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Chantiers à Luxembourg: La ville palpite au rythme des travaux
Luxembourg 10 min. 01.07.2016 Cet article est archivé

Chantiers à Luxembourg: La ville palpite au rythme des travaux

Le pont Adolphe, bâti en 1903, guérit de ses blessures.

Chantiers à Luxembourg: La ville palpite au rythme des travaux

Le pont Adolphe, bâti en 1903, guérit de ses blessures.
Lex Kleren
Luxembourg 10 min. 01.07.2016 Cet article est archivé

Chantiers à Luxembourg: La ville palpite au rythme des travaux

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Poussière, déviations, bruit, trottoirs encombrés: Luxembourg gronde et palpite depuis des mois au rythme des travaux, auxquels répondent les soupirs des commerçants et des riverains. La ville doit s'adapter à l'évolution de sa population. Plan d'aménagement global (PAG), le regard de la bourgmestre et promenade atypique parmi les chantiers.

Par Anne Fourney

Luxembourg a ce statut particulier de capitale du Grand-Duché et de capitale européenne. Elle s'est beaucoup développée durant les trente dernières années, notamment la place financière. « Aujourd'hui nous avons une situation atypique puisque la ville abrite bien plus d'emplois que d'habitants. 110.000 personnes habitent à Luxembourg et 180.000 personnes y travaillent », rappelle la bourgmestre Lydie Polfer. Elle pourrait atteindre 125.000 habitants en 2020 et 151.00 en 2030. Près de 40.000 emplois supplémentaires sont envisagés d'ici là. Ce déséquilibre entre emplois et habitations est flagrant au Kirchberg, où le développement des logements est une priorité. Ce contraste a aussi un fort impact sur la mobilité puisque de nombreux travailleurs sont frontaliers. Si l'offre de logements grandit, leurs prix devraient être plus abordables et attirer davantage les travailleurs frontaliers.

Un aperçu du PAG: les habitants ont jusqu'au 20 juillet pour le consulter et donner leur avis, au Biergercenter.
Un aperçu du PAG: les habitants ont jusqu'au 20 juillet pour le consulter et donner leur avis, au Biergercenter.
Lex Kleren

Une problématique à laquelle la commune veut faire face. C'est le but du PAG (Plan d'Aménagement Général) présenté mi-juin. Il propose une vision de la ville justement répartie entre espaces verts, logements et développement des infrastructures. Il a été présenté mi-juin au conseil communal. Les citoyens peuvent le consulter depuis le 20 juin au Biergercenter et donner leur avis pendant 30 jours.

La proportion entre espaces verts et logements restera la même. Des logements seront construits dans les quartiers Kirchberg, Hollerich, centre-gare, ville haute, Ban de Gasperich, Merl-Strassen, route d’Arlon, Hamm-Findel. La Commune veut développer en priorité les infrastructures socioculturelles afin de faciliter la vie familiale (crèches, maisons relais...).

Le dernier PAG est le plan Joly, appliqué dans les années quatre-vingt-dix.

Le regard de la bourgmestre sur sa ville

Lydie Polfer vit dans la ville haute. « J'apprécie tous les jours cette chance de vivre proche de son lieu de travail », dit la bourgmestre. Les chantiers ? Un mal nécessaire. Elle en a elle-même fait l'expérience un matin : le chantier avait creusé devant la porte de sa maison et elle ne pouvait pas en sortir. Ces travaux sont le prix à payer pour bénéficier des « qualités de service ». Les gens s'y habituent mais oublient qu'il faut faire quelques concessions pour y parvenir, rappelle sagement la bourgmestre. 3.980 employés travaillent pour la ville. « On devrait dépasser les 4.000 l'année prochaine. » Une grande entreprise qui doit veiller au bien-être des citoyens.

