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Comment les sinistrés des inondations de 2016 ont-ils été indemnisés?
Luxembourg 7 8 min. 03.09.2018

Comment les sinistrés des inondations de 2016 ont-ils été indemnisés?

La violence des flots a arraché les portes de garage et entraîné les voitures dans sa furie. La vallée de l'Ernz n'était plus que désolation.

Comment les sinistrés des inondations de 2016 ont-ils été indemnisés?

La violence des flots a arraché les portes de garage et entraîné les voitures dans sa furie. La vallée de l'Ernz n'était plus que désolation.
Pierre Matgé
Luxembourg 7 8 min. 03.09.2018

Comment les sinistrés des inondations de 2016 ont-ils été indemnisés?

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Deux ans après les terribles inondations de juillet 2016, nous faisons le point sur ce que les habitants sinistrés de la vallée de l'Ernz ont perçu comme aides. Retour sur les événements, du côté d'Ermsdorf, avec le bourgmestre André Kirschten.

«L'eau est montée jusque là!» s'exclame le bourgmestre d'Ermsdorf André Kirschten en montrant à bout de bras, au-dessus de lui, la plaque qui a été apposée sur un mur de l'église. «Tout est arrivé si vite, c'est impossible à décrire. A une vitesse…», dit-il en pesant ses mots. «Les portes de garage des maisons ont été arrachées par la violence des flots, les voitures ont été entraînées dehors. On avait déjà été inondés par le passé. Mais jamais, jamais à ce point!» La plaque, qui comporte la date du 22 juillet 2016, est située à deux bons mètres de hauteur. 

Pourtant, en arrivant au centre du joli village d'Ermsdorf, il est impossible d'imaginer en passant sur le petit pont fleuri, en pierres, qui enjambe un paisible petit cours d'eau, une telle furie des eaux. Cette petite rivière, c'est l'Ernz blanche, qui se faufile jusqu'à Larochette en passant par Medernach. «Les murs le long de la rivière ont été emportés. En un quart d'heure, le centre du village était sous deux mètres d'eau! Et en deux heures, tout était ravagé.» 

Ce 22 juillet 2016, un orage avait éclaté non loin de là. «C'était un petit orage qui a éclaté sur la montagne entre Christnach et Heffingen. J'étais avec ma femme à la maison sur la terrasse, il faisait beau, on n'a rien vu arriver.» Des pluies torrentielles se sont abattues sur le secteur. «C'était une catastrophe naturelle! L'eau a charrié des arbres et des troncs de la forêt, depuis la montagne. Avec la force de l'eau, huit ou neuf ponts ont été détruits, comme ça!» Il fait un geste rapide de la main, comme un claquement de doigts, qui résume la vitesse et la force destructrice des eaux, ce jour-là. 

«Dans l'église? C'est incroyable ce qu'on a vu là-dedans aussi. A l'intérieur, tout était foutu. Ses murs font environ un mètre d'épaisseur. Il a fallu attendre deux ans que ça sèche. L'extérieur a été refait il y a deux mois seulement. Et c'est encore humide à l'intérieur. Ça a été nettoyé, mais il y fait encore trop humide pour y travailler.»

L'eau a tout emporté sur son passage, et les inondations ont anéanti l'intérieur de nombreuses maisons. «Rien que pour Ermsdorf et Medernach, il a fallu 120 camions pour évacuer les déchets issus des maisons, tout ce qui avait été détruit. Dans les bennes, on voyait des jouets d'enfants, des photos, des antiquités fichues, des meubles, des appareils électroménagers et des voitures.»

Solidarité et visite du couple grand-ducal

Les habitants sont anéantis. Mais les voisins viennent en renfort, se retroussent les manches. Les pompiers de toutes les communes environnantes travaillent d'arrache-pied, pendant deux semaines, du matin au soir pour aider les habitants, nettoyer, pomper l'eau. C'est la première chose à faire: nettoyer et jeter ce qui est inutilisable. Un soutien qui fait aussi du bien au moral. Dans une ferme un peu plus loin, on n'accède que par un pont. Celui-ci aussi a été arraché par les eaux déchaînées. «Les vaches avaient juste la tête hors de l'eau, coincées dans leur étable. Une seule avait réussi à s'échapper et à traverser la route. Un fermier voisin les a vues, il a ouvert l'étable et a emmené le troupeau à l'abri, dans un de ses prés, en hauteur.» 

Le Grand-Duc a appelé le bourgmestre sur son mobile. «Il voulait venir de Cabasson pour nous rendre visite et nous soutenir, mais je lui ai dit que ce n'était pas possible: tout était dans un tel état, on était dans la boue. C'était gênant pour nous. On voulait tous quelque chose de simple et de chaleureux.» Le Grand-Duc et la Grande-Duchesse ont rendu visite aux habitants quelque temps après. «La Grande-Duchesse est venue deux fois voir les enfants à l'école et à la Maison Relais. Ça a fait tellement de bien aux gens! Et surtout aux enfants. Elle est venue passer l'après-midi avec eux. Ils étaient vraiment heureux.»

