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Chronologie d'un «assassinat médiatique»
Luxembourg 9 min. 18.11.2016 Cet article est archivé
Affaire Lunghi/RTL

Chronologie d'un «assassinat médiatique»

Sophie Schram et Enrico Lunghi discutent après la scène de l'agression devant le Mudam.
Affaire Lunghi/RTL

Chronologie d'un «assassinat médiatique»

Sophie Schram et Enrico Lunghi discutent après la scène de l'agression devant le Mudam.
Photo: Rushs de l'interview du 13 septembre par RTL Télé Lëtzebuerg
Luxembourg 9 min. 18.11.2016 Cet article est archivé
Affaire Lunghi/RTL

Chronologie d'un «assassinat médiatique»

Marie-Laure ROLLAND
Marie-Laure ROLLAND
Comment une lettre de réclamation d'une artiste au ministre de la Culture a-t-elle abouti à la démission du directeur du Mudam et s'est-elle transformée en affaire politico-médiatique? Retour sur les dates clés.

Par Marie-Laure Rolland

Comment en est-on arrivé là? C'est la question qui se pose au vu de l'évolution de l'affaire qui a mené à la démission du directeur du Mudam, Enrico Lunghi. La chronologie, qui comporte encore des zones d'ombre, permettra peut-être de répondre un jour à la question du pourquoi.

Vendredi 8 juillet 2016: Doris Drescher envoie une lettre de protestation au ministre de la Culture Xavier Bettel. Elle prend position contre le projet de Galerie nationale d'art, estimant que le Luxembourg dispose de suffisamment d'espaces d'exposition pour les artistes luxembourgeois mais que ceux-ci n'y sont pas suffisamment présents. Elle ne met pas explicitement en cause Enrico Lunghi.

Source: Screenshot "Den Nol op de Kapp" du 19 septembre 2016

Mardi 13 septembre: Sophie Schram fait une interview avec Enrico Lunghi devant le Mudam. Elle l'interroge sur le cas Doris Drescher.

Lundi 19 septembre: Diffusion de Kulturzeen (1. Deel) dans l'émission «Den Nol op de Kapp». Le reportage de Marc Thoma comporte une interview avec Doris Drescher, en écho à sa lettre de protestation à Xavier Bettel.

Mardi 20 septembre: Diffusion de Kulturzeen (2. Deel) dans l'émission «Den Nol op de Kapp».

Le reportage rendu public est la deuxième version montée par Sophie Schram. Une première version montrait la scène de l'agression de la collaboratrice de RTL par le directeur du Mudam Enrico Lunghi. La rédaction en chef s'y étant opposée, une deuxième version qui ne fait pas mention de l'agression est diffusée.

Jeudi 22 et vendredi 23 septembre: Sophie Schram aurait obtenu un arrêt de travail de deux jours. Sur le document présenté dans le reportage du 3 octobre ne figurent ni son nom, ni le nom du médecin ayant signé le document, ni la date de la consultation.

Source: Screenshot de l'émission "Den Nol op de Kapp" du 3 octobre 2016.

Samedi 24 septembre: Sophie Schram va en consultation chez Dana Bliuc, docteur stagiaire au service d'orthopédie du Centre Hospitalier de Luxembourg.

Lundi 26 septembre: Réunion dans le bureau du directeur général de RTL Télé Lëtzebuerg Alain Berwick. Sophie Schram s'y présente avec le bras bandé. D'après le directeur général, elle montre un certificat médical et dit vouloir porter plainte contre Enrico Lunghi. Alain Berwick convoque les responsables de sa rédaction en chef.

Si elle portait plainte au pénal, en citation directe, on a décidé qu'on diffuserait les images car de toute façon les autres médias seraient au courant. 

Alain Berwick, directeur général de RTL Télé Lëtzebuerg

Interrogé par le «Luxemburger Wort», le directeur général de RTL explique: «On ne peut pas mettre un certificat médical en cause. Au vu des rushs (intégralité de l'interview, ndlr), on a décidé que RTL ne porterait pas plainte contre Lunghi. La fille déciderait elle-même si elle portait plainte ou non. Si elle portait plainte au pénal, en citation directe, on a décidé qu'on diffuserait les images car de toute façon les autres médias seraient au courant». Maître Pol Urbany, avocat de RTL, est chargé de l'assistance juridique de Sophie Schram.

Interrogée par le «Luxemburger Wort», la rédaction en chef de RTL dément être associée à cette décision contraire à sa prise de position pour le reportage du 20 septembre.

Jeudi 29 septembre: Sophie Schram retourne chez le docteur Bliuc pour avoir un certificat attestant qu'elle a été reçue en consultation le 24 septembre. Le diagnostic fait état de contusions au coude et à l'avant-bras gauche. Un bandage est posé et une thérapie anti-douleur prescrite.

Source: Journal de RTL télé du 4 octobre 2016

Lundi 3 octobre: Le responsable de l'émission «Den Nol op de Kapp», Marc Thoma, présente un reportage faisant état de la plainte de Sophie Schram contre Enrico Lunghi pour coups et blessures volontaires. La vidéo montre la scène de l'agression. Maître Pol Urbany parle d'entrave à la liberté de la presse, notant que «nous ne sommes pas ici en Turquie».

Mardi 4 octobre: Le ministre de la Culture Xavier Bettel s'exprime sur l'affaire. Il indique qu'une procédure disciplinaire va être ouverte contre le directeur du Mudam, du fait de son statut de fonctionnaire en disponibilité. Il précise que le Conseil d'administration du musée va se réunir à ce sujet. Le président du syndicat de journalistes ALJ, Roger Infalt, interrogé par la radio 100,7 dit qu'il est prêt à défendre Sophie Schram en cas de procès.

