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Comment le Luxembourg lutte contre le réchauffement des villes
Luxembourg 7 1 8 min. 19.07.2022 Cet article est archivé
Chaleur urbaine

Comment le Luxembourg lutte contre le réchauffement des villes

Une cartographie pour repérer les îlots de chaleur à travers le pays a été mise à disposition des bureaux d'études par le gouvernement en février 2021.
Chaleur urbaine

Comment le Luxembourg lutte contre le réchauffement des villes

Une cartographie pour repérer les îlots de chaleur à travers le pays a été mise à disposition des bureaux d'études par le gouvernement en février 2021.
Photo: Shutterstock/Luxemburger Wort
Luxembourg 7 1 8 min. 19.07.2022 Cet article est archivé
Chaleur urbaine

Comment le Luxembourg lutte contre le réchauffement des villes

Megane KAMBALA
Megane KAMBALA
Repenser et optimiser l’aménagement du territoire est essentiel avec les effets du réchauffement climatique. Point de situation au Luxembourg avec le ministère de l’Environnement et la députée Déi Gréng Semiray Ahmedova.

Le constat est global, l’ensemble de la planète se réchauffe et les grandes villes n’échappent pas au phénomène, dont les effets se font plus lourdement ressentir lors de grandes vagues de chaleur estivale, lesquelles arrivent parfois de plus en plus tôt.


Lokales,Renaturierung Petruss. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
La renaturation de la Pétrusse progresse
La vallée de la Pétrusse est en train d'être réaménagée. Des progrès sont déjà visibles sur le terrain.

En France, la Première ministre Elisabeth Borne a d’ailleurs réuni les préfets de région et les directeurs des agences régionales de santé (ARS) en raison des grandes chaleurs enregistrées en juin dernier, avec pour annonce le projet du gouvernement français de créer un fonds de 500 millions d'euros pour la «renaturation».

Au menu plus précisément, un programme de renaturation des villes et des centres-villes. «Le gouvernement va favoriser le développement d'îlots de fraîcheur en ville en s'engageant très fortement pour accompagner les collectivités locales dans l'adaptation aux conséquences du dérèglement climatique», avait alors affirmé la porte-parole Olivia Grégoire.

Plus de 10 millions d’euros investis pour l’année 2021

Côté grand-ducal, le sujet est sur la table depuis un moment déjà. Contactée sur le sujet, la ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable Joëlle Welfring (Déi Gréng) a assuré au Luxemburger Wort qu’elle soutenait «fortement» la renaturation* dans les villes. L’occasion de rappeler que son ministère «promeut déjà plusieurs initiatives qui soutiennent la renaturation en milieu urbain et de façon plus large, l’adaptation climatique du Luxembourg».

En témoignent en effet plusieurs mesures et projets, à l’image du pacte «nature» soutenant la préservation et la plantation d’arbres, de haies et autres espaces verts naturels. Une initiative qui s’oppose en outre au scellement des surfaces. Le pacte «climat» mis en place avec une centaine de communes encourage également la plantation d’arbres dans l’espace urbain, à hauteur de 12.491.874,50 euros pour l’année 2021.

Le tout sans compter le soutien de l’Etat quant aux stations biologiques dans les communes afin de rendre l’espace urbain plus naturel et adapté aux changements climatiques. Enfin, la ministre a tenu à souligner que le gouvernement a également mis à disposition des bureaux d’études du matériel cartographique et un rapport (disponible en allemand) se concentrant sur la circulation de l’air afin d’éviter les ilots de chaleur sur le territoire.

Plus globalement, l’intégralité de ces initiatives sont implémentées dans le plan national concernant la protection de la nature, ainsi que dans «Stratégie et plan d’action pour l’adaptation aux effets du changement climatique au Luxembourg 2018-2023». Car ce qu’il faut avant tout pour pouvoir s’acclimater à ce monde qui change, c’est une réelle vue d’ensemble.

La planification urbanistique, pierre angulaire

Ce n’est pas la députée Semiray Ahmedova qui dira le contraire. Initialement architecte dans le privé puis architecte urbaniste au ministère de l'Energie et de l'Aménagement du territoire avant de devenir finalement présidente de la commission du logement à la Chambre, cette dernière connait bien le sujet.

Selon elle, il convient de «ramener toujours plus de verdure dans les villes. Un îlot de fraîcheur, c’est tout de suite entre 3 à 5 degrés de moins ressentis, c’est énorme! L’asphalte, les pavés, la pierre, c’est très bien, mais ça n’a pas que des avantages. Et au-delà de notre confort, il s’agit également de redonner ses droits et sa place à la biodiversité qu’on perd de plus en plus et pas seulement dans nos villes!».

