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«Commencer les formations professionnelles plus tôt»
Luxembourg 9 min. 28.02.2022 Cet article est archivé
Prolongation de la scolarité obligatoire

«Commencer les formations professionnelles plus tôt»

Pour la Chambre des métiers, prolonger la scolarité obligatoire n'est pas une solution miracle.
Prolongation de la scolarité obligatoire

«Commencer les formations professionnelles plus tôt»

Pour la Chambre des métiers, prolonger la scolarité obligatoire n'est pas une solution miracle.
Photo: Getty Images
Luxembourg 9 min. 28.02.2022 Cet article est archivé
Prolongation de la scolarité obligatoire

«Commencer les formations professionnelles plus tôt»

L'OGBL, l'UEL et la Chambre des métiers doutent que la prolongation de la scolarité obligatoire soit le meilleur moyen de lutter contre le décrochage scolaire.

Le ministre de l'Éducation a présenté la semaine dernière un projet de loi destiné à prolonger la scolarité obligatoire de 16 à 18 ans. L'idée est de garder plus longtemps dans le système les élèves qui présentent un risque de décrochage afin qu'ils obtiennent malgré tout un diplôme. Dans les faits, l'allongement de la scolarité obligatoire revient à obliger les élèves à rester deux ans de plus dans le système scolaire.


Group of college students studying in classroom writing notes during lesson. Focused guy and girls studying in college library sitting at desk. Group of multiethnic university students doing research sitting in a row.
L'école va devenir obligatoire jusqu'à 18 ans
La prolongation de l’obligation scolaire à l'âge de la majorité doit permettre d'augmenter les chances de réussite de chaque élève pour l’avenir.

Claude Meisch (DP) ne souhaite pas les former dans le système scolaire ordinaire, mais prévoit des «formes alternatives de formation». Les élèves continueront à aller à l'école, mais seront encadrés différemment et plus étroitement. Il n'a pas mentionné lors de la conférence de presse que de nouvelles structures seraient créées et que ces structures seraient également - ou exclusivement, ce n'est pas encore clair - gérées par des organismes privés. Il a seulement indiqué que les élèves seraient suivis plus étroitement sur le plan psychosocial, avec l'aide d'organismes proches de l'Office national de l'enfance (ONE). Ces organismes sont Arcus, Caritas ou encore la Croix-Rouge. 

Le concept s'inspire de projets existants

Interrogé le même jour, le ministère de l'Education a indiqué qu'il avait identifié les besoins en structures et que son cabinet se pencherait sur cette question dans les semaines à venir. Le concept s'inspire de projets existants, comme le projet Liewenshaff à Esch-sur-Sûre. Des jeunes y reçoivent un enseignement et une formation. 

Ils sont inscrits au Lycée du Nord, qui est responsable de la formation scolaire et de la certification des résultats. Mais de facto, les élèves sont formés en dehors de l'école et donc en dehors du cadre réglementaire. Il n'y a pas encore de réponse à la question de savoir comment la formation sera organisée dans les nouvelles structures.

Au centre de formation Liewenshaff, l'admission se fait à l'initiative des jeunes, qui décident également s'ils veulent y rester ou quitter la structure.

L'OGBL doute que ce que Claude Meisch a l'intention de faire soit le bon moyen pour lutter contre le décrochage scolaire. Le syndicat regrette, avec ce projet de loi, que les élèves qui veulent prendre leur destin en main ne pourront plus se lancer professionnellement à 16 ans. «Celui qui n'arrive plus à suivre sera obligé d'aller dans un tel centre, alors qu'il préférerait peut-être travailler», explique Stefano Araujo, responsable du département jeunesse de l'OGBL, interrogé sur le sujet. 

«Le volontariat est essentiel» 

La question de la contrainte est légitime. Au centre de formation Liewenshaff, l'admission se fait à l'initiative des jeunes et ce sont eux qui décident également s'ils veulent y rester ou quitter la structure. «Le volontariat», selon Jean Fetz - qui est à l'origine du projet Liewenshaff - «est l'alpha et l'oméga de la chose». Stefano Araujo considère que de tels projets remplissent leur objectif. «Mais avec ce qui est actuellement prévu, nous parlons d'une tout autre échelle». Il émet cependant des doutes quant à la réalisation des objectifs du système éducatif dans ces centres. «Une formation se déroule dans un cadre légal, soit dans une école, soit dans une entreprise, mais pas dans un centre d'accompagnement. Quelle est la valeur d'une qualification dans ces centres ?», s'interroge le syndicaliste, rappelant que «même les diplômes réguliers n'ont plus la qualité attendue par les entreprises». 

