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Comment vivent-ils leur lotissement écologique?
Luxembourg 15 11 min. 30.11.2018

Comment vivent-ils leur lotissement écologique?

Comment vivent-ils leur lotissement écologique?

Photo: Maurice Fick
Luxembourg 15 11 min. 30.11.2018

Comment vivent-ils leur lotissement écologique?

Maurice FICK
Maurice FICK
Leurs maisons à basse consommation d'énergie cherchent le soleil et se partagent une seule chaudière aux copeaux de bois. Voilà quinze ans que les habitants du lotissement écologique «Neit Wunnen» à Putscheid agissent contre le réchauffement climatique. Ils racontent leur qualité de vie.

Le projet-pilote initié en 2001 et inauguré en novembre 2003 sur les hauteurs de Putscheid, au Nord-Est du Luxembourg, ne serait plus réalisé de cette manière aujourd'hui. Evolution du mode et du standard de construction mais aussi du prix de l'are au Luxembourg, oblige.

Quinze ans plus tard, le lotissement écologique «Neit Wunnen» (traduisez: «une nouvelle manière d'habiter») formés de 19 maisons unifamiliales, 4 appartements et 3 maisonnettes offre une façon de vivre en harmonie avec la nature et sans trop gaspiller d'énergie qui continue à faire rêver.

Sandra Schmitz: «On a toujours trouvé ça très bien ce concept de basse consommation énergétique».
Sandra Schmitz: «On a toujours trouvé ça très bien ce concept de basse consommation énergétique».
Photo: Maurice Fick

Tous les logements du quartier sont à basse consommation d'énergie et toutes les maisons ont le visage tourné vers le soleil. «L'entrée se trouve côté Nord, il y a moins de fenêtres. Le salon donne sur le Sud. L'idée est que ce soit très ouvert pour profiter au maximum de l'énergie solaire. Les baies vitrées ont un triple vitrage et toute la chaleur emmagasinée dans la maison y reste», explique Sandra Schmitz, dans son salon inondé de lumière malgré un ciel bas en cette fin novembre.


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Les rayons du soleil ne sont pas la seule source de chaleur. «La chaleur produite dans la buanderie mais aussi dans la cuisine et la salle de bain est réutilisée et répartie par ventilation dans toute la maison», explique Sandra en montrant une bouche de ventilation dans la cuisine dont une large baie donne directement sur la terrasse et le jardin.

Un échangeur de chaleur permet à l'air frais qui entre dans la maison, d'être réchauffé par les calories de l'air chaud consommé, avant son expulsion. Du coup, «c'est toujours frais et aéré» sans même être obligé d'ouvrir une fenêtre. «Ce n'est pas utile d'ouvrir une fenêtre parce que ça gaspille inutilement de l'énergie. Mais on n'est quand même pas prisonnier de notre propre maison!», sourit Sandra qui ouvre grandes les fenêtres quand ça la chante.

Ce qui apparaît comme une seule coquille parfaitement isolée est en réalité «partagé en deux blocs du point de vue énergétique: d'un côté, il y a la partie habitée et de l'autre, le garage avec la cave en dessous. Cette partie n'est pas isolée. Pour ne pas gaspiller l'énergie, la porte qui sépare les deux est plus isolante qu'une porte normale», montre Sandra.

C'est par conviction écologique et via le bouche-à-oreille que Sandra et son époux Christian sont venus s'installer en été 2006 dans le quartier novateur en pleine campagne: «On a toujours trouvé ça très bien ce concept de basse consommation énergétique».


«On s'entend respirer»

«Le triple vitrage, c'était le premier réveil! On a gagné en qualité auditive d'un coup. Elle est telle qu'on s'entend respirer. On a aussi moins besoin de crier pour communiquer», retient Jonathan (prénom d'emprunt), un voisin du quartier. Pour lui, le choix de s'installer dans le lotissement «Neit Wunnen» n'était, au départ, «pas lié à une conscience écologique, c'est venu après» mais clairement guidé par un appel à vivre «près de la nature», partagé par sa moitié.

