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Comment réduire sa consommation de viande au quotidien?
Luxembourg 6 min. 13.12.2018 Cet article est archivé

Comment réduire sa consommation de viande au quotidien?

Comment réduire sa consommation de viande au quotidien?

Photo: Shutterstock
Luxembourg 6 min. 13.12.2018 Cet article est archivé

Comment réduire sa consommation de viande au quotidien?

La filière de l’élevage produit à elle seule environ 15% des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine dans le monde. Face à ce constat, comment pouvons-nous agir pour, chaque jour, limiter les quantités de viande dans nos assiettes?

Par Jean Vayssières

En 2012, un article du magazine The Economist classait le Luxembourg à la tête des carnivores mondiaux. Si cette étude s’est finalement avérée être biaisée, le Grand-Duché n’en demeure pas moins un important consommateur de viande: selon le Service d’économie rurale, en 2017, les Luxembourgeois ont mangé en moyenne 85.9kg de viande par tête, dont 37.5kg de viande porcine et environ 25kg de viande bovine.

Des chiffres difficilement comparables avec ceux de l’étranger, pour des raisons de méthodes de calcul différentes.

Consommation de viande annuelle, en kilogrammes par tête, de la population luxembourgeoise de 2002 à 2017.
Consommation de viande annuelle, en kilogrammes par tête, de la population luxembourgeoise de 2002 à 2017.
Crédit: Service d’économie rurale

«Les Luxembourgeois aiment manger de la viande, comme les Allemands, c’est dans notre culture», explique Roger Barthelmy, chef de division au Service de l’économie rurale. «Je ne crois pas que nous soyons particulièrement dans l’excès, mais nous sommes loin d’être les derniers».

Or, la filière de l’élevage joue un rôle très important dans le phénomène du réchauffement climatique. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation de l’agriculture (FAO), l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre des filières de l’élevage représentait, sur l’année de référence 2005, 7.1 gigatonnes d’équivalent Co2, soit 14.5% des émissions mondiales d’origine humaine.

Un kilo de bœuf = 18 kilos de gaz à effet de serre

Selon Cyrielle Denharthig, responsable «Agriculture et Alimentation» de la fédération d’associations Réseau Action Climat, trois facteurs entrent en compte dans ces émissions: d’une part, la fermentation entérique des ruminants qui, dans leurs différents estomacs, produisent puis expulsent de grandes quantités de méthane.

D’autre part, la gestion des déjections animales, qui rejettent du méthane et du protoxyde d’azote, deux puissants gaz à effet de serre, dans l’atmosphère. Enfin, la fabrication et l’acheminement de l’alimentation animale: la production d’un kilo de viande de bœuf émet ainsi 18 kilos de gaz à effet de serre, là où un kilo de lentilles n’en émet que 0.2, selon le Réseau Action Climat.

Mais ce constat n’est pas une fatalité. «Il est possible de réduire les émissions mondiales du secteur de l’élevage de 30% en généralisant les pratiques des éleveurs les plus performants dans chaque région du monde», rappelle Jeanne Bormann.

Une précision appuyée par la FAO qui, en 2014, annonçait dans un rapport intitulé «Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage» qu’il «existe plusieurs façons de réduire les émissions du secteur: en réduisant la production et la consommation, en réduisant l’intensité des émissions, ou en faisant les deux».

Consommer local

Pour Jeanne Bormann, qui est à la tête du Service de la production animale du ministère de l’Agriculture, l’une des possibilités est de favoriser la qualité à la quantité, notamment en consommant local.

C’est également l’avis de Cyrielle Denhartigh: «Dans le circuit court, les paysans fournisseurs sont souvent dans l’agroécologie», constate-t-elle, «et les produits ne sont pas acheminés depuis l’autre bout du monde».

Il faut se défaire de l’idée selon laquelle un repas doit forcément comporter de la viande

Mais même en circuit court, qui dit transport dit pollution. D’une part, proportionnellement aux quantités de viande transportées, les circuits courts émettent beaucoup de gaz à effet de serre. D’autre part, un kilomètre parcouru sur la route nécessite, pour «compenser», l’achat de 2,5 kilos de produits, selon Cyrielle Denhartigh.

Raison de plus, insiste-t-elle, pour «toujours aller vers les circuits courts, mais également bien optimiser ses achats, en se rendant dans des boutiques d’agriculteurs mutualisées et en y faisant également des courses pour ses voisins ou sa famille».

Au Luxembourg, il est possible de consommer de la viande issue d’exploitations dites «extensives», en opposition à l’agriculture intensive, dont les méthodes se veulent plus respectueuses de l’environnement.

Les magasins Delhaize commercialisent déjà la viande du label «Naturschutz Fleesch», issue d’élevages installés en zones protégées, conciliant agriculture et environnement. Une centaine d’agriculteurs du Grand-Duché ont déjà adopté le label.

Au-delà des circuits courts, l’enjeu du réchauffement climatique se joue en partie dans la composition de nos assiettes. «Il faut essayer de se défaire de l’idée selon laquelle un repas doit forcément comporter de la viande», poursuit Cyrielle Denharthig. Si le flexitarisme, le végétarisme et le véganisme sont envisageables, «il ne faut pas faire peur aux gens en leur disant que tout le monde doit devenir végétarien ou vegan», tempère-t-elle. 

Légumineuses et céréales, sources de protéines végétales

Nulle obligation, donc, de pousser ses habitudes à l’extrême, même si selon Cyrielle Denhartigh, «le régime végétarien n’est pas dangereux pour la santé, au contraire». L’essentiel reste d’envisager sa consommation de viande de façon réduite et de diminuer les quantités utilisées.

«On peut par exemple remplacer une partie de la viande d’une bolognaise, ou de boulettes de viande, par de l’œuf, de la chapelure et des oignons émincés», détaille la responsable du Réseau Action Climat, «et on ne s’en rendra même pas compte».

Mais à limiter sa consommation de viande, ne risque-t-on pas de subir des carences alimentaires ? «Les régimes végétariens montrent qu'il est possible de vivre sans manger de viande», précise Jeanne Bormann, «à condition que certaines précautions soient prises pour équilibrer le régime alimentaire».

Les protéines, que nous nous procurons dans la viande, peuvent ainsi être trouvées dans les légumineuses et les céréales complètes. Mais attention aux produits trop transformés, comme les steaks de soja, qui sont souvent suremballés et nécessitent souvent de transporter les produits sur de grandes distances. De plus, certaines denrées - le soja et le quinoa par exemple - jouent un rôle important dans la déforestation, et donc, dans le réchauffement climatique.

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