Mercredi 5 octobre: Enrico Lunghi envoie une lettre d'excuses à Sophie Schram et s'exprime devant les caméras du journal télévisé à ce sujet. D'après le site rtl.lu, Sophie Schram accepte les excuses «a mécht dann och keng Plainte». Très vite s'expriment des doutes sur la crédibilité du reportage. En particulier, on se demande pourquoi le premier reportage de Sophie Schram, diffusé le 20 septembre sur «Den Nol op de Kapp», ne parlait pas de l'agression.

Jeudi 6 octobre: Le conseil d'administration du Mudam se réunit. Il «regrette profondément l'attitude déplacée de son directeur général et son emportement» mais a pris acte des excuses du directeur général à Sophie Schram et le confirme dans ses fonctions.

Mardi 11 octobre: La radio 100,7 révèle que la journaliste du Lëtzebuerger Land, Josée Hansen, membre du Conseil d'administration du Mudam, a démissionné de ses fonctions. Elle invoque le conflit d'intérêts avec sa profession.

Vendredi 28 octobre: Enrico Lunghi annonce sa démission par lettre recommandée à la présidente du Conseil d'administration du Mudam, la princesse Stéphanie. Il indique que «la diffusion tronquée de l'émission ,Den Nol op de Kapp‘ du 3 octobre dernier et les affronts qui s'en suivirent ont été tels que je ne suis plus en mesure de me consacrer avec les mêmes engagement et liberté d'esprit à la tâche qui est la mienne». La démission est révélée par la radio 100,7 le vendredi 4 novembre, le Conseil d'administration n'ayant pas communiqué à ce sujet.

Je ne suis plus en mesure de me consacrer avec les mêmes engagement et liberté d'esprit à la tâche qui est la mienne».


Enrico Lunghi, directeur général démissionnaire du Mudam

Dimanche 6 novembre: Enrico Lunghi écrit au Comité international des musées d'art moderne (Cimam) pour l'informer de sa démission. Il dénonce la dramatisation des faits qui lui sont reprochés par Sophie Schram et la manipulation des images au montage. Il annonce qu'il porte plainte pour diffamation.

Lundi 7 novembre: Le Conseil d'administration du Mudam réagit à la démission d'Enrico Lunghi. Dans un communiqué, il parle de «décision regrettable» et annonce qu'il «se réunira prochainement pour définir la procédure d'appel à candidature afin de lancer la recherche d'un nouveau directeur général».

L'artiste luxembourgeoise Su-Mei Tse est l'une des signataires des pétitions de soutien à Enrico Lunghi.
L'artiste luxembourgeoise Su-Mei Tse est l'une des signataires des pétitions de soutien à Enrico Lunghi.
Photo: Galerie Beaumontpublic

Parallèlement, une campagne nationale et internationale de soutien à Enrico Lunghi se développe. Le Comité international des musées d'art moderne observe que «ses détracteurs luxembourgeois le harcelaient depuis des années» et que «partout les pressions contre ceux qui défendent un art contemporain libre et ambitieux s’accentuent. Les conditions qui ont poussé Enrico Lunghi à démissionner sont un mauvais coup porté à nous tous. Elles sont aussi anti-démocratiques».

Lundi 14 novembre: Suite aux remous provoqués par la diffusion du reportage et aux questions soulevées, RTL rend public l'enregistrement intégral de l'interview d'Enrico Lunghi du 13 septembre. Il apparaît notamment que l'interview a duré encore 12 minutes après la scène de l'agression.

Mardi 15 novembre: En l'absence de Xavier Bettel, en déplacement à l'étranger, le Secrétaire d'Etat à la Culture, Guy Arendt, rencontre les membres de la Commission de la Culture de la Chambre des députés. Il précise que la procédure disciplinaire contre Enrico Lunghi, se fait «à charge et à décharge». Le député Franz Fayot dénonce «l'assassinat médiatique» du directeur du Mudam par le reportage de RTL.

Mercredi 16 novembre: Le site internet du «Luxemburger Wort» fait l'évidence, vidéos à l'appui, que la scène de l'agression de Sophie Schram a été coupée pratiquement de moitié lors du montage du reportage du 3 octobre, confirmant les accusations d'Enrico Lunghi.

Source: Luxemburger Wort

Une réunion de crise est organisée entre le directeur général Alain Berwick et sa rédaction. En fin d'après-midi est envoyée à trois responsables de RTL Group une «Prise de position des équipes 
RTL Télé Lëtzebuerg sur l'affaire Lunghi/Schram». Elles se solidarisent de la rédaction en chef et du station manager et dit qu'«il est urgent de réagir enfin pour défendre la réputation de nos rédactions et celle de la maison tout court».

RTL Group saisit le soir même son département Audit et Compliance.

Jeudi 17 novembre: Le Premier ministre Xavier Bettel demande au Commissaire du gouvernement près de CLT-UFA, Jean-Paul Zens, d'analyser les reproches et d'aborder le sujet lors de la prochaine réunion du Conseil d'administration de CLT-UFA.

Les premières auditions du service Audit et Compliance de RTL Group débutent. Sont entendus le chef d'antenne et responsable des magazines Steve Schmit, le rédacteur en chef du journal Alain Rousseau et la rédactrice en chef adjointe du journal Caroline Mart.

Les rédactions de RTL Radio Lëtzebuerg et de celles du site internet RTL.lu envoient une "Prise de position" à la direction du groupe. «Les équipes rédactionnelles de RTL Radio Lëtzebuerg et de RTL.lu se sont réunies ce matin et tiennent à vous informer qu’elles soutiennent les équipes de RTL Télé Lëtzebuerg dans leur prise de position interne".

Vendredi 18 novembre: le service Audit et Compliance de RTL Group entend le directeur général de RTL Lëtzebuerg Alain Berwick.


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