Jonathan et son épouse sont servis sur ce point: des vallons ardennais aux chemins et routes sinueuses, un horizon vert à perte de vue, tout juste hérissé par quelques éoliennes, s'offrent à leurs yeux et à leurs jambes sportives: «Nous avons complètement obtenu ce que nous envisagions en arrivant ici: une certaine osmose, une harmonie, en tant que couple habitant dans les faubourgs de la Nordstad».

Diekirch est à 15 km. Mais le temps nécessaire pour se déplacer a été une donnée prise en compte dès le départ par le couple. Jonathan travaille à Luxembourg-ville. Comme quatre autres résidents du lotissement.

Photo: Maurice Fick

«Nous étions sur le bon chemin»

«Ce n'est pas une façon de vivre qui est donnée à tout le monde. Depuis le début du projet, il y a des gens qui ont déménagé pour se rapprocher de leur lieu de travail. Chaque fois que les enfants partent pour faire leur sport, il faut bien s'organiser», sait bien Jean Trausch. Secrétaire communal et résident du quartier écologique qu'il a activement contribué à faire éclore, il rappelle que «Neit Wunnen» est à la fois «un concept urbanistique, architectural, énergétique et vert». Les plantations étaient incluses dans le projet de construction.

Ceux qui ont construit dans le lotissement écologique «n'ont pas simplement acheté une place à bâtir mais tout un package: au moment de signer l'acte d'achat, ils savaient quelle maison ils allaient construire, avec quel architecte et avec quels corps de métiers ils allaient travailler jusqu'au passage du test d'étanchéité du bâtiment», explique Jean Trausch qui se rappelle bien des difficultés rencontrées pour vendre les parcelles tant il y avait de conditions imposées pour la construction des maisons à faible consommation énergétique.

La valeur commune, c'est "je fais attention à mon empreinte écologique". Au départ on y adhère inconsciemment. Mais ensuite on y vient à travers les enfants qui nous le renvoient.

Pour donner un coup de pouce aux audacieux, le Fonds pour la protection de l'Environnement couvrait la moitié des frais d'architecte et la commune vendait le terrain à un prix défiant toute concurrence: 6.941 euros l'are. Dans un second temps, il était vendu 10.000 euros. Car «nous voulions que les gens investissent dans les maisons et non dans le terrain! De nos jours ce n'est plus réaliste. A Putscheid l'are se vend entre 40 et 45.000 euros. Et les gens n'ont pas l'argent pour construire les bonnes maisons passives», constate le secrétaire communal.


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«En fin de compte, nous étions sur le bon chemin: les habitants du lotissement ont une maison qui est à la pointe aujourd'hui», estime Jean Trausch.

920 euros de chauffage pour l'année

Les Schmitz peuvent le vérifier sur leur facture de chauffage. Comme tous leurs voisins, ils sont directement connectés au chauffage urbain dont le local technique se trouve au sous-sol de la salle des fêtes. Son toit n'est qu'un immense panneau solaire. L'eau chaude contenue dans l'immense réservoir de 22.500 litres est produite avec des copeaux de bois qui proviennent des forêts environnantes. En cas de grosse panne, il existe la possibilité de connecter une chaudière au fuel. Ce n'est encore jamais arrivé.

Dans chaque maison il y a un ballon d'eau chaude de 1.100 litres alimenté en sous-sol par le chauffage urbain. L'an passé la famille Schmitz a déboursé près de 920 euros de chauffage. Dont 266 euros de taxe fixe annuelle. La moitié de cette taxe couvre les frais d'entretien du chauffage urbain et l'autre moitié constitue une réserve pour le remplacer quand ce sera nécessaire. La maison de plus de 200 mètres carrés a consommé en une année l'équivalent en énergie d'un peu plus de 1.000 litres de fuel.