Pendant trop longtemps, l’urbanisme a mis la voiture au centre des planifications pour les plans urbains.

Semiray Ahmedova, députée Déi Gréng

«L’aspect architectural est très important, car il ne faut pas oublier qu’en plus, ces espaces verts en milieu urbain, ce sont également des espaces de rencontres. Il n’y a qu’à remonter un peu le temps et observer ce que voulaient les gens pendant le premier confinement: des parcs pour pouvoir rencontrer des gens au grand air. Pendant trop longtemps, l’urbanisme a mis la voiture au centre des planifications pour les plans urbains. Selon les zones, c’est tout juste si les piétons sont réellement pris en compte et peuvent se déplacer sur des zones bien délimitées qui leur sont consacrées…»

Des solutions déjà exploitables

Un tir qui commence déjà à être rectifié avec la mise en place de projets de nouveaux quartiers à travers le pays, tels qu’An der SchmëttWunne mat der Wooltz, ou encore Neischmelz.

«Pour ces nouvelles habitations, quand on est près des fleuves, on en profite pour renaturer les rives et construire les quartiers avec la rivière. Mais d’autres solutions sont déjà là et il faudrait réellement qu’elles soient exploitées sur le court terme, car on ne peut pas tout replanifier. Il faut compter avec ce qui est déjà existant et l’optimiser.»

À commencer par les «toitures d’arrêts de bus, de maisons et les murs d’immeubles dans nos deux grandes villes qui sont Luxembourg-ville et Esch-sur-Alzette». Le tout pourrait être recouvert de verdure ou de panneaux photovoltaïques selon ce qu’il est possible de faire.


2019 wurde das Einkaufszentrum Cloche d'Or im Ban de Gasperich  eröffnet.
La ville de demain passera par la planification durable
Le prestataire de services immobiliers Nhood ambitionne contribuer au développement de quartiers urbains durables. Son idée, concevoir un environnement bâti qui se développe en fonction de l'habitat naturel environnant, en se concentrant sur les impacts écologiques, climatiques et sociaux.

Quant à l’avenir, tout aussi important que le court terme, «on devrait beaucoup plus prendre en compte les idées et le talent d’architectes qui ont l’audace de proposer autre chose. Il y a quelques années, pratiquement personne ne connaissait Vincent Callebaut qui est pourtant originaire de Belgique et qui est aujourd’hui considéré comme un visionnaire… Après avoir fait largement ses preuves en Asie avec des gens bien plus réceptifs qu’en Europe!»

Ecoresponsable dans son approche, les projets de l’architecte maintenant basé à Paris s’inspirent largement de la nature. En 2014, dans le cadre de son «Plan Climat Energie» pour réduire de 75% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, la Ville de Paris lui avait d’ailleurs confié une étude visant l'intégration d'immeubles de grande hauteur à énergie positive et solidairement producteurs d'énergie dans huit quartiers emblématiques de la capitale.

La forêt verticale de l’architecte italien Stefano Boeri de sensibilité similaire dans la démarche, a d’ailleurs largement fait le tour des réseaux sociaux en 2018 et en 2019, les internautes ayant été plus qu’appréciateurs du résultat final de son projet.

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

Actuellement, l’initiative privée d’IKO pour Rout Lëns à Esch est par exemple saluée par Semiray Ahmedova, dans la mesure où il est totalement ciblé de remettre au goût du jour un ancien site industriel pour en faire un nouveau quartier durable.

Déjà penser à une seconde vie pour les constructions

Enfin, pour la députée Déi Gréng, il faudrait également s’inspirer de nos voisins anglo-saxons en matière de PAG (Plan d’aménagement général). 

«Quand nous construisons, nous pensons les maisons pour tenir plus de 100 ans, mais on en démolit aussi beaucoup, ce qui a pourtant un fort impact négatif sur l’environnement. Au Royaume-Uni, si une banque veut par exemple quitter un bâtiment qu’elle a fait construire, on peut prévoir d’en faire quelque chose plutôt que de tout raser: une école, une habitation mixte… Le PAG est modulable dans l’intérêt de la société, les process sont de trois mois contre trois ans.»

Finalement, qu'il s'agisse de la main publique ou privée, l'heure semble être à une remise au vert pour des villes du futur aux paysages bien pittoresques.

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SNHBM - OP Elmen - Olm - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort