses lui viennent soit en fonction de ce qu'un organisateur propose, soit via les blogs qu'elle aime lire ou lorsque des amis ou connaissances postent un trail sur les réseaux sociaux. «Je fais une à deux grosses courses par an. Et d'autres d'une cinquantaine de kilomètres pour la préparation.» Cette année, outre le Mullerthal Trail, elle ira en Afrique du Sud en octobre. Elle reste motivée par son objectif premier: «terminer la course», et participe pour le plaisir de «rencontrer des gens». L'Afrique du Sud, elle l'a choisie car elle pense que «La nature doit être très belle, les paysages variés. J'aimerais avoir la chance de voir des animaux aussi.» Le principe sera similaire à celui du Marathon des Sables: 250 km en une semaine. 

«J'ai pleuré»

Elle a couru son premier marathon en 2014, dans les Alpes. Elle est parvenue jusqu'au bout, mais cette première course a été chargée en émotions pour elle. «J'ai pleuré.». Pleuré parce que le départ était raide et difficile, parce que 40 km, c'est long. Et enfin, les larmes du bonheur de passer la ligne d'arrivée. Elle a voulu le refaire plus tard: «La première fois il pleuvait et on m'avait dit que les paysages étaient magnifiques et je n'ai rien pu voir. C'est pour ça que j'y suis retournée et effectivement, c'était très beau!»

«Souvent, c'est le mental qui joue le plus grand rôle. Se dépasser physiquement, on y arrive toujours. Je n'ai pas de méthode particulière pour entraîner la motivation. Mais ce que je fais, comme on me l'a conseillé, c'est de viser le prochain ravitaillement et non le bout de la course.» C'est en morcelant sa vision de la course qu'elle parvient de fil en aiguille, au but de chaque défi. «Même si tu as eu mal, tu oublies et tu ne te souviens que des aspects positifs des courses, comme les paysages, ou les rencontres. C'est pour ça que je participe à des trails. Pour découvrir des paysages, rencontrer des gens, ces courses créent des liens forts, ce sont des gens à qui tu peux confier ta vie.»