«Je fais attention à mon empreinte écologique»

Si les 70 habitants du lotissement «Neit Wunnen» savent aujourd'hui gérer l'ouverture et la fermeture de leurs stores et la déconnexion de leur échangeur de chaleur en hiver, un autre aspect que l'écologie prime dans leur vie de tous les jours. «Au niveau de la collectivité, il y a quelque chose de beau qui s'est créé entre les voisins et nous vivons quelque chose de commun. Le plus beau résultat c'est de voir les enfants grandir ici. Leur perception est autre», note Jonathan.

Il réfléchit en se passant la main dans les cheveux et précise: «La valeur commune, c'est "je fais attention à mon empreinte écologique". Au départ on y adhère inconsciemment. Mais ensuite on y vient à travers les enfants qui nous le renvoient».

«En fin de compte, nous étions sur le bon chemin: les habitants du lotissement ont une maison qui est à la pointe aujourd'hui», estime Jean Trausch, secrétaire communal installé dans le lotissement écologique.
«En fin de compte, nous étions sur le bon chemin: les habitants du lotissement ont une maison qui est à la pointe aujourd'hui», estime Jean Trausch, secrétaire communal installé dans le lotissement écologique.
Photo: Maurice Fick

Toute cette aventure de création d'un quartier écologique sur la colline de Putscheid «n'était pas tellement évidente au départ pour certains habitants du village», se souvient Jean Trausch. Quand l'aventure a démarré, Putscheid se mourrait. A peine une dizaine d'habitants «avec une moyenne d'âge de 56 ans. Aujourd'hui y vivent 120 habitants à nouveau et le matin les enfants prennent le bus pour aller à l'école. C'est ça la qualité de vie!»

«C'était bien mais il y a mieux»

Les techniques de construction et de production d'eau chaude utilisées il y a une bonne quinzaine d'années pour le lotissement «Neit Wunnen» à  Putscheid, «étaient novatrices à l'époque. Et c'est toujours bien. Mais aujourd'hui, il y a mieux», reconnaît volontiers Roger Zanter.

Le bourgmestre de Putscheid argumente: «Il s'agissait de maisons à faible consommation énergétique mais qui avaient encore besoin de chaleur. Aujourd'hui les maisons passives n'ont plus besoin de chaleur».

Depuis le 1er janvier 2017, toute nouvelle construction au Luxembourg, doit respecter le standard «maison passive». En clair:  l'isolation thermique doit être tellement performante qu'il n'est presque plus nécessaire de chauffer activement la maison passive.

En matière de construction et d'isolation «il y a eu un vrai saut technologique ces douze dernières années. Nous avons essuyé les plâtres et payé chèrement ce savoir-faire», regrette un brin Jonathan. Ce sentiment d'avoir été précurseur à un prix finalement fort dans un début de siècle où tout va vite, flotte dans l'air du lotissement.

Des solutions alternatives mais qui font sens

Des bâtiments communaux rénovés et économes en énergie, aux systèmes de chauffage alternatifs, en passant par les réseaux de pistes cyclables et piétonnes, Putscheid ne cesse d'investir dans le développement durable et lutte, à son échelle, contre le réchauffement climatique.

Le parc éolien de Parc Hosingen-Putscheid mis en service en automne 2016 compte 6 éoliennes dont 2 se trouvent sur le territoire de la commune de Putscheid. La Société électrique de l'Our (SEO) estime la puissance totale du parc éolien à 16,7 megawatt (MW). La production annuelle estimée (35,9 millions de KWh) couvre la consommation annuelle de 8.000 ménages. Les 6 éoliennes permettent des économies de CO2 de l'ordre de  23.500 tonnes par an.

«En tant que commune, nous essayons de montrer des exemples de "bonnes pratiques" pour ensuite inciter les citoyens à faire de même. C'est notre rôle», estime Roger Zanter. Pour le bourgmestre, c'est évident: «Chauffer au fuel, c'est une catastrophe pour le climat!» La commune se démène pour éradiquer le fléau du fuel.

A Merscheid a également été installée une chaufferie aux copeaux de bois pour les logements locatifs sociaux. «Nous essayons de trouver des solutions alternatives pour tous nos immeubles mais ça doit faire sens», rajoute le secrétaire communal. Sous-entendu: des efforts mais pas à n'importe quel prix.

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