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Claude Lamberty: «D'autres pays nous envient notre cohésion sociale»
Luxembourg 9 min. 25.05.2018 Cet article est archivé

Claude Lamberty: «D'autres pays nous envient notre cohésion sociale»

Claude Lamberty: «D'autres pays nous envient notre cohésion sociale»

Photo: Guy Jallay
Luxembourg 9 min. 25.05.2018 Cet article est archivé

Claude Lamberty: «D'autres pays nous envient notre cohésion sociale»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Joueur de tennis depuis ses huit ans, Claude Lamberty a été élu en novembre dernier secrétaire général du parti DP avec 96% des voix. Celui qui a gravi tous les échelons au sein de ce parti depuis maintenant 20 ans revient pour nous sur son rapport à la francophonie et les défis à venir pour les prochaines années.

Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.

  • Vous êtes membres du DP depuis près de 20 ans: comment êtes-vous entré dans ce milieu?

J'ai fait le parcours classique: engagé en tant que jeune démocrate, j'ai commencé dans la section de Hesperange, ma ville natale. J'ai ensuite été président puis président de la circonscription, puis secrétaire général. Ma première campagne électorale en tant que candidat n'était d'ailleurs pas une communale, mais une nationale, en 2004: c'était le grand monde.


Face aux députés
Avant les élections législatives d’octobre, nous avons rencontré les 60 députés du pays et leur avons posé des questions sur leur rapport à la langue française et la francophonie en général.

J'ai toujours aimé donner mon avis. Et puis un jour Xavier Bettel m'a dit "tu n'as pas envie de t'engager, de venir dans notre comité des jeunes démocrates?”. Je me suis dit alors pourquoi pas et voilà 20 ans plus tard, la jeunesse est loin mais on prend des décisions et on mène des projets. Ce n'est pas facile pour les jeunes candidats, surtout avec le système électoral du Luxembourg. Mais j'ai passé toutes les étapes, j'ai grandi dans ce parti.

Je ne dirais pas que c'est comme une famille mais quand même, ce sont des copains, des gens qui m'accompagnent depuis presque 20 ans. Il y a quand même un côté familial d'un côté et c'est aussi pour ça que je suis content d'avoir récolté presque 96% des voix au congrès pour mon élection au poste de secrétaire général.

  • Qu'est-ce que cela change dans votre travail d'être secrétaire du parti?

Je suis à présent un homme politique à 100%. Je dois être disponible tout le temps. A l'époque où j'étais prof, c'était impossible pour moi d'être à une réunion à 8h30 par exemple! C'est évident que c'est beaucoup plus simple d'avoir un travail politique à 100% et celui de secrétaire général demande de l'implication.

Il y a plus de 6.000 membres, il y a donc une véritable gestion à faire, surtout pour rester en contact avec les sections, les mandataires... Il faut également être l'intermédiaire entre l'équipe gouvernementale du DP et les députés, les membres et les sections. Je pense que c'est surtout l'intensité du travail qui est différente entre être membre du parti et secrétaire général. Mais c'est très intéressant, je suis vraiment au cœur de ce qui se passe dans la politique journalière du parti.


  • Quel est votre rapport à la francophonie?

J'ai eu la grande chance d'avoir trois excellents copains lorsque j'étais à l'école primaire. L'un était luxembourgeois, l'autre allemand et le troisième avait une maman française donc il ne parlait que le français à la maison.

Pour moi, au début, le français c'était très très difficile, comme je pense pour tous les Luxembourgeois. J'avais davantage de facilités en allemand, qui est une langue plus proche du luxembourgeois. Je regardais la télévision uniquement en allemand aussi. Mon seul vrai contact avec le français se faisait donc via les copains d'école. Je pense d'ailleurs que c'est vraiment ainsi que doit se faire l'apprentissage des langues.

J'ai vraiment été chanceux; ça aurait été chouette d'avoir un quatrième ami anglais mais bon, il n'était pas là! (Rires) Je pense que cette pluralité des langues est un grand atout au Luxembourg. Mais d'un autre côté, je pense que les gens qui viennent ici et qui s'intègrent devraient davantage oser parler luxembourgeois; j'ai plein d'amis qui me disent qu'ils comprennent mais répondent en français... Non, plus tu parleras luxembourgeois, plus tu apprendras vite et chacun a le droit de faire des erreurs.

Sinon, je suis aussi un grand fan de Roland Garros: c'est quelque chose d'extraordinaire, un énorme tournoi. Pas sûr que je puisse y aller cette année, malheureusement. J'ai également passé quelques vacances à la montagne en France, j'ai été moniteur de ski dans les Alpes lorsque j'étais jeune.

"Je fais de la politique avant tout pour les gens qui habitent au Luxembourg et pour faire avancer les choses: je me fiche du passeport des uns ou des autres."
"Je fais de la politique avant tout pour les gens qui habitent au Luxembourg et pour faire avancer les choses: je me fiche du passeport des uns ou des autres."
Photo: Guy Jallay


  • Quelle place accordez-vous dans votre réflexion de député aux résidents étrangers? 

Plus de 50% d'étrangers vivent dans ma commune, à Hesperange, et il n'y a aucun problème! Il y a une cohésion sociale qui ne pose aucun problème: je pense même qu'Hesperange représente totalement le Luxembourg. Nous sommes globalement un pays à la fois conservateur et multiculturel, d'autres pays doivent nous envier cette cohésion.