Selon lui, la création d'un système parallèle d'enseignement et de formation remet en question le système scolaire existant et la formation en entreprise. Pour lui, les projets du ministre de l'Education vont plutôt dans le sens d'une mesure pour l'emploi, «pour que les jeunes soient occupés jusqu'à 18 ans, pour pouvoir ensuite dire : 'le ministère de l'Éducation a rempli son objectif'». Il pense que la prolongation de la scolarité obligatoire ne sert qu'à enjoliver les statistiques. 

«Un système scolaire parallèle»

Stefano Araujo ne voit pas non plus pourquoi l'éducation devrait être confiée à des organismes privés. «On crée ici un système scolaire parallèle», s'inquiète-t-il. C'est également l'avis de Vera Dockendorf du SEW/OGBL. L'enseignante du secondaire estime que c'est une manœuvre intelligente de la part du ministre que de détacher la formation de l'école publique. Selon elle, cela permet au ministre de contourner les syndicats. Elle aussi craint que cela ne débouche sur une sorte de «garderie» où «les élèves s'assoient sans que cela ne donne grand-chose». 

Lors de la conférence de presse, le ministre a souligné que l'objectif était d'aider les jeunes à obtenir un diplôme régulier : diplôme d'études secondaires, diplôme de technicien, DAP, CCP.

De nombreux jeunes ne veulent plus aller à l'école, ils veulent travailler.

Michel Reckinger, président de l'UEL

En tant qu'entrepreneur, Michel Reckinger a de l'expérience avec les jeunes apprentis. «Beaucoup de jeunes ne veulent plus aller à l'école, ils veulent travailler». Cela n'a aucun sens de les forcer à rester plus longtemps à l'école, explique le président de l'association des entrepreneurs UEL. Selon lui, ils sont mieux placés pour suivre une formation pratique, comme celle proposée par les centres de compétences en technique du bâtiment et en aménagement intérieur et extérieur, mis en place par l'artisanat de sa propre initiative. 

Le président de l'UEL et les représentants de l'OGBL sont par ailleurs d'accord sur le constat qu'il sera difficile de trouver les professionnels nécessaires pour enseigner, accompagner et former ce groupe cible, d'autant plus que les ressources manquent déjà dans le système scolaire et de formation ordinaire. Selon eux, les causes de l'échec scolaire sont à rechercher dans le système existant et il faudra y remédier. 

Une offre non adaptée

Pour l'OGBL, le problème se situe au niveau de la formation initiale : une offre insuffisante de formations professionnelles en raison du manque de formateurs, une offre qui n'est pas adaptée aux souhaits et aux attentes des apprentis ainsi qu'une formation scolaire qui ne correspond pas aux besoins des élèves. «Nous devons commencer les formations professionnelles plus tôt», dit Dockendorf. Plus tôt signifie dans le fondamental et dans les classes secondaires inférieures, spécifiquement dans le secondaire général (ESG). «Les élèves réussissent les trois premières années sans effort, mais ont ensuite du mal à suivre en 4e», explique l'enseignante du secondaire. 

Les élèves réussissent les trois premières années sans effort, mais ont ensuite du mal à suivre en 4e.

Vera Dockendorf, SEW/OGBL

Beaucoup ne parviendraient pas à passer en classe supérieure. Selon les chiffres du ministère de l'Éducation, le taux de réussite en 4e ESG entre 2015/16 et 2019/20 se situait entre 72 et 81 pour cent. Seule l'année de crise 2020/21 a vu le taux de réussite chuter à 69 pour cent. Dans la filière classique, le taux de réussite sur la 4e a oscillé entre 89 et 95 pour cent sur la même période, mais la ventilation par section fait défaut. 

Élément clé : l'orientation 

La Chambre des métiers était au courant de l'intention du ministre de l'Éducation nationale de prolonger la scolarité obligatoire. «Nous avons eu des échanges avec le ministère à ce sujet», explique le directeur général Tom Wirion, interrogé à ce sujet.

Pour la Chambre des métiers, la prolongation de la scolarité obligatoire ne sera pas une solution miracle. Pour l'organisme, la solution réside dans le travail de prévention. L'élément clé de la prévention est l'orientation, «éventuellement en combinaison avec un coaching», indique Tom Wirion. Après tout, les élèves sont encore très jeunes lorsqu'ils doivent se décider pour une formation. 

Il faut considérer les élèves dans leur globalité, leurs points forts et leurs points faibles. Ce n'est pas ce qui se passe actuellement.

Tom Wirion, directeur général de la Chambre des métiers

Et pour améliorer l'orientation, les critères doivent être adaptés. «Il faut considérer les élèves dans leur globalité, leurs points forts et leurs points faibles. Ce n'est pas ce qui se passe actuellement». L'objectif devrait être en tout cas de ramener les jeunes dans le système de formation ordinaire via les voies alternatives. «C'est important pour les jeunes, mais aussi pour les entreprises, car elles ont besoin de personnel qualifié». 

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