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Claude Meisch veut rassurer les parents d'élèves
Luxembourg 8 min. 20.04.2020 Cet article est archivé

Claude Meisch veut rassurer les parents d'élèves

La reprise se fera avec moitié moins d'élèves par classe, histoire d'assurer la distanciation sanitaire notamment.

Claude Meisch veut rassurer les parents d'élèves

La reprise se fera avec moitié moins d'élèves par classe, histoire d'assurer la distanciation sanitaire notamment.
Photo : Guy Wolff
Luxembourg 8 min. 20.04.2020 Cet article est archivé

Claude Meisch veut rassurer les parents d'élèves

Le 4 mai, après sept semaines d '«assignation à résidence», les premiers écoliers luxembourgeois retourneront en classe. Mais rien ne sera plus comme avant. Entretien avec le ministre de l'Éducation, Claude Meisch (DP).

(pj avec Michèle Gantenbein) 

Première question, loin d'être anecdotique, excluez-vous une réduction des vacances d'été ?

Claude Meisch, ministre de l'Education nationale : «Les élèves méritent de partir en congés, comme jamais auparavant. Une réduction de ce temps de repos est donc impensable pour moi.»

L'Académie des sciences Leopoldina préconisait d'ouvrir d'abord écoles primaires et crèches. Le gouvernement luxembourgeois a choisi de débuter avec les classes secondaires. Quelle est la stratégie derrière ce choix ?

Claude Meisch, ministre de l'Education nationale : «Selon une interview avec l'expert en éducation Manfred Prenzel, il y avait un désir de la part des politiciens allemands d'ouvrir les écoles et les crèches le plus rapidement possible afin que les parents puissent retourner au travail, cela expliquait la position de l'Académie des sciences, peut-être. Leopoldina a donc dû faire des propositions concrètes à cet égard. L'Institut Robert Koch, de son côté, a invoqué des arguments sanitaires et suggéré que les classes supérieures puissent rouvrir en premier. En effet, ces élèves sont plus à même de respecter les règles de distanciation et d'hygiène.

Nous avons donc opté pour cet ordre, avec la reprise des cours se faisant successivement et seulement par demi-classe. De fait, un maximum de 50.000 élèves pourraient être présents en classe en même temps.

 Le risque d'infection augmentera avec la reprise des cours. Des parents, mais aussi des élèves et des enseignants, en ont peur. Ne serait-il pas plus sûr de maintenir les écoles fermées jusqu'à l'été ?

«Nous ne pouvons pas continuer, avec les mesures de confinement, à enfermer les enfants jusqu'à l'été. Alors, oui, nous devons accepter que nous allons contribuer à la propagation du virus. Mais la rentrée, à compter du 4 mai,  se fera étape par étape, avec une surveillance étroite. Nous évaluerons l'impact de chaque étape et reporterons les étapes suivantes si besoin. 

Clairement, nous ne nous dirigeons pas vers un fonctionnement normal des écoles, mais vers un fonctionnement limité et assuré, avec un nombre d'élèves divisé par deux au quotidien et des mesures de protection des élèves et des enseignants.

De nombreuses familles ont adopté le système d'enseignement à domicile et souhaiteraient le poursuivre jusqu'à la fin de l'année scolaire. Seront-elles autorisées à le faire ?

«Une chose est claire : tous les élèves sont soumis à la scolarité obligatoire et doivent assister aux cours. La seule exception pourra concerner les élèves ou les enseignants appartenant à un groupe à risque. Nous devons donc trouver d'autres solutions pour que l'enseignement suive son cours. Il nous reste encore quelques semaines pour cela. Néanmoins, de nombreux parents craignent que leur enfant ne soit infecté et vienne infecter son entourage. Et j'entends ceux qui disent que la santé doit primer sur l'éducation... Je suis d'accord pour dire que les personnes vulnérables doivent bénéficier d'une protection maximale. En ce qui concerne la vie scolaire, cela signifierait que les enfants des foyers comptant des parents vulnérables recevraient un enseignement à domicile. 


«L'école ne sera plus la même»
Le ministre de l'Education nationale a livré, ce jeudi, les premiers détails de la réouverture annoncée des établissements d'enseignement. Elle se fera par étapes entre le 4 et le 25 mai et les élèves iront en classe une semaine sur deux en portant obligatoirement un masque dans l'enceinte de l'école.

Nous appliquerons les mesures de protection générales dans la vie scolaire, et nous serons même plus stricts, par exemple sur le port de la protection buccale. Elle sera obligatoire dans l'enceinte scolaire, sauf en classe où les jeunes se tiendront à bonne distance les uns des autres. Il est certain que le mode de fonctionnement des écoles aura plus à voir avec un roman de science-fiction qu'avec la façon dont les écoles fonctionnaient auparavant.

