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Claudia Dall'Agnol: «Les gamins venaient de tous horizons, le luxembourgeois faisait le lien»
Luxembourg 5 min. 09.04.2018

Claudia Dall'Agnol: «Les gamins venaient de tous horizons, le luxembourgeois faisait le lien»

Claudia Dall'Agnol: «Les gamins venaient de tous horizons, le luxembourgeois faisait le lien»

Chris Karaba
Luxembourg 5 min. 09.04.2018

Claudia Dall'Agnol: «Les gamins venaient de tous horizons, le luxembourgeois faisait le lien»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
La graine de son engagement politique a germé très tôt chez Claudia Dall'Agnol. Dès l'âge de 15 ans, la jeune Claudia milite aux côtés des socialistes et de l'OGBL: "Je voulais participer aux décisions, avoir mon mot à dire. Pour moi, on ne peut pas critiquer quelque chose si on ne fait rien pour que ça change".

Le français, une langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi une langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.   

  • Vous avez grandi à Dudelange dans les années 1970, une commune limitrophe avec la France: petite fille, la langue française avait-elle une place dans votre quotidien?

Pas tellement, même si le brassage des cultures à Dudelange fait qu'on y entend toutes les langues. A la maison, dans ma famille, on parlait uniquement le luxembourgeois, sauf mon grand-père qui ne parlait que l'italien. Dehors, avec mes copines portugaises, le luxembourgeois, c'était le lien entre nous!

Les gamins venaient de tous horizons mais entre eux, ils parlaient le luxembourgeois. Comme à l'usine: à l'Arbed, où travaillait mon père, il y avait plein de frontaliers et tout le monde parlait le luxembourgeois. C'était une autre époque... Aujourd'hui, quand je croise un groupe d'enfants ou quand je passe devant un lycée, ils parlent le français en général. Je le constate.  

C'était comme ça à la frontière!

On avait de la famille de l'autre côté de la frontière, des amis de mes parents, à Volmerange-les-Mines, à Escherange ou à Florange, donc on se rendait très souvent en Lorraine. Mais encore une fois, le luxembourgeois était très présent: si j'allais à la boucherie ou à la librairie et que les commerçants entendaient mon accent, ils me parlaient spontanément en luxembourgeois. C'était comme ça à la frontière!

  • Aujourd'hui, est-ce que vous allez régulièrement en France?

Oui, à Metz ou Nancy, pour faire du shopping ou assister à des concerts, des spectacles. Par contre, contrairement à beaucoup de Luxembourgeois, je ne passe pas mes vacances sur la Côte d'Azur. Au grand regret de mon mari d'ailleurs, qui est luxembourgeois et qui trouve que la France est le plus beau pays du monde. Mais je ne peux rien y faire, pour moi, c'est l'Italie! C'est là-bas que je me ressource. 

Chris Karaba

A la commune, vous composez avec une population très hétérogène. Comment intégrez-vous dans votre travail de député le fait qu'au Grand-Duché la moitié de la population soit étrangère ?

Je n'y pense pas à chaque minute, mais bien sûr, c'est quelque chose dont on tient compte. On fait de la politique pour un ensemble de personnes, pas pour des groupes distincts, avec les étrangers d'un côté, les Luxembourgeois de l'autre. On essaye de construire chaque jour une politique qui soit bonne pour tout le monde, peu importe l'origine des gens. 

La cohésion sociale, c'est plus facile au niveau communal

La cohésion sociale est l'un des enjeux majeurs, surtout quand on est socialiste comme moi. C'est plus facile au niveau communal parce qu'on connaît très bien nos administrés, on a un véritable lien avec eux. On sait par exemple que, remplir ce qui paraît être un simple formulaire, peut se révéler très compliqué pour certains de nos habitants. 

On lance beaucoup de choses autour du sport ou de la culture pour créer de la cohésion entre les communautés de Dudelange et ça marche! On a aussi un programme baptisé "Ensemble" qui réunit tout le monde autour de tandems de langues, de théâtre en luxembourgeois, ou encore d'un groupe de marche. 

  • Vous qui êtes issue de l'immigration, comment avez-vous vécu le "non" massif au vote des étrangers lors du référendum de 2015?

J'étais préparée au refus de la population car c'était ce qu'on nous disait sur le terrain pendant la campagne. Par contre, il est vrai que je ne pensais pas que ça pourrait monter jusque 80%... Je ne peux pas comprendre ça: pour moi, tout le monde doit pouvoir accéder au droit de vote. 

Ils ne voient pas pourquoi ce serait facile pour les autres alors qu'eux-mêmes ont eu des difficultés

J'ai même pu échanger avec des immigrés naturalisés luxembourgeois, eux-mêmes hostiles à l'accord du droit de vote aux étrangers! Ils m'ont expliqué qu'eux avaient traversé beaucoup de difficultés avant de pouvoir obtenir le droit de vote et qu'ils ne voyaient pas pourquoi ce serait si facile pour les autres. 

C'est à nous, politiques, de faire en sorte que les gens réticents comprennent que cela ne leur enlèvera rien et que cela n'a rien de négatif, au contraire. Mais il faudra beaucoup de temps.

Quand 80% de la population se prononce contre quelque chose, il est assez clair qu'on ne peut pas remettre le sujet sur la table dans les 2, 3 ou même 10 ans qui suivent. A mon avis, cette question ne sera pas abordée au cours de la prochaine législature, ni même celle d'après.

Chris Karaba

Vous faites partie des signataires de la lettre ouverte publiée au mois de janvier par une dizaine de députés LSAP. Avez-vous le sentiment d'avoir été entendus?

C'est dommage car notre message a été pris comme une critique alors qu'on voulait souligner certains aspects qui nous semblaient essentiels, pas seulement pour notre parti mais aussi pour les autres. Recruter plus de femmes, faire de la place aux jeunes: tout cela est valable pour n'importe quel parti politique au Luxembourg. 

Recruter des femmes, des jeunes: on a des efforts à fournir, jusque dans les petits détails

Nous souhaitions simplement rappeler que ces efforts sont à fournir tous les jours, à travers de petits détails qui n'en sont pas, les horaires de nos réunions par exemple: on ne doit pas s'attendre à attirer des mères de famille en politique si on programme nos réunions en fin d'après-midi, alors qu'elles sont nombreuses à avoir autre chose à gérer à ce moment-là.

Pour intéresser les jeunes, c'est à nous de prendre des militants des Jeunes socialistes sous notre aile et de leur transmettre notre passion de la politique, du terrain, du contact avec les gens. Ce sont des choses dont nous devons prendre conscience pour les faire évoluer en profondeur, et pas seulement lors d'une année électorale. C'était ça le message de cette lettre


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