« Regardez le grand projet Royal Hamilius : demain ce sera extrêmement beau ! Prenons la rue Aldringen. Je sais que les commerçants vivent des moments difficiles mais demain ce sera l'une des plus belles rues de la ville ! »

La circulation du centre-ville devrait être réduite: « Le tram devrait révolutionner la circulation au cœur de la ville. Sa mise en service permettra de réorganiser la circulation des bus dont certains circulent presque à vide, je pense à ceux qui viennent de la périphérie de la ville. »

La ville a connu beaucoup de changements entre la première fois où Lydie Polfer en a été la bourgmestre (de 1982 à 1999) et aujourd'hui. Il lui est difficile de nommer les plus grands changements : « Je suis née à Luxembourg, j'y ai toujours vécu. C'est un peu comme les enfants, on ne voit pas ses enfants grandir », sourit-elle. « La ville a connu beaucoup de changements mais a conservé sa douceur de vivre. Je le ressentais surtout quand j'étais ministre des Affaires étrangères. J'ai dû voyager dans des endroits moins sûrs... Et revenir ici m'apparaissait comme un petit coin de paradis, c'est l'île des bienheureux ! » Dans son bureau, un tableau représente la ville haute, son quartier, entourée d'eau, comme une île.

Promenade sonore d'un chantier à l'autre

Les chantiers se succèdent d'une rue à l'autre de Luxembourg et l'on s'y perd parfois; nos repères sont brouillés. Poussière, déviations, bruit, trottoirs encombrés: la ville de Luxembourg gronde et palpite depuis des mois au rythme des travaux, auxquels répondent les soupirs des commerçants et des riverains.

Le pouls de Luxembourg bat fort, où ses marteaux-piqueurs résonnent dans les artères béantes. Les passants grimacent, accélèrent le pas lorsqu'un engin se met à marteler le sol. Les coups frappent les pavés, les entrailles de la ville, oscillent sous les chaussures, heurtent nos tympans. La crevasse béante ici sera demain quelques pas plus loin. Des planches y forment de petits ponts.

Les ouvriers s'affairent parmi les machines et la poussière. Leur voix parvient à s'élever au-dessus de ces puissantes percussions. Chaque chantier a sa singularité, son ambiance, sa lumière, son rythme. Ses propres notes aussi. Passée l'appréhension du vacarme, il faut faire le tri parmi tous les sons qui s'en échappent.

Ces travaux s'étalent sur une durée longue, de plusieurs mois. Cohabiter avec ces morceaux de chaos est pénible. Sauf, peut-être, en décidant de les intégrer dans notre quotidien. Je le reconnais, c'est très "peace and love" comme idée. Zen, tendance, etc. Cette suggestion trouve sa source dans un ressenti personnel.

Place d'Armes, square Jan Pallach.
Place d'Armes, square Jan Pallach.
Guy Jallay

Comme Henri D. Thoreau isolé dans les bois de Walden parvenait à percevoir chaque son de la forêt individuellement, il est possible d'y parvenir dans un environnement bruyant. C'est un exercice pratiqué dans les cours de musique. Éduquer son oreille à nommer chaque son, à l'identifier parmi les autres. L'oreille ne perçoit plus simplement du bruit, mais un son, puis un ensemble de sons. Cette étrange musicalité du bruit offre de rares émotions. 

Si vous avez l'oreille musicale, essayez! Chaque chantier a ses caractéristiques. Les sons dépendent de la nature du chantier comme des hommes qui y travaillent. Certains sons de travaux font aussi écho à des morceaux de musique.

Dans le quartier Gare

Ce chantier est certainement, avec Hamilius, le plus puissant et dense sur le plan sonore. Aux sons qui s'en échappent s'ajoutent ceux de la circulation des voitures et des bus, voire des trains. Une musicalité à la Richard Wagner. Imaginons un instant le chantier du quartier Gare sur la Walkyrie, acte 1: un son victorieux et dense; ou La Marche impériale de Star Wars de John Williams, plus solennel et martial.

Durée: 19 mois (début: fin août 2015). Conduites eau et gaz, chauffage, éclairage public, aménagement routier, wifi et fibres optiques.

Royal Hamilius

En allant vers le centre-ville, le chantier Hamilius s'impose comme l'un des plus ambitieux de Luxembourg. Les camions vont et viennent entre le boulevard Royal et les palissades qui l'encadrent. Être ainsi dissimulé lui confère un aspect mystérieux. Deux grues dépassent. On construit, on creuse, on tape, on martèle. Avec cette particularité esthétique: ce vieil immeuble planté au milieu du gouffre où naitront un parking souterrain et les fondations des nouveaux bâtiments. C'est la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák. De l'autre côté du boulevard Royal, l'Hôtel des Postes surplombe le chantier Hamilius de sa prestance, un brin austère par son architecture rectiligne. Sur un côté, un bâtiment autrefois moderne est devenu gris et triste.