L'Académie des sciences Leopoldina était favorable à un maximum de 15 élèves par classe. Nous serons en dessous de ce chiffre, en réduisant de moitié le nombre d'élèves, tant dans le secondaire que dans le fondamental. 

Mais comment être certain que des enfants respectent bien le port du masque? 

«Nous divisons les classes par deux; nous déplaçons les récréations; les enseignants s'assureront que les règles de distance soient respectées et que les protections soient bien portées devant la bouche... Bien sûr, tout cela est plus difficile avec de jeunes enfants. Nous ferons donc des propositions spécifiques pour les crèches et le cycle 1, concernant le nombre maximum d'enfants par groupe et les activités possibles. Néanmoins, les règles doivent être respectées dans les écoles primaires.

Nous ne pouvons cependant pas permettre que les enfants du cycle 1 soient privés de développement du langage pendant six mois et ne soient pas préparés au cycle 2. Nous devons donc rendre possible l'enseignement, et nous devons le faire en prenant des mesures de sécurité draconiennes, plus strictes que dans d'autres domaines du quotidien. 

Pour Claude Meisch, la crise aura permis de franchir un cap psychologique dans l'emploi des ressources numériques dans l'enseignement.
Pour Claude Meisch, la crise aura permis de franchir un cap psychologique dans l'emploi des ressources numériques dans l'enseignement.
Photo : Chris Karaba

N'avez-vous pas peur que les parents cessent d'envoyer leurs enfants à l'école dès qu'un cas se présente dans une école?

«Nous ne sommes pas dans cette approche. S'il y avait un cas positif au covid-19 dans un établissement, nous n'envisagerons pas de fermer toute l'école. Par contre, nous effectuerons une recherche et testerons toutes les personnes qui auraient pu être en contact avec le sujet infecté. Cela permet de s'assurer que les élèves non infectés ne sont pas dans la même classe que ceux qui ont été testés positifs. 

Cela devrait-il suffire à rassurer les parents?

«Avant l'ouverture des écoles, environ 700 élèves et enseignants seront testés. Nous vérifierons, par exemple, s'il existe des différences géographiques et si des tests supplémentaires sont nécessaires dans certaines régions. En outre, des tests intensifs seront effectués au cours des prochains mois afin d'identifier les points chauds et de prendre les mesures appropriées. La combinaison de ces données sanitaires et des mesures de sécurité devrait donner aux gens suffisamment de confiance. 

Disposerez-vous de suffisamment de ressources pour assurer une rentrée en toute sécurité?

«Nous sommes en train de vivre une pandémie. Il y aura certainement des absences parmi les enseignants pour cause de maladie. De plus, aucune personne vulnérable ne sera mise en contact direct avec les élèves (mais elles pourront enseigner aux élèves depuis leur domicile). Aujourd'hui, il reste impossible d'estimer le nombre d'enseignants disponibles. Mais nous avons des réserves.


La feuille de route de la reprise
Remise en route des chantiers dès lundi, retour à l’école tout au long du mois de mai et fin de l’interdiction des rassemblements au mois de juillet, voici la chronologie des événements qui vous attendent.

Par exemple, dans le fondamental, le temps d'enseignement hebdomadaire sera réduit. Il y aura donc du temps de travail disponible qui pourra être réaffecté. En collaboration avec les communes et les maisons relais, nous discuterons de l'utilisation des ressources humaines et spatiales afin d'organiser au mieux le modèle des semaines d'apprentissage. Au secondaire, les professeurs de sports pourront être employés à superviser des classes ou d'autres activités. 

Quel sera l'impact sur l'organisation de la prochaine année scolaire ? Et allez-vous étendre les possibilités de l'apprentissage numérique?

«Tout d'abord, nous voulons terminer cette année du mieux possible. Ensuite, l' objectif est de débuter classiquement la future rentrée et de faire en sorte que les élèves puissent reprendre sans déficit de connaissances. Nous allons développer l'enseignement numérique, comme nous l'avions prévu dans le programme gouvernemental. Nous avons franchi un seuil d'inhibition en ce qui concerne l'utilisation des médias numériques. C'est un point positif dans cette crise. Si une telle crise devait se reproduire plus tard, nous serions mieux préparés qu'il y a cinq semaines.

En supposant que les écoles restent fermées jusqu'à l'été en raison d'une hausse des infections, comment les performances des élèves seraient-elles évaluées? 

«Dans les conditions actuelles, il s'agira d'une notation mélangeant ce qui était en vigueur avant le 13 mars, et ce qui a été enseigné dans le cadre de l'enseignement à distance et de ce qui sera bientôt évalué. Les élèves de première année pourront améliorer leur moyenne en passant des examens supplémentaires dans trois matières, tandis que les autres élèves du lycée pourront se voir retirer leur plus mauvaise note. Même si nous devons encore adapter le calendrier, je suis convaincu que nous serons en mesure de mettre en œuvre ce modèle d'évaluation.» 

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