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Combien de femmes concernées?: Luxembourg: silence sur l'IVG
Luxembourg 5 min. 29.01.2015 Cet article est archivé

Combien de femmes concernées?: Luxembourg: silence sur l'IVG

La plupart des IVG pratiquées au Luxembourg se font par médicaments, un phénomène que les codes de la CNS ne prennent pas en compte.

Combien de femmes concernées?: Luxembourg: silence sur l'IVG

La plupart des IVG pratiquées au Luxembourg se font par médicaments, un phénomène que les codes de la CNS ne prennent pas en compte.
Photo: Guy Wolff
Luxembourg 5 min. 29.01.2015 Cet article est archivé

Combien de femmes concernées?: Luxembourg: silence sur l'IVG

Combien d'interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées au Luxembourg et quelles sont les femmes concernées? Impossible de le dire pour l'instant. Des gynécologues témoignent de la réalité de l'avortement dans le pays.

(Virginie Orlandi) - Combien d'interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées au Luxembourg et quelles sont les femmes concernées? Impossible de le dire pour l'instant. Des gynécologues témoignent de la réalité de l'avortement dans le pays.

À l'heure actuelle, on ne sait pas combien d'interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées au Luxembourg ni quelles sont les patientes qui ont recours à ce type d'intervention; et il n'existe pas de code dans la nomenclature de la CNS pour référencer l'IVG: celui-ci est rangé parmi les avortements médicaux.

D'après le ministre de la Santé, Lydia Mutsch, 589 curetages ont été pratiqués en 2013 auprès de 573 femmes dont 12 étaient mineures. Mais les chiffres sur lesquels s'appuie actuellement le gouvernement sont loin d'être précis puisqu'ils proviennent des deux seuls codes en vigueur à la CNS et qui recensent tous les avortements par curetage qu'ils soient médicaux, spontanés ou volontaires.

Nom de code: 6A71 et 6A72

Interrompre une grossesse n'est pas toujours un choix, c'est parfois une obligation comme l'explique le docteur Didier Van Wymersch, gynécologue obstétricien au Centre Hospitalier de Luxembourg: "On peut interrompre une grossesse à cause d'une malformation ou d'un décès prématuré du fœtus, il s'agit alors d'une interruption médicale de grossesse (IMG). Or, dans la nomenclature de la CNS, les IMG et les IVG sont rangées sous le même code, ce qui ne permet pas de recenser avec exactitude le nombre d'IVG pratiquées dans le pays".

D'après le ministère de la Santé, 55 avortements ont été réalisés en 2013 après 14 semaines d'aménorrhée mais ceux-ci ne peuvent être des IVG puisque la loi interdit d'en pratiquer au-delà de cette période. Le code 6A72 ne peut donc pas rendre compte du nombre d'IVG. 

Autre chiffre: 534 avortements sont recensés cette même année sous le code 6A71 qui concerne "l'évacuation d'un utérus gravide par curetage ou aspiration, avant 14 semaines de grossesse" mais là encore, il ne s'agit pas de chiffres concernant l'IVG qui se trouve noyée dans une nomenclature que les gynécologues ne jugent plus "adaptée à la réalité".

Des IVG référencées sous le code d'une simple échographie

Une nomenclature inadaptée à la réalité puisque la majorité des avortements se fait par voie médicamenteuse et que le code de la CNS ne prend en compte que les curetages. Là encore, pas de chiffres exacts mais des retours de gynécologues qui témoignent de la réalité de l'IVG au Luxembourg.

"L'IVG médicamenteuse est la plus demandée et la plus pratiquée, poursuit le docteur Van Wymersch, car elle est moins lourde pour la patiente. Celle-ci prend deux comprimés et provoque ainsi l'expulsion de l'embryon. En consultation, on lui donne de la Mifégyne et 36 heures après, chez elle, elle prend un comprimé de Cytotech. Ces consultations ne sont pas référencées sous le code du curetage, le 6A71 mais sous celui d'une simple échographie, pourtant il s'agit bien d'une interruption de grossesse."

Du côté du docteur Robert Lemmer, président de la société luxembourgeoise de gynécologie et exerçant en cabinet, même son de cloche: "Une consultation pour IVG prend du temps car il s'agit de bien expliquer à la patiente dans quoi elle s'engage et quelles sont les options qui sont à sa disposition. La plupart des femmes préfèrent avorter par voie médicamenteuse plutôt que par curetage et ces IVG ne sont tout simplement par recensées".

Des IVG pratiquées au prix d'une échographie, c'est-à-dire 75,30 euros remboursés à 80% par la CNS et qui demandent du temps aux gynécologues.

"En France", explique le docteur Van Wymersch, "une IVG coûte en moyenne 250 euros et elle est prise en charge à 100% par la Sécurité Sociale".

"Nous n'avons pas de vue globale de l'IVG au Luxembourg"

Pourtant, Robert Lemmer a participé dès le départ à l'élaboration de la loi sur l'avortement aux côtés de l'ancien gouvernement et de son ministre de la Santé et de la Sécurité Sociale, Mars Di Bartolomeo, et à l'époque il était question de créer un code spécifique pour l'IVG.

"En septembre 2012, Mars Di Bartolomeo, conscient de la réalité de l'avortement médicamenteux avait prévu un code spécifique en même temps que la loi mais nous constatons que ce n'est pas le cas", poursuit Robert Lemmer, "La dépénalisation de l'avortement est certes un pas vers la libération sexuelle de la femme mais le fait qu'aucun code n'existe dans la nomenclature de la CNS est un problème pour nous, les gynécologues: sans chiffres exacts, il est impossible d'avoir des statistiques précises et sans statistiques de mettre en place une prévention efficace. À l'heure actuelle, nous n'avons pas de vue globale de l'IVG au Luxembourg".

12 avortements de mineures en 2013?

D'après Lydia Mutsch, 12 mineures ont eu recours à un avortement en 2013 mais lorsque l'on sait que l'avortement médicamenteux est enregistré sous un autre code, on peut se demander combien de mineures ont effectivement subi une IVG en 2013.

Interrogé sur le sujet, le ministre de la Sécurité Sociale, Romain Schneider explique que le gouvernement est conscient du phénomène et qu'il n'est pas contre la création d'un code spécifique à l'avortement mais qu'à l'heure actuelle, aucune demande n'a été introduite auprès de la commission de nomenclature: "Pour intégrer un nouvel acte dans la nomenclature, il faut que la demande soit faite par une instance", explique-t-il"La commission de nomenclature doit ensuite statuer. Pour l'instant, aucune saisine n'a été introduite auprès de la commission dans ce sens et l'IVG est effectivement recensée sous les mêmes codes que les avortements médicaux".