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Claude Haagen: «Représenter aussi les étrangers est un enjeu majeur»
Luxembourg 4 min. 04.05.2018 Cet article est archivé

Claude Haagen: «Représenter aussi les étrangers est un enjeu majeur»

Claude Haagen: «Représenter aussi les étrangers est un enjeu majeur»

Chris Karaba
Luxembourg 4 min. 04.05.2018 Cet article est archivé

Claude Haagen: «Représenter aussi les étrangers est un enjeu majeur»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Le député-maire de Diekirch a fait ses études en Lorraine et en Alsace et a fortement apprécié le mode de vie "à la française". On a évoqué ces souvenirs avec lui et aussi parlé du futur du Luxembourg selon le LSAP.

Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.      

  • Quel rapport a-t-on avec la langue française à Diekirch, dont vous êtes le bourgmestre depuis 2011 ?

Un rapport quotidien! Beaucoup d'habitants parlent le français, l'italien aussi, c'est un mélange. Quand on rencontre quelqu'un, on s'adapte à sa langue, c'est un réflexe: c'est comme ça au Luxembourg! Je suis né et j'ai grandi à Diekirch, et ce multilinguisme, je le pratique depuis toujours. Et puis, quand on est enfant et qu'on fait partie d'une association ou d'un club sportif, on baigne dans différentes langues.

  • C'est ce que vous avez fait vous-même?

Oui, tout à fait, j'ai moi-même pratiqué le basket-ball de 7 à 14 ans puis le handball, toujours à Diekirch, pendant de nombreuses années: j'ai été champion de Luxembourg, j'ai gagné la coupe et j'ai été joueur international  à la fin des années 1980. J'ai beaucoup parlé le français dans ce contexte, parce qu'à la maison, on ne parlait que le luxembourgeois.

J'ai fait mes études au Lycée classique de Diekirch et j'ai grandi avec la langue de Voltaire puisque j'ai choisi la France lorsqu'il a fallu partir à l'université: Nancy puis Strasbourg, pour obtenir mon diplôme en Sciences économiques et sociales.  

Chris Karaba

Que retenez-vous de ces quelques années passées en France?

Le mode de vie à la française, l'apéro, les plats lorrains, alsaciens, le vin et le fromage! A Nancy, il y avait tous ces bistrots typiques où on commandait des cafés-schnick et puis, on mangeait dans des restaurants routiers, on était avec les gens...

Je ne fréquentais pas les autres étudiants luxembourgeois, on n'avait pas de club comme ça se fait beaucoup maintenant. J'étais avec des Français et j'habitais avec eux. 

  • Parlons de votre travail de député: comment intégrez-vous le fait qu'au Luxembourg, la moitié des citoyens soient étrangers?

Je crois que chaque parti politique fait des efforts pour appréhender les projets de loi avec les yeux de non-Luxembourgeois.

En tout cas, au LSAP, nous travaillons avec un comité composé d'étrangers de différentes communautés qui contribuent aux programmes politiques du parti et donnent leur point de vue sur les projets de loi. L'information passe et donne lieu à des échanges, c'est le principal, le but n'est pas le consensus.

Pour nous socialistes, représenter aussi les étrangers est un enjeu majeur. Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas le droit de vote qu'on ne s'occupe pas d'eux: ce sont les valeurs du socialisme.

C'est un challenge pour nous de communiquer avec eux et de défendre leurs intérêts. J'espère que c'est la même chose pour tous les partis.

  • Vous qui êtes enseignant, que pensez-vous du projet annoncé par le Premier ministre de revaloriser la filière professionnelle?

C'est le bon choix! Nous sommes en train d'élaborer notre programme électoral et je pense qu'on ira dans le même sens en recommandant un baccalauréat professionnel pour réhabiliter l'artisanat, donner la chance à chacun de se perfectionner dans un domaine et d'obtenir un diplôme qui soit reconnu pour faire des études supérieures si on le souhaite.

Ne pas instrumentaliser la langue luxembourgeoise, pour moi c'est normal

La question de la langue compte aussi: aujourd'hui, certains jeunes qui voudraient poursuivre dans la filière professionnelle ne trouvent pas de formation dans leur langue, or cela pose un réel problème puisque cela ne s'improvise pas. 

  • Xavier Bettel a insisté durant son discours: il ne veut pas voir la langue luxembourgeoise instrumentalisée pendant la campagne pour diviser les citoyens. Cette mise au point était-elle nécessaire?

Pour moi c'est normal. Je n'ai pas pris ce message pour mon propre parti. 

  • Quels seront les défis du LSAP pour les prochaines années?

Faire en sorte de ne pas creuser davantage l'écart entre les plus favorisés et les plus pauvres. Rétablir la justice sociale dans notre pays. Nous sommes dans une bonne période au niveau des finances de l'Etat: je n'y croyais pas il y a encore deux ans lorsque j'ai été rapporteur du Budget. Le problème se pose au niveau du logement, de la formation, etc.

L'évolution vers la digitalisation devra se faire sans oublier qui que ce soit, c'est-à-dire via une croissance dont tout le monde profite. Si on a un autre modèle de travail, je parle de la flexibilité, cela devra être encadré à tous points de vue et notamment au niveau du droit du salarié.

La plus-value de la digitalisation devra bénéficier à tous. Là, c'est un domaine purement socialiste car c'est lié directement au droit du travail. 


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