Changer d'édition

Conserver le patrimoine architectural à tout prix
Luxembourg 4 min. 05.08.2020

Conserver le patrimoine architectural à tout prix

A son tour, la Villa Marx (à l'angle du boulevard Pierre Dupong et de l'avenue du X septembre) pourrait prochainement disparaître.

Conserver le patrimoine architectural à tout prix

A son tour, la Villa Marx (à l'angle du boulevard Pierre Dupong et de l'avenue du X septembre) pourrait prochainement disparaître.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 4 min. 05.08.2020

Conserver le patrimoine architectural à tout prix

Anne-Sophie de Nanteuil
Anne-Sophie de Nanteuil
Alors que l'urbanisation bat son plein, les défenseurs du bâti ancien tirent la sonnette d'alarme afin d'éviter toute démolition massive et irrémédiable. Si la pétition remporte un franc succès, cet engouement n'est pas au goût de tous, y voyant un autre aspect : celui des coûts engendrés.

Protéger le patrimoine architectural du pays. Voilà l'objectif de la pétition n°1638. Déposée fin juin sur le site de la Chambre des députés, le texte entend freiner les bulldozers, alors que l'urbanisation galopante du Luxembourg a d'ores et déjà sacrifié nombre de bâtiments témoins du passé. Et visiblement la cause prend puisque plus de 5.200 soutiens se sont fait connaître. La proposition fera donc l'objet d'un débat public à la rentrée.

Pour lutter contre ce type de destructions patrimoniales, un projet de loi a été déposé par la ministre de la Culture, Sam Tanson (Déi Gréng) en juillet 2019. Mais depuis, «la démolition du patrimoine architectural du pays progresse de façon inexorable», regrettent les auteurs de la pétition qui lancent donc, par celle-ci, un «appel urgent». En d'autres termes, ils souhaitent obtenir des «mesures immédiates» de la part des autorités luxembourgeoises.


PK “Projet de rénovation de la Villa Baldauff“/ Projekt Renovation Villa Baldauff/ Villa Pétrusse/ 02.03.2020/ Luxemburg/ Foto : Caroline Martin
La Villa Baldauff s'offre un avenir 5 étoiles
Un investissement de 20 millions d'euros transformera la demeure classée de l'avenue Marie-Thérèse en hôtel de luxe. Ouverture des 21 chambres prévue pour 2022.

A commencer par une protection plus systématique du bâti ancien. Celle-ci devrait ainsi «être la règle, la démolition constituant l'exception». En outre, l'Etat protège actuellement 1.577 bâtiments, via une protection juridique nationale. Toutefois, si la loi offre cette possibilité depuis 1927, «presque la moitié» de ces constructions n'ont été placées sur la liste qu'au cours de ces dix dernières années. 

Aux côtés de l'Etat, les 102 communes du pays sont elles aussi les gardiennes du patrimoine luxembourgeois. Selon la législation en vigueur, elles ont en effet pour rôle de «repérer et protéger les immeubles dignes de protection» via les plans d'aménagement généraux (PAG), rappelle sur son site le Service des sites et monuments nationaux (SSMN). A ce jour, 13.731 bâtiments sont ainsi protégés à travers le pays sur les quelque 17.600 immeubles repérés. 


Surtout, il ne sera pas question de toucher à la façade style Renaissance dont les pierres proviennent de deux carrières luxembourgeoises.
A 110 ans, l'Hôtel des Postes se relooke
D'ici 2023, le siège historique du groupe Post au cœur de la capitale abritera boutiques, hôtel, restaurant, salle de fitness et espaces de coworking. Le projet sera cofinancé puis exploité par Artea. Mais pour les aménagement pas question de nuire à ce fleuron du patrimoine.

Mais certains bâtiments restent voués à disparaître. Ainsi, chaque année, pas moins de 100 bâtiments présentant un intérêt seraient détruits, estimait l'historien Denis Scuto dans le Tageblatt. A l'image de la menace qui pèse sur la Villa Marx, située au coin du boulevard Pierre Dupong et de l’avenue du Dix Septembre à Luxembourg-ville et devenue l'emblème de la bataille menée par les défenseurs du patrimoine. 

Cependant, la conservation de bâtiments a aussi son revers de la médaille. Malgré les subventions accordées par l'Etat, pour les propriétaires, la charge peut s'avérer bien lourde. Qu'il s'agisse des travaux de restauration, d'aménagement ou d'entretien. Travaux qui doivent d'ailleurs être «accompagnés par des hommes de l'art», rappelle le SSMN.  

La crainte de logements abandonnés  

Une conservation plus compliquée qu'il n'y paraît aussi aux yeux du Syvicol. Si le syndicat des communes souligne l'importance de la protection du patrimoine, reste qu'il avait, en février dernier, fortement critiqué l'avant-projet de loi de la ministre de la Culture. Pour ses représentants, l'inventaire des bâtiments à protéger serait «probablement long» et comporterait alors «le risque d’un ralentissement des activités dans le domaine de la construction». 

En outre, le Syvicol craint de voir certaines demeures rester «inoccupées pendant de longues années». Un abandon qui irait alors «au détriment de leur conservation». Pour le syndicat, la protection du patrimoine architectural doit également se faire en maintenant «un certain équilibre avec les autres objectifs de la politique communale», tels que le logement ou le développement d'activités économiques. 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Des logements plutôt que l'Hôtel des Postes
Les élus déi Lenk de la capitale n'en démordent pas: le projet de rénovation de l'ancien siège du groupe Post en hôtel n'a rien de cohérent alors que l'habitat devient inaccessible à Luxembourg. L'opposition à Lydie Polfer en appelle au ministre de l'Economie
Lokales, Pressekonferenz Post Hotel, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
Sam Tanson annonce les priorités législatives
La ministre de la culture Sam Tanson a annoncé hier devant la commission de la culture du parlement que l’avant-projet de loi sur la protection du patrimoine culturel devrait être déposé au cours du 1er semestre de cette année.