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Cette émeute qui pourrait tout changer
Luxembourg 5 2 4 min. 06.12.2021 Cet article est archivé
Société

Cette émeute qui pourrait tout changer

Par sa violence (physique et verbale), le mouvement de samedi a profondément heurté l'opinion et soudé les politiques.
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Cette émeute qui pourrait tout changer

Par sa violence (physique et verbale), le mouvement de samedi a profondément heurté l'opinion et soudé les politiques.
Luxembourg 5 2 4 min. 06.12.2021 Cet article est archivé
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Cette émeute qui pourrait tout changer

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Les 2.000 contestataires qui ont chahuté la capitale, samedi, ont surtout réussi à rassembler un front commun. A être trop radicaux et violents, pas sûr que les manifestants aient rallié beaucoup de soutiens à leur cause.

Longtemps, la contestation des mesures sanitaires du gouvernement luxembourgeois a été discrète. Depuis la rentrée, elle s'était faite un peu plus visible. Ainsi, les six marches blanches et silencieuses organisées entre Kirchberg et Knuedler rassemblaient-elles, tous les 15 jours, les «anti» de tous bords. Samedi, c'est un pas bien plus conséquent qui a été franchi. Puisqu'au-delà des protestations, c'est la violence qui a fait son apparition.

Des scènes d'émeute, comme Luxembourg n'en a pas l'habitude, sont ainsi venues marquer ce 4 décembre. Avec les marchés de Noël, place de la Constitution et place d'Armes, envahis par des hordes. Une Gëlle Fra voyant des manifestants grimper sur son socle pour tendre une banderole où CovidCheck et étoile jaune sont assimilés. Propos révisionnistes, bousculades avec la foule comme avec les policiers (débordés), des manifestants hostiles se rassemblant (à nouveau) devant le domicile du Premier ministre ou sur les marches de la Chambre des députés pour y tenir des propos bien loin de la seule évocation de la crise covid, une ministre de la Famille exfiltrée de son lieu d'habitation... 


«Démocratie et institutions survivront à la pandémie»
Pour l'historien Marc Schoentgen, les mesures anti-covid ne transforment pas le pays en état totalitaire. Il rappelle aux anti-vaccins les privations des libertés qu'a connues le pays sous le régime nazi.

Outre la réaction indignée du ministre de la Sécurité intérieure, Henri  Kox (Déi Gréng) parlant de «radicalisation». La classe politique quasi tout entière a immédiatement fait part de son indignation devant les méthodes employées, les slogans entendus, les banderoles affichées. Xavier Bettel a attendu dimanche pour réagir via les réseaux sociaux rappelant que «Solidarité, démocratie et humanité sont plus fortes que la haine, la violence et l'égoïsme!»

Evidemment, la police grand-ducale a ouvert une enquête sur les faits et exactions commises. Les enquêteurs disposent de nombreuses vidéos captées sur les incidents. Les images des caméras de surveillance viendront s'ajouter à toutes celles que les uns ou les autres ont mises en ligne sur les réseaux sociaux. Des séquences qui permettront, peut-être d'identifier, une partie des fauteurs de troubles mais ne permettra pas de mettre en cause le gros de cette foule hargneuse qui a surpris son monde à l'occasion de ce rendez-vous non déclaré aux autorités et qui a visiblement reçu des renforts extra-nationaux.

Dimanche, le directeur général de la police a tenté de justifier l'organisation mise en place la veille. Sans dévoiler le nombre d'agents mobilisés, Philippe Schrantz n'a pas caché que les autorités avaient officieusement eu connaissance qu'un mouvement s'organisait. Mais ce niveau de violence n'était pas prévisible, ni le fait que les contestataires agissent en ordre dispersé. Et de rappeler au passage la difficulté d'agir pour les forces de l'ordre dans pareille circonstance : «Si nous réagissons de manière excessive, cela pourrait déclencher la panique ou des affrontements au cours desquels des innocents seraient blessés». 

Dimanche 5 décembre, Bruxelles connaissait elle aussi une manifestation d' «anti». Mais le cortège avait été annoncé, et si heurts il y a eu avec la police ce n'était qu'avec une frange du cortège.


«Nous avons besoin de nouvelles restrictions»
Alors que le nombre d'infections ne cesse de grimper au Luxembourg, l'épidémiologiste luxembourgeois Michel Pletschette prédit un hiver «très difficile» si de nouvelles mesures ne sont pas mises en place.

Déjà, le CSV a demandé à ce que le ministre de la Sécurité intérieure vienne s'expliquer sur la gestion de ces débordements dans la capitale devant les députés. Mais au-delà de l'aspect sécuritaire, c'est bien sur la radicalisation des opinions qu'il faut s'interroger. 

Après vingt mois de crise sanitaire, de prises de décision affectant le quotidien et les libertés de chacun, une partie des habitants n'entend plus appliquer les consignes, respecter les recommandations, suivre les lignes des lois covid qui se succèdent. Et cela paradoxalement, alors qu'une autre frange de la population, elle, en appelle à cette application, ce respect, ce suivi à l'heure où le virus reprend (5.000 infections actives actuellement).

Mais une chose apparaît : les choix du gouvernement, aussi pesants soient-ils, restent globalement acceptés. En témoigne le résultat du dernier Politmolitor. Sondage dans lequel 67% des sondés se disaient notamment favorables à plus de droits pour les personnes 3G (testés, guéris ou vaccinés), 54% pour l'obligation vaccinale anti-covid et autant pour un CovidCheck obligatoire.

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