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Chez Luxair, «on n'arrive pas à suivre la cadence»
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Conflit social

Chez Luxair, «on n'arrive pas à suivre la cadence»

Le message est simple.
Conflit social

Chez Luxair, «on n'arrive pas à suivre la cadence»

Le message est simple.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Conflit social

Chez Luxair, «on n'arrive pas à suivre la cadence»

Charles MICHEL
Charles MICHEL
Environ 800 manifestants se sont réunis ce matin, à l'appel des syndicats de la LCGB et de l'OGBL, pour exprimer leur ras-le-bol au pied du ministère des Transports. Ambiance...

Ce lundi matin, le ciel s'était vêtu de ses plus beaux nuages pour accompagner le cortège parti du Glacis, sur le coup de 8h15, en direction du ministère des Transports. Les chasubles vertes (LCGB), rouges (OBGL) et jaunes traversent le pont Rouge dans un silence de funérailles. Ni chants, ni revendications, rien si ce n'est des pancartes «Stop Gel des Salaires», «Stop à la dictature» ou un simple «Ras-le-Bol». Mais ça, c'était avant. Avant d'arriver 4, place de l'Europe. Au pied du ministère des Transports, au sein duquel François Bausch (Déi Gréng) est arrivé sous les sifflets, les 800 manifestants, dont une grande partie d'employés de chez Luxair, se massent devant la petite tribune où Paul De Araujo, secrétaire syndical de la LCGB, ouvre le bal des contestations.


Luxair, Boing
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Très vite, comme pour donner un peu plus corps à cette masse présente devant lui, Paul De Araujo rappelle qu'en 2020, cette «unité du personnel» a pu «éviter le démantèlement social machiavélique» prévu par la direction de Luxair. Il n'en faut pas plus pour hausser les chœurs dont les voix s'élèvent le long du bâtiment de verre. 

Parmi les manifestants, Raphaël et Naki. Les deux viennent de boucler leur nuit. Le premier employé au bureau export, la seconde chez Luxair Cargo où elle passe ses journées à planifier les vols. Eux sont là pour exprimer leur mécontentement face à «la charge de travail qui a beaucoup augmenté», mais aussi la «diminution des effectifs», «le gel des salaires» et la perte du «13e mois». 

Ils (les dirigeants) veulent faire beaucoup d'argent. Ok, il n'y a pas de souci, mais entre la diminution des effectifs et le gel des salaires, ça devient compliqué

Raphaël, employé

S'il dit ne pas connaître le nombre de licenciements, Raphaël assure voir beaucoup de salariés être dirigés vers les cellules de reclassement. «Certains, notamment ceux qui ont eu des problèmes de santé ou qui n'ont pas leur place au niveau des spécialités clés chez Luxair Cargo, on va leur trouver durant trois ans des postes à droite à gauche. Et ils ne perçoivent que 80% de leur salaire...» 

Quant à ses conditions de travail, Raphaël dit faire les frais d'une réaction en chaîne. «Énormément de camions arrivent, il faut les ficher, les préparer, les dispatcher au niveau des quais, puis au niveau des vols... Il peut y avoir une vingtaine ou une trentaine de camions qui, au lieu de décharger sur une journée, ils vont être déchargés le lendemain ou deux jours après. On n'arrive pas à suivre la cadence...»

«Ils (les dirigeants) veulent faire beaucoup d'argent. Ok, il n'y a pas de souci, mais entre la diminution des effectifs et le gel des salaires, ça devient compliqué», déclare Raphaël tout en rappelant «faire du 7 jours de suite». Dans les faits, cela se traduit par «lundi-mardi matin, jeudi-vendredi de l'après-midi et samedi-dimanche de nuit. Ensuite, 48h de repos et ça recommence...» 

«Une demande quotidienne de flexibilité»

Cette situation n'est pas sans conséquence sur la qualité du travail, mais aussi sur la santé des salariés. «Ces conditions de travail génèrent énormément de stress. Nous, dans les bureaux, ça va encore, mais pour ceux qui sont à la manutention, c'est plus compliqué.»

«Dès le début de la pandémie, le cargo-center a connu une augmentation de l'activité telle que les salariés ont été confrontés à une surcharge de travail provoquant de mauvaises conditions de travail», martèle Paul De Araujo avant d'ajouter que le personnel navigant est également confronté à «une demande quotidienne de flexibilité et connait actuellement une surcharge de travail et des niveaux de fatigue sans précédent».

Parfois, alors que je suis en repos, je reçois un SMS à 10h pour me demander si je peux voler à 12h...

Serge, commandant de bord

À ces mots, Marie* ne peut qu'applaudir. Tailleur et foulard autour du coup, cette hôtesse de l'air travaille au sein de la compagnie depuis une quinzaine d'années. «On fait de plus en plus d'heures et on travaille parfois même sur notre temps libre», dit-elle alors qu'Antoine*, son collègue steward, fait le constat suivant: «Avant, on savait qu'en été, on allait avoir des semaines exceptionnelles, plus chargées que d'autres, mais on savait aussi qu'il y allait avoir ensuite un retour à la normale. Aujourd'hui, l'exceptionnel est devenu la norme.»

Culpabilisation permanente

Dans son discours, Paul De Araujo assure que «la direction fait appel à des instruments tels que le pouvoir discrétionnaire du commandant, la polyvalence et la flexibilisation (...) pour couvrir des situations exceptionnelles.» Des pilotes, il y en avait aussi parmi les manifestants.

Serge*, une trentaine d'années de vol au compteur, confirme les propos du secrétaire syndical de la LCGB: «Normalement, on a un planning sur un mois. Mais, en réalité, il change tous les jours. Parfois, alors que je suis en repos, je reçois un SMS à 10h pour me demander si je peux voler à 12h...» S'il assure ne pas ressentir une obligation d'accepter, il regrette la pression mise: «Lors des réunions, on nous fait bien comprendre qu'on ne travaille pas assez, que nous ne sommes pas assez performants. Il y a une perpétuelle culpabilisation», confie le pilote. 

Selon un sondage réalisé par Randstad Employer Brand Research, près de 49% des 1.502 travailleurs interrogés, ont déclaré que la compagnie aérienne était l'employeur le plus attractif du pays. Malgré les difficultés actuelles, Serge se dit «toujours aussi fier de travailler pour Luxair» avant de conclure en forme de message: «Il ne faut pas confondre Luxair et sa direction qui ne fait que passer. La compagnie, elle, restera et il y règne en son sein une ambiance familiale qui lui sera impossible de casser...» 

Avant de partir, son café à la main, Serge se retourne: «Vous savez, si je suis là, ce n'est pas pour moi, mais pour les nouveaux. Pour eux, ça va être dur...»

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