Classes à double alphabétisation: l'avis des experts

Une classe à double alphabétisation ne serait pas la solution au problème de langues que rencontrent beaucoup d'élèves au Luxembourg.

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(Ch.L) - Le Luxembourg a la particularité d'afficher trois langues officielles à son compteur: le français, l'allemand et le luxembourgeois.

A l'école, les enfants sont d'abord alphabétisés en allemand puis en français. En secondaire, ils apprennent l'anglais puis peuvent choisir entre l'italien ou l'espagnol s'ils se sont orientés vers l'enseignement secondaire général.

Trop de langues à la fois

A la base, rien de compliqué car l'apprentissage des langues se fait progressivement. Sauf qu'au Luxembourg, plus de 44% de la population est composée d'étrangers. Beaucoup d'enfants arrivent à l'école maternelle sans parler un mot de luxembourgeois car nés dans une famille francophone, lusophone, italienne ou autre.

Bien souvent, l'apprentissage de l'une ou l'autre langue officielle du pays n'est pas aussi aisé que cela. Du coup, la langue dite faible est trainée comme un boulet jusqu'à l'obtention de son diplôme de fin d'études secondaires.

Autre reproche fait à l'apprentissage des langues au Luxembourg: à force d'alphabétiser en deux langues et d'en rajouter une ou deux par la suite, au final, aucune des langues n'est vraiment maitrisée.

Classes à double alphabétisation?

Le problème des langues au Luxembourg est un véritable casse-tête chinois pour les politiciens et les enseignants. Bon nombre d'entre-eux se sont déjà penchés sur la question comme le couple de professeurs de l'ancienne école francophone de Walferdange, qui voulait instaurer un concept de classes à double alphabétisation allemand/français au Luxembourg.

Pour rappel, les élèves des deux classes seraient alphabétisés dans les deux langues, sauf qu'au début, l'accent serait mis sur la langue la mieux maîtrisée par chaque classe. Les deux classes auraient des activités en commun et les deux langues seraient parlées à longueur de journée. 

Un projet vite étouffé par l'ancienne ministre de l'Education, Mady Delvaux-Stehres qui l'estimait irréalisable.

L'avis des experts

Nos collègues du magazine Télécran ont posé la question de la faisabilité de ce projet à deux experts, Pascale Engel de Abreu, professeure en psychologie et Romain Martin, professeur et chercheur en éducation de l'université du Luxembourg.

Selon Romain Martin, un des risques de ce modèle est la ségrégation auquel s'ajoute l'oubli du luxembourgeois. "Il est vrai que certains enfants d'origine romane auraient plus d'aisance à être d'abord alphabétisés en français, mais cette langue resterait une langue étrangère et un obstacle si elle est enseignée avec les méthodes traditionnelles", souligne-t-il.

"Une langue étrangère est mieux assimilée lorsque un élève ressent le besoin de l'apprendre si elle lui servira dans la vie de tous les jours", renchérit Pascale Engel de Abreu tout en soulignant qu'il est rare qu'une personne sache s'exprimer couramment dans deux langues différentes, "la plupart des gens ont une langue dominante, ce qui est tout à fait normal".

Décaler l'apprentissage

"Peut-être faudrait-il espacer de quelques années l'alphabétisation en allemand et en français", suggère Romain Martin.

"Un parcours scolaire est assez long pour pouvoir se le permettre et de fait apprendre une autre langue avec succès", conclut-il.