Changer d'édition

Ces visages qui incarnent la grogne de l'Horeca
Luxembourg 6 min. 11.02.2021 Cet article est archivé

Ces visages qui incarnent la grogne de l'Horeca

Parmi les principales revendications des manifestants figurent la trop grande complexité des demandes d'aides et l'incompréhension quant au maintien de la fermeture du secteur Horeca.

Ces visages qui incarnent la grogne de l'Horeca

Parmi les principales revendications des manifestants figurent la trop grande complexité des demandes d'aides et l'incompréhension quant au maintien de la fermeture du secteur Horeca.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 6 min. 11.02.2021 Cet article est archivé

Ces visages qui incarnent la grogne de l'Horeca

Qu'ils soient propriétaires, serveurs ou cuisiniers, tous protestent contre la manière dont est gérée la pandémie dans le secteur des bars, cafés et restaurants. En amont de la manifestation de jeudi, rencontre avec certains d'entre eux.

(Jmh avec Nadia Di Pillo) - S'ils espèrent «au moins être 1.000» ce jeudi après-midi pour une nouvelle manifestation prévue place d'Armes, les acteurs du secteur Horeca apparaissent comme être composés de divers mouvements, avec différentes problématiques. Une absence d’homogénéité qui pousse François Koepp, secrétaire général de l'Horesca, la fédération représentative du secteur, à estimer que «ce sont toujours les mêmes qui manifestent». Nos confrères du Luxemburger Wort sont allés à la rencontre de plusieurs d'entre eux pour savoir qui ils sont et ce qu'ils exigent.

  • Clément Elie, Café Miche, Diekirch
Photo: Gerry Huberty

A 31 ans, ce serveur se trouve être l'un des organisateurs du mouvement puisqu'à l'origine de l'appel lancé pour la manifestation de ce jeudi. Estimant que la situation est «tendue», il assure ne pas avoir reçu de salaire depuis un mois. «Ma patronne a demandé le chômage partiel, mais elle n'a encore rien reçu», indique-t-il en précisant qu'il peut «se rabattre sur [s]es économies». Optimiste, il estime «que [s]on salaire devrait être versé ce mois-ci».

Malgré les difficultés actuelles, il ne souhaite pas changer de métier. «J'ai toujours été serveur depuis que j'ai commencé à travailler, je ne peux pas m'imaginer faire autre chose», assure-t-il en précisant que «ce travail est [s]a passion»et c'est pourquoi il souhaite se battre «pour la survie du commerce de détail». «Nous avons été stigmatisés ces dernières semaines, même si nous ne sommes pas responsables de la crise. C'est injuste et c'est pourquoi j'essaie de mobiliser le plus grand nombre de personnes possible pour amener le gouvernement à changer de cap», juge-t-il. 

Car selon lui, «les perspectives restent sombres», référence au fait qu'il a «entendu dire qu'ils n'ont pas l'intention de rouvrir avant le 7 mars, le secrétaire général de l'Horesca évoque même le 1er avril». Au coeur de ses revendications, la complexité des dossiers à remplir pour bénéficier des aides étatiques et leur paiement trop tardif. «Les comptables qui présentent les demandes disent que les dossiers sont trop confus. Beaucoup n'arrivent pas à les remplir correctement. Il doit y avoir un moyen de les simplifier», juge-t-il.

  • Diana, Restaurant Bosso, Luxembourg
Photo: Gerry Huberty

Originaire de Slovaquie, la jeune femme travaille depuis trois ans comme serveuse dans le Grund. «La qualité de vie est bien sûr bien meilleure au Luxembourg, mais je ne m'attendais pas à ce qu'une pandémie nous frappe», assure-t-elle. «La nouvelle fermeture forcée frappe durement les restaurateurs. Nous proposons des plats à emporter, mais cela ne compense pas les pertes du restaurant. Nous avons très peu de clients qui viennent chez nous maintenant.» Si Diana perçoit son salaire tous les mois, elle se montre solidaire de son patron qui doit «continuer à payer beaucoup de choses malgré la perte de revenus».

Interrogée sur la future réouverture du secteur et sur les conditions de cette reprise d'activité, la jeune femme estime que «beaucoup de choses dépendent des autres pays», car «tant que nos voisins resteront fermés, ils feront pression sur le Luxembourg pour qu'il en fasse de même, mais nous ne devons pas les laisser faire». Et cette dernière d'ajouter: «regardez autour de nous, les magasins sont plein de monde, mais nous, dans les restaurants, nous veillons à garder la distance, à appliquer des règles d'hygiène très strictes et cela n'est pas pris en compte. Je ne comprends pas.»

  • Sergio Domingues, Restaurant El Gato, Leudelange

Photo: Gerry Huberty

Dirigeant de ce restaurant espagnol depuis 2017, celui qui emploie 22 personnes craint pour l'avenir. «C'est une jeune entreprise encore en phase de développement qui a été touchée de plein fouet par la crise. C'était et c'est encore un désastre», assure-t-il. Un contexte anxiogène qui impacte directement la santé mentale.