Les aides financières

L'Etat a tout de suite annoncé une aide de 30 millions d'euros, la Croix-Rouge et Caritas ont lancé un appel à la solidarité. Les offices sociaux des communes ont fait le relais pour aider les habitants à s'adresser au bon endroit pour recevoir des aides et pour faire face à l'urgence, pour ceux qui ne pouvaient pas retourner dans leurs maisons. 

La Croix-Rouge a reçu 220.000 euros de dons de la part de 1.507 donateurs. Elle est venue en aide à 46 familles des communes de Larochette, Beaufort et Diekirch, avec des sommes allant de 444 à 28.000 euros, par le biais des offices sociaux. L'argent a aussi servi à envoyer des enfants en colonie de vacances, afin de les éloigner pendant que leur logement était remis en état, explique Gilles Dhamen, directeur Solidarité à la Croix-Rouge luxembourgeoise. Certaines familles ont dû rester plusieurs mois dans un hôtel en attendant la remise en état de leur habitation. «L'aide s'est faite en deux phases: la première pour répondre aux besoins les plus urgents des familles, comme un hébergement. C'était en attendant l'aide des assurances et du ministère de la Famille. L'intégralité de la somme, 220.000 euros, a été engagée envers les sinistrés.»

Chez Caritas, l'appel aux dons avait permis de récolter 148.200 euros de la part de 690 donateurs, indique Marco Hoffmann, responsable Solidarité nationale. «Nous avons géré la situation en coopération avec les offices sociaux, dont les services ont évalué les besoins des familles et ont assuré le contrôle et la distribution. Ce n'est pas notre rôle de déterminer qui peut recevoir de l'argent et nous n'avons pas non plus le personnel pour cela. Tout l'argent a été versé.» 33 foyers ont été aidés. «Nous savons que des gens n'ont rien demandé et rien reçu», note Marco Hoffmann. «Les communes avaient relancé les habitants pour qu'ils fassent leur demande d'aide avant le 30 juin 2017. La somme a été liquidée et l'opération achevée en septembre 2017.»

Le ministère de la Famille a traité 143 dossiers et versé 1.220.000 euros.

Du côté des assurances, il n'existait pas en 2016 de couverture spécifique inondation comme pour les risques incendie ou tempête, explique Marc Hengen, administrateur délégué à l'ACA (Association des Compagnies d'Assurances au Luxembourg, qui compte 120 membres dont plus de 80 assureurs et réassureurs, locaux et d’origine étrangère). Ces dernières sont aussi facultatives au Grand-Duché. «L'orage qui a éclaté ce jour-là était sans précédent au Luxembourg. Avant, c'était juste l'Alzette ou la Moselle qui débordait et provoquait des inondations. Nous avons eu des discussions avec le ministère des Finances pour trouver une solution si cette situation venait à se reproduire. Comme cela a été le cas cette année dans le Mullerthal. Nous avons lancé le 1er juin 2017 une couverture complémentaire inondations pour les ménages privés.» Environ 7 millions d'euros ont été versés par les assurances suite aux inondations de juillet 2016. «C'était surtout pour des voitures, des dégâts électriques et de refoulement d'eau des égouts. Les assureurs ont fait pas mal de gestes commerciaux.»

A cela s'ajoutent d'autres aides de particuliers qui n'ont pas souhaité passer par le biais d'une association. Les communes ont ouvert un compte bancaire qui a été géré par les offices sociaux pour redistribuer l'argent aux familles selon leurs besoins. 

Aujourd'hui...

Aujourd'hui tout le monde a retrouvé sa maison. «Les plus gros dégâts qui restent, ce sont ceux qui sont dans la tête», assure André Kirschten. Il reste encore une route à réparer, celle qui relie Medernach à Sawelborn. Les travaux doivent débuter ces jours-ci, en septembre. Tous les ponts ont été réparés. L'un d'eux, un bel ouvrage en pierres, «devait avoir environ 200 ans». Il a volé en éclats. Aujourd'hui, tous ces ponts sont neufs, refaits par les Ponts et Chaussées. Comme les habitants de la vallée, André Kirschten est resté très marqué par ces inondations. «Tout ça, ça se répare, mais dans la tête…»

Aujourd'hui, Ermsdorf, où vivent quelque 2.700 âmes, semble avoir retrouvé sa sérénité sous un beau soleil d'été. Comme Larochette, Nommern ou Medernach. Un très joli village dans un écrin de verdure où tout inspire le calme, un joli village fleuri, un chat qui se prélasse au soleil, quelques poissons qui filent en zigzag dans la rivière. Les volets mi-clos pour se protéger du soleil fort de cet été 2018. Deux ans après. Rien ne laisse entrevoir le désastre vécu ici. A part la plaque de l'église. Et le coeur meurtri de ses fidèles et de leurs voisins. «Le plus dur, c'est pour les enfants. Quand il y a un orage et qu'ils sont à l'école, ils ont peur et vont voir à la fenêtre.»