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Ces Luxembourgeois à l'origine du sanctuaire de Fátima

Ces Luxembourgeois à l'origine du sanctuaire de Fátima

Ces Luxembourgeois à l'origine du sanctuaire de Fátima

Ces Luxembourgeois à l'origine du sanctuaire de Fátima


09.06.2019

Photo: Sibila Lind

Marie-Josée et Antonia Thill avaient 17 et 12 ans à l’époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles faisaient partie du groupe ayant fait la promesse de construire un monument dédié à Notre-Dame de Fátima. Aujourd'hui, elles sont retournées à Wiltz pour revoir l’endroit où tout a commencé il y a 74 ans et se remémorer la plus longue nuit de la bataille des Ardennes.

Une semaine avant le pèlerinage vers le sanctuaire de Notre-Dame de Fátima à Wiltz, tout est prêt. La pelouse est fraîchement tondue et l’autel à ciel ouvert est impeccable. Joseph Crochet, qui travaille pour le compte de la paroisse, taille soigneusement les arbres. Le sanctuaire, qui accueille chaque année quelque 20.000 Portugais, constitue « la grande attraction de Wiltz », nous explique ce retraité luxembourgeois, né en 1943, deux ans avant la promesse à l'origine de ce monument. Aujourd'hui, le pèlerinage, effectué chaque jeudi de l’ Ascension, est tellement associé à la communauté portugaise que beaucoup de gens ignorent que le sanctuaire a été construit par des Luxembourgeois.

Fernanda Pereira habite la rue « après le pont, celle qui monte vers le sanctuaire » et qui, chaque année, se remplit de pèlerins. Elle porte un chapelet autour du cou et tient un seau d’eau à la main, puisqu'elle travaille comme femme de ménage au musée de la bataille des Ardennes, au château de Wiltz. Chaque jour, elle dépoussière les vitrines d’exposition, remplies d'uniformes flanqués de svastikas, de photos qui témoignent de la destruction de Wiltz pendant la Seconde Guerre mondiale ou de panneaux portant les noms des morts et des déportés pendant l'occupation allemande. Chaque jour, Fernanda passe à côté d'une vitrine qui explique les circonstances de la promesse solennelle faite en janvier 1945 à l'origine du sanctuaire de Notre-Dame de Fátima. Elle s'y rend chaque année depuis qu’elle est arrivée au Luxembourg, il y a trois ans. 

Mais quand nous lui demandons si elle connaît l'histoire du sanctuaire, elle nous répond qu'il s’agit d’« une victoire des Portugais ». « D’après ce que j’ai entendu, Fátima a été placée là, parce que les Portugais ont choisi cet endroit. C’était une grande victoire ». Fernanda a 34 ans, elle ne parle ni le luxembourgeois ni l’allemand et elle n’a pas le temps de visiter le musée où elle fait le ménage depuis plus d’un an. « Je n’ai pas une seconde à perdre, car le travail n’attend pas », nous explique-t-elle. « Je ne sais pas ce qui y est écrit, je ne sais pas qui étaient ces personnes ou ce qu’elles représentaient à l’époque ». Fernanda n’est pas la seule.

Marie-Josée Thill observe la reconstitution de scènes de la bataille des Ardennes au musée de Wiltz
Photo: Sibila Lind

Retour au passé

À cet instant, deux dames, se déplaçant lentement à l'aide de cannes, sortent du musée : Marie-Josée et Antonia Thill, les deux dernières survivantes du groupe ayant fait la promesse d'ériger un sanctuaire si Wiltz survivait à la Seconde Guerre mondiale. Pour elles, cette visite au musée, c’est de l'histoire vivante : elles cherchent le nom de leur voisin qui avait été déporté, pensent à ce professeur exécuté par les nazis, laissant derrière lui sa femme et leurs quatre enfants ». « Sa femme n’a pas supporté ce qui leur est arrivé, elle est morte de chagrin et de douleur six semaines plus tard », raconte Marie-Josée Thill.

L'engagement d’ériger un monument dédié à Notre-Dame de Fátima fut fait le 13 janvier 1945 dans cette localité au nord du Luxembourg, pendant la bataille des Ardennes. Baptisée « ville-martyre », la cité déplora des centaines de victimes pendant l'occupation allemande. Elle se situe à 20 km de Bastogne, en Belgique, qui fut l’épicentre de la bataille sanglante qui opposa l’occupant allemand aux alliés. En janvier 1945, l’évacuation de Wiltz était imminente.   

Marie-Josée Thill à 15 ans, en 1943 (g.) Peu après la fin de la guerre, âgée d’une vingtaine d’années, quand elle entra au couvent (d.)
Marie-Josée Thill à 15 ans, en 1943 (g.) Peu après la fin de la guerre, âgée d’une vingtaine d’années, quand elle entra au couvent (d.)

La religieuse carmélite Marie-Josée Thill, qui avait 17 ans à l’époque, faisait partie de la dizaine de Luxembourgeois qui s’était réfugiée dans la cave du presbytère. Sa maison, où elle vivait avec ses parents et ses deux sœurs, fut la première à être détruite dans des explosions en décembre 1944. « Le curé est alors passé chez nous et nous a dit de venir chez lui, dans la cave. Alors ma famille, mes parents et nous trois [ses deux sœurs et elle, ndlr], sommes allés chez lui. Il y avait déjà une famille avec deux enfants, une dame âgée, célibataire, et la sœur du curé », raconte-t-elle.

Les trois sœurs étaient Léonie, l’aînée, décédée il y a trois ans, Marie-Josée et Antonia, la benjamine. L’album de famille les présente souriantes, comme sur une photo prise en juillet 1939, l’année du centenaire de l'indépendance du Grand-Duché. « Tout le pays était en fête », se rappelle Marie-Josée, aujourd'hui âgée de 92 ans, en feuilletant l’album. « C’est pour cette raison que la résistance a été aussi forte pendant la guerre, parce que l’on se sentait entièrement luxembourgeois ». L'ambiance avait radicalement changé depuis l'invasion allemande.

Officiers allemands à la gare de Luxembourg-Ville, en 1940
Officiers allemands à la gare de Luxembourg-Ville, en 1940
Photo: Archives du Luxemburger Wort

L'occupation

Le cauchemar commença le 10 mai 1940 quand les Allemands envahirent le Luxembourg. « J'avais 12 ans quand la guerre a commencé et l'arrivée des Allemands. Je m’en souviens parfaitement. Ce matin-là, maman est venue nous réveiller et elle nous a dit : "Les Allemands sont là" ».

Wiltz fut l'une des villes qui souffrit le plus pendant l'occupation. Marie-Josée se souvient des voisins déportés dans des « wagons avec des fenêtres fermées », de quatre instituteurs exécutés par les nazis, de l'interdiction de parler français, vu comme la « langue de l’ennemi », de la destruction de l’école. « C’était affreux », nous dit-elle. « Les Allemands ont affiché des panneaux qui disaient « Feind hört mit ! » [les traîtres écoutent parmi nous, ndlr]. On avait constamment peur, on se méfiait de tout le monde. On ne savait pas ce que pensaient les autres ; il y a eu des parents qui ont dénoncé leurs enfants et des enfants qui ont dénoncé leurs parents ».

C’est à Wiltz que la résistance contre l’occupant commença à s'organiser. Forcés à combattre aux côtés des troupes allemandes par le décret du 31 août 1942, les habitants de Wiltz