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Cinq aveux de Paulette Lenert
Luxembourg 5 5 min. 12.07.2020

Cinq aveux de Paulette Lenert

«J'ai découvert des réserves de générosité, d'engagement chez nombre de personnels de santé croisés.»

Cinq aveux de Paulette Lenert

«J'ai découvert des réserves de générosité, d'engagement chez nombre de personnels de santé croisés.»
Photo : Gerry Huberty
Luxembourg 5 5 min. 12.07.2020

Cinq aveux de Paulette Lenert

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Elle savait que le poste ne serait pas de tout repos, mais à ce point... Devenue ministre de la Santé en février, la socialiste a traversé la crise covid sans faiblir. Et c'est encore avec énergie qu'elle entend lutter contre la reprise de l'infection. Mais qu'ont révélé en elle ces cinq mois intenses?

Énormément de cartes, des fleurs reçues d'inconnu(e)s, des témoignages anonymes glissés dans la rue quand on la croise... Des soutiens pour son action de ministre de la Santé, Paulette Lenert en reçoit chaque jour. Jusqu'à ce récent titre de politique la plus populaire du pays. Une récompense que ne prendra pas le temps d'apprécier la quinquagénaire (52 ans) tant son emploi du temps est bousculé, depuis qu'un certain covid-19 s'est invité dans le pays, dans sa vie.

Quel est la part du job à laquelle vous ne vous faites pas?

Paulette Lenert : «La politique! C'est la partie la plus difficile à encaisser. Déjà parce que cela prend du temps. Il faut préparer ses interventions à la Chambre; il faut bien peser les mots adressés dans chaque réponse parlementaire (et il y en a eu plus de 200 juste sur le thème du covid-19...); il faut prendre le soin de ne pas fâcher l'opposition en ayant l'air de ne pas écouter ses propositions. Mais moi, je suis devenue ministre pour être opérationnelle. Construire des projets pour améliorer la santé et le quotidien de mes semblables, voilà la mission qui m'anime. Le reste, je dois reconnaître que cela me pèse parfois.


Politik, Corona-Virus, Pressekonferenz Paulette Lenert, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
Paulette Lenert chamboule totalement le jeu politique
Propulsée au ministère de la Santé quelques semaines à peine avant le début de la pandémie au Luxembourg, la novice en politique devient pourtant la femme politique la plus populaire, selon les résultats du Politmonitor réalisé pour le compte du «Luxemburger Wort» et de «RTL». Devant Asselborn et Bettel.

Le pire d'ailleurs n'est pas de s'expliquer, mais de se justifier. Il y a une nuance. Je comprends qu'un ministre doive rendre des comptes sur son action. Mais parfois, j'ai l'impression que certains députés pensent que j'agis dans le but de nuire à mon pays et aux habitants. Alors, il faut batailler.

Pourquoi je n'ai pas choisi de suivre le modèle suédois? Pourquoi avoir commandé tel matériel plus coûteux que tel autre (comme si le marché du médical n'avait pas été bouleversé sur la planète entière)? Pourquoi vouloir en finir avec les libertés individuelles quand j'essaye de préserver des vies de l'infection? Au final, ne me restent plus que les soirées et les week-ends pour réfléchir aux projets. Je suis une femme "assez" occupée au final.

N'avez-vous jamais eu envie de baisser les bras?

«Non, et d'abord parce que la situation nous imposait d'être présents et de répondre au défi. Ensuite, j'ai été bien épaulée. Par le Premier ministre d'abord. Xavier Bettel a été plus qu'un chef mais bien le partenaire qu'il fallait pour réfléchir aux bonnes décisions à prendre, et celui qui sait quand vous féliciter ou vous réconforter si besoin. Nous formons un bon tandem.


online.fr, Paulette Lenert, lsap, Politik, Gesundheitsministerin,  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
«Tout ne se passe pas comme prévu»
La ministre de la Santé, Paulette Lenert, reconnaît que la brusque reprise des infections ne faisait pas partie du scénario espéré. Le pire serait de voir le nombre d'hospitalisations bondir d'ici quelques jours.

Alors, quand j'apprends qu'une bande d'insouciants a fait une fête au-delà du raisonnable et que le pays compte un nouveau cluster, je garde la volonté de servir. Dans leur très grande majorité, les gens ont appliqué les gestes barrières et comprennent pourquoi il reste capital de continuer ce petit effort. Si l'on veut retrouver toutes les libertés, il faudra apprendre à vivre avec ce virus. Respecter la règle, c'est respecter ses proches pour ne pas les infecter.

Qu'avez-vous perdu durant ces 150 jours de travail, travail, travail?

La faculté à me repérer dans le temps. Cela fait bien longtemps que je ne sais plus quel jour nous sommes (rires). Il faut avoir en tête que, par moment, mes journées n'étaient centrées que sur un seul et même sujet, avec les mêmes personnes, les réunions qui s'enchaînent, les décisions à prendre, la communication au pays, le dialogue avec mes collègues ministres et le lendemain la même chose.

Inutile de vous dire que ça ne semble pas se calmer ces temps derniers, je ne suis donc pas près de retrouver cette notion des jours. Le printemps a passé, l'été en fait autant et pour les vacances, je crois bien qu'il faudra faire l'impasse cette année... Mais cette crise, ce long épisode, m'a aussi appris à juguler mes impatiences. Ce virus ne se combat pas en un jour, j'ai dû me montrer plus patiente que jamais.

Quelle a été votre pire journée durant la crise?

Quand l'Allemagne a fait le choix de fermer sa frontière. Clairement, je me suis dit que si nos autres voisins adoptaient la même aptitude, le pays était perdu. Ce moment a été déprimant, angoissant, avant que la diplomatie et le bon sens commun de nos deux Etats et du reste de l'Europe ne prennent le pas sur les peurs. Je me voyais déjà en train de réquisitionner des personnels soignants frontaliers, de les contraindre à rester au Luxembourg sans pouvoir rentrer chez eux ou chez elles.

Maintenant, il y a aussi des journées dont vous ressortez regonflée à bloc. J'ai souvenir de ce jour où avec le ministre du Tourisme, Lex Delles, nous avons trouvé 2.000 possibilités d'hébergement pour les médecins, infirmières frontalières qui préféraient rester au Grand-Duché plutôt que d'avoir à retourner quotidiennement à la maison et se fatiguer sur la route. C'était une excellente idée, une partie de la solution à un problème donné, et chacun s'est retroussé les manches pour que cela se fasse. En moins de 24h, c'était bouclé. Problème suivant...

Votre prédécesseur, Etienne Schneider, vous a-t-il glissé quelques conseils pour surmonter l'épreuve?

«Quand il m'a transmis le poste, le 4 février, il a été très clair sur son rôle par rapport à mes nouvelles fonctions. Comme il me le dit en confidence: il ne sera jamais là pour "jouer les belles-mères". Nous avons échangé et nous continuons à nous appeler, mais la teneur de nos conversations est bien plus personnelle que professionnelle, si je puis dire. Je ne lui en veux même pas de m'avoir laissé accepter de prendre sa succession, c'est vous dire si je l'apprécie vu ce que je viens de traverser!».

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