 «Beaucoup de restaurateurs ont des angoisses existentielles, car toutes les économies qu'ils ont accumulées ces dernières années doivent maintenant être dépensées dans le cadre de la crise», indique-t-il en référence «aux salaires, aux loyers et aux impôts».

Pour le jeune restaurateur, le système d'aides «est devenu de plus en plus compliqué ces dernières semaines». Raison pour laquelle il plaide pour que «le système devrait être plus simple» et que «les aides soient étendues».

  • Mariette Vieira Dos Santos, Café Ribatejo, Windhof
Photo: Gerry Huberty

«La pandémie est un désastre pour nous», assure celle qui dirige son établissement depuis 22 ans. «Nous devons payer le personnel maintenant et ce n'est qu'après que l'État nous rendra l'argent. Nous devons donc toujours tout faire avancer», indique-t-elle en précisant avoir envoyé récemment un mail à la brasserie qui possède les murs. «Et ils m'ont dit que je devais payer».

Interrogée sur le fait que de nombreux propriétaires n'auraient pas demandé toutes les aides possibles, la gérante ne cache pas son scepticisme. «J'ai demandé toute l'aide possible. Et toute la documentation était également complète», assure-t-elle. «J'espère obtenir une réponse rapidement, sinon je ne pourrai pas payer le personnel. J'ai cinq employés. Ils ont toujours reçu leurs salaires, mais à partir d'aujourd'hui, je ne peux plus les payer.»

Chez elle aussi l'incompréhension demeure quant au maintien de la fermeture du secteur Horeca. «Hier, je suis allé au Cactus. Il y avait trois hommes assis devant la porte avec une bière à la main, sur une poubelle !», raconte-t-elle en estimant que «les cafés sont irremplaçables pour la vie sociale».

  • Anne et Emmanuel, Le Bistrot parisien, Windhof
Photo: Gerry Huberty

Propriétaire de cette brasserie, le couple estime qu'il est «important que nous nous fassions entendre». Si Anne juge que «c'est bien beau les subventions, mais si personne ne nous aide pour les demandes, nous n'y arriverons pas», Emmanuel assure que «les dossiers sont tellement compliqués que nous ne pouvons pas les faire nous-mêmes» et que «les comptables sont débordés et doivent rassembler de nombreux documents, présenter les soldes, etc. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain».

Eux aussi ne comprennent pas la décision de fermeture complète de leur restaurant. «Notre restaurant fait 200 mètres carrés, nous avons de la place pour 50 personnes. La distance entre les différentes tables est donc de deux bons mètres. Nous avons même installé des cloisons entre les tables», détaillent-ils. «De plus, nos clients n'ont pas cessé de revenir après la première fermeture et aucun d'entre eux n'a contracté le virus», avancent-ils. «Dans les supermarchés, les gens se collent les uns aux autres, mais nous, nous gardons deux mètres entre chaque client et devons nous enfermer!», indiquent-ils.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Les cafés et restaurants qui, depuis ce mercredi, accueillent à nouveau des clients au-dehors de leur établissement ne seront pas perdants. Les recettes venant s'ajouter aux aides d'Etat, en attendant des jours meilleurs.
Alors que les membres de la fédération Horesca négocient avec le gouvernement pour mettre en place de nouvelles aides pour un secteur à l'arrêt depuis fin novembre, une nouvelle manifestation est prévue jeudi dans la capitale. Avec la volonté affichée de «trouver une solution appropriée».
Lokales,Demonstration der Horeca.. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Si la nouvelle rencontre entre Lex Delles et les représentants de la fédération Horesca s'est concentrée sur l'analyse des nouvelles possibilités offertes au niveau européen, aucune annonce concrète n'est tombée. Ce qui n'empêche pas certains d'estimer qu'un maintien des fermetures restera de mise.
Lokales, Corona-Virus, Restautrants und Cafés müssen schliessen, Gastronomie, Horesca, Foto: Guy Wolff/ Luxemburger Wort
Alors que Lex Delles doit à nouveau rencontrer, ce vendredi, les représentants de la fédération Horesca pour tenter d'apaiser la colère d'un secteur à l'arrêt depuis fin novembre, le ministère des Classes moyennes publie le détail des demandes. Et du timing pour le versement des fonds.
Wirtschaft, Lights on,  de gudde Wëllen, café-concert, Luxemburg, Gastrogewerbe demonstriert in aller Stille, Gastronomen gehen auf die Strasse, gegen Lockdown Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Face au non-respect des mesures sanitaires en vigueur, la fédération des hôteliers, restaurateurs et cafetiers demande à ses membres de respecter scrupuleusement les règles de distanciation et l'heure de fermeture.
Lokales,Corona Massnahmen in den Gaststätten.Horesca,Cafés,Pandemie,Covid19.Foto:Gerry Huberty/Luxemburger Wort