Fin prévue: 2018. Coût estimé: 300 millions d'euros.

Pont Adolphe

Construit en 1903, le pont Adolphe avait besoin d'une cure de jouvence. Afin de protéger les passants des travaux de réhabilitation, un énorme bandage recouvre le pont sur lequel il est inscrit "guérir le pont Adolphe". Ce bandage est en réalité une protection en PVC aux vertus anti-bruit et anti-poussière. Il abrite l'échafaudage.

Le pont Adolphe, enveloppé d'un bandage.
Le pont Adolphe, enveloppé d'un bandage.
Lex Kleren

Un pont provisoire a dû être mis en place pour permettre la circulation des véhicules. Les travaux sur le pont Adolphe lui-même auront duré trois ans: ils doivent s'achever l'année prochaine.

Durée: de 2012 (inclut l'installation d'un pont provisoire) à 2017. Coût estimé: 63 millions d'euros.

Au centre ville

Continuons vers la Ville haute: rue des Bains, à côté d'une discothèque, c'est une "résidence de prestige" qui prend forme. C'est dans la partie sombre et étroite de cette rue que la scène se passe. Direction la place d'Armes, où le pavage d'une esplanade s'achève. De celui-ci s'échappent des notes plus douces du balai humide qui caresse la pierre blanche. Des badauds profitent d'un petit rayon de soleil sur les terrasses. La place Guillaume II est beaucoup moins fréquentée. Le concert de machines est minimaliste, le son grave d'une sorte de foreuse y faisait ce jour-là une œuvre régulière.

Extension du parking Knuedler. Durée estimée: 4 ans (début: janvier 2016). Coût: 37,3 millions d'euros.

La place Guillaume II.
La place Guillaume II.
Guy Jallay

De jolies notes de saxophone s'échappent de la Grande-Rue. Des vraies, pas des notes suggérées par une machine de chantier. Un musicien joue là pour quelques pièces. Rue du Nord, c'est l'ancien Palais de Justice qui est en reconversion et accueillera le ministère des Affaires étrangères. On y entend une disqueuse. Un son plus aigu que le marteau-piqueur, métallique. Construit en 1545, il est en cours de rénovation. Un autre projet prend forme entre la Côte d'Eich et la rue du Nord, avec la création de 44 logements et 119 places de parking.

C'est le quartier de la belle et vieille pierre, celle qui a résisté à tant d'évènements au cours de l'histoire: l'église Saint-Michel, dont l'origine remonte au 10e siècle; le fameux "Ënnert de Steiler" du 14e siècle. Une bétonnière digère son matériau pâteux.

L'ancien palais de justice, qui une fois rénové abritera le ministère des Affaires étrangères.
L'ancien palais de justice, qui une fois rénové abritera le ministère des Affaires étrangères.
Guy Jallay


Curieusement, les ouvriers qui travaillent dans ce quartier semblent moins stressés: le faible bruit leur permet de parler. Peu de véhicules circulent dans ce quartier. Qu'il est bon de déambuler dans ces petites rues le nez en l'air pour s'imprégner du caractère de cette ville: admirer au passage une niche de pierre à l'angle d'une façade qui abrite une statue.

Rue de l'Eau, face au Musée national d'histoire et d'art, d'autres travaux de rénovation ont cours. Parmi les façades impeccables de ces vieux bâtiments remplis d'âme. C'est le Fonds de rénovation de la Vieille Ville qui finance ces travaux pour y installer des commerces, des logements et des places de parking.

Quartier de la ville haute: rue de la Loge, rue du Marché aux poissons.
Quartier de la ville haute: rue de la Loge, rue du Marché aux poissons.
Guy Jallay

Le tram

Un petit saut à Limpertsberg pour jeter un coup d'œil au chantier pharaonique du tram, qui devrait déjà commencer à circuler l'année prochaine. Le funiculaire qui reliera le quartier du Pfaffenthal au Kirchberg en fait partie.

Le survol de ces chantiers n'est pas exhaustif, nous avons choisi ceux qui sont les plus présents dans notre quotidien, pour les trajets en ville.

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