Je ne fais pas de différence, lorsque je fais de la politique. On a des problèmes, on doit trouver des solutions. On a des projets et on veut les réaliser. Je fais de la politique avant tout pour les gens qui habitent au Luxembourg et pour faire avancer les choses: je me fiche du passeport des uns ou des autres.

Pour moi le plus important dans l'intégration, c'est de donner les moyens aux clubs culturels, aux associations sur le terrain, parce que ce sont vraiment eux qui ont le plus de chance de faciliter l'intégration. A travers ses échanges, on apprend l'un de l'autre. C'est impossible de dicter une intégration d'en haut. Elle se fait d'en bas, par les clubs, les associations, c'est certain.


  • Qu'avez-vous pensé du résultat du référendum de 2015?

Je pense qu'on n'était pas prêts pour faire une telle sorte de référendum. Ce n'est pas dans notre tradition. Je savais que ce serait très très serré mais j'espérais toutefois une ouverture. Maintenant le peuple a décidé et on a eu un vote très clair, donc pour le moment, je ne pense pas que cette situation se reproduise dans les années à venir.

Nous avons une population qui grandit et il est essentiel de procéder à une ouverture sur le plan politique, ou au moins trouver des solutions pour intégrer encore davantage les citoyens qui n'ont pas le passeport luxembourgeois. Parce qu'au niveau démocratique, on a de moins de moins de gens qui peuvent voter: on a clairement un déficit à ce sujet. 

D'un autre côté, on a déjà fait des efforts pour donner une chance aux citoyens étrangers d'obtenir un passeport luxembourgeois. Il faut vraiment motiver les gens à opter pour une double nationalité ou un passeport luxembourgeois, pour avoir également un droit de vote.

De toute manière, les gens votent pour des gens et pas nécessairement pour ce qui figure sur leur passeport. Nous devons, ensemble, avec tous les partis et la population entière, trouver des idées pour éviter à l'avenir un déficit démocratique.


  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays?

Les deux. Il est clair que sans les frontaliers, le Luxembourg aurait des problèmes au niveau de la capacité du travail. C'est un atout pour notre économie: sans eux, les entreprises auraient des difficultés à trouver des employés. Ils apportent un esprit "Grande région", qu'ils viennent de France, d'Allemagne ou de Belgique. Une multiculture.

Le défi sera évidemment la mobilité, on le voit chaque matin et chaque soir. Nous devons avoir une vision plus grande, il ne suffit plus d'ajouter un boulevard ou un tram mais nous devons vraiment investir davantage encore, même si cette coalition a déjà fait beaucoup. Il y aura de plus en plus de monde donc on a besoin d'une mobilité plus rapide.

Nous devons vraiment discuter sur tous ces points parce que les gens qui se lèvent le matin à 5 heures pour être au travail à 8 heures ou 8h30... Ils ont une perte de temps énorme dans leur vie quotidienne! On doit trouver des solutions pour que chacun puisse avoir une vie familiale et une vie de travail qui soit convenable. Ça vaut à la fois pour les frontaliers mais aussi pour les résidents.


  • Quel bilan faites-vous de ces quatre dernières années en tant que député?

Je siège depuis 10 ans au conseil communal de Hesperange, j'ai été échevin de cette commune et maintenant, en tant que député, je peux comparer un peu les différentes tâches. Je pense qu'être échevin est beaucoup plus concret: on a une responsabilité au sein de la commune. On décide de la construction d'une nouvelle aire de jeux derrière l'école par exemple, et on la réalise.

Au niveau national, avec les lois, c'est beaucoup plus long. On doit prendre les avis, les attentes de chacun. Et moi je suis une personne qui aime que les projets avancent et parfois en politique nationale, on doit être beaucoup plus patient. C'est toutefois quelque chose d'extraordinaire, je suis très content d'être député et de pouvoir aider à réaliser des projets pour mon pays natal.

Je pense que cette coalition a réalisé des projets que le pays attendait, qui n'étaient pas faisables avec un parti comme le CSV. Pourtant je suis sûr qu'ils sont ravis que nous les ayons faits!

Nous voulions mettre l'accent sur les familles, sur le fait de ne pas choisir entre enfant et carrière mais de mettre les deux ensemble. On donne un avantage à la personne, maman et/ou papa et on leur laisse le droit de combiner le tout. Je pense également que Claude Meisch a quand même réalisé beaucoup de projets qui vont avoir un impact à l'avenir.


  • Ça ne vous manque pas trop d'être professeur? 

J'ai fait 13 ans au lycée, j'ai rencontré plein de jeunes qui étaient motivés – pas tous, mais là, c'était le but de les motiver – et j'ai adoré enseigner. Mais pour moi c'était une étape, maintenant c'est une autre étape avec la politique, et pour l'avenir on verra mais c'est clair que si un jour j'ai la chance de revenir à l'école, j'y reviendrai parce que j'ai adoré ma profession.

Je ne pense pas qu'en 2018 quelqu'un fasse encore 40 ans dans une même profession. Et je pense que c'est même très important de ne pas suivre une unique voie ainsi; non seulement pour l'expérience professionnelle mais également pour le développement de sa propre personnalité.

Si je passe en revue ces 13 années à l'école, c'était enrichissant mais maintenant je rencontre d'autres personnes, sur d'autres plans, avec d'autres discussions et je trouve ça important d'avoir différents points de vue dans la vie.

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