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Commission européenne: "Le Luxembourg est en voie de disparition"
Luxembourg 5 min. 08.03.2014 Cet article est archivé

Commission européenne: "Le Luxembourg est en voie de disparition"

Commission européenne: "Le Luxembourg est en voie de disparition"

Photo: Romain Schanck
Luxembourg 5 min. 08.03.2014 Cet article est archivé

Commission européenne: "Le Luxembourg est en voie de disparition"

La plupart des directions générales stratégiques de la Commission européenne à Luxembourg sont délocalisées vers Bruxelles. Un secret de Polichinelle qui semble s'amplifier ces derniers temps et qui fait craindre le pire aux fonctionnaires européens établis au Luxembourg.

"Ça ne pourra jamais être dit officiellement car le traité (de Rome NDLR) stipule que le Luxembourg est un des sièges officiels et donc se doit d'avoir des institutions dans son pays", explique Robert Klar, président du Comité local du personnel de la Commission européenne à Luxembourg.

"D'ailleurs le traité a déjà été violé", renchérit-il, "il existe un accord de siège pour certains services et ces services devraient être principalement au Luxembourg, mais avec le temps, ils sont démantelés et délocalisés en grande partie vers Bruxelles".

Exemple: la DG Connect (direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies). "C'était une DG entièrement installée à Luxembourg et aujourd'hui il y a huit services à Bruxelles et un seul à Luxembourg avec 135 personnes alors qu'elle emploie plus de 1.000 personnes actuellement", souligne Robert Klar.

La DG Sanco (direction générale de la santé et des consommateurs) a connu un sort similaire. La santé publique devrait être installée entièrement à Luxembourg et il y a quelques années, une autre direction de santé publique a été créée à Bruxelles.

Luxembourg était là avant Bruxelles

"Le modus opérandi est toujours le même pour préparer l'accueil des DG à Bruxelles", note Robert Klar, "le cas le plus extrême reste la DG Emploi. A l'heure actuelle, il n'y a même plus une unité complète à Luxembourg, c'est un fragment d'unité".

"Le traité n'a pas été violé au sens strict, mais il est interprété à l'extrême et cela depuis très longtemps", précise Francisco Fernandez Fernandez, vice-président du Comité local du personnel.

Et la destruction du bâtiment Jean Monnet fait craindre le pire aux deux fonctionnaires européens. "Nous craignons le rapatriement des quelque 2.000 employés qui y travaillent à Bruxelles", avouent-t-ils d'une même voix.

"Toute l'Union européenne a démarré à Luxembourg en 1953, Bruxelles n'est entrée en jeu que par après et a gagné en importance par la suite", rappelle Robert Klar, "et aujourd'hui Luxembourg est en voie de disparition du moins pour les DG qui n'ont pas leur siège unique ici comme la Cour des comptes, la Cour de justice ou la Banque européenne d'investissement".

Les services politiques ont tendance à se retrouver à Bruxelles

"Les services techniques comme la traduction, l'informatique, la publication ou encore les statistiques ne sont pas vraiment concernés par cette vague de rapatriements, mais pour toutes les DG connotées politiquement comme la DG Connect, la DG Ecfin, la DG Emploi ou encore la DG Sanco, il y a une volonté claire et nette de tout rapatrier à Bruxelles", souligne le président du Comité du personnel.

"La Commission européenne à Luxembourg est laissée pour compte, c'est la bête noire", renchérit-il, "nous sommes les pires du pire et nous sommes traités comme des chiens".

"Aujourd'hui, Luxembourg est devenu à la limite un service de recrutement", souligne Robert Klar, "quand les gens se rendent compte que c'est mieux à Bruxelles, ils partent là-bas ou rentrent simplement dans leur pays".

Quelles conséquences pour le Luxembourg si tout est réduit à peau de chagrin?

"Chaque fonctionnaire européen qui s'installe au Luxembourg apporte son grain de sel à l'économie du pays", explique Robert Klar.

"Le fait d'avoir des directions générales de nature politique, cela fait venir du monde à Luxembourg" et contribue à son prestige, renchérit Francisco Fernandez Fernandez, "ces personnes vont loger au pays, se nourrir, utiliser les transports en commun et de ce fait faire tourner l'économie nationale".

Bettel plus accessible que Juncker

Seules les autorités luxembourgeoises peuvent changer la donne à leurs yeux. "Chaque poste qui est transféré de Luxembourg à Bruxelles, passe par le cabinet du Commissaire européen du pays, en l'occurrence celui de Viviane Reding", poursuit Robert Klar.  "Or, nous n'avons jamais eu connaissance qu'un transfert de poste ait été bloqué par cette dernière. Si résistance il y a eu, elle était minimale".

"Dieu sait que nous avons essayé de les avertir, mais nous n'avons jamais eu de retour", renchérit Francisco Fernandez Fernandez, "en revanche depuis l'avènement du nouveau gouvernement, nous avons déjà eu pas mal de réunions avec le Premier ministre Bettel et nous avons la sensation qu'il y a une volonté de suivi de sa part".

"Notre sentiment actuel est très positif, mais il faut voir si ce ne sont pas seulement des paroles en l'air", souligne Robert Klar. "En tout cas, nous sommes déjà parvenus à lui parler ce qui n'a jamais été le cas avec l'ancien Premier ministre Juncker".

Charline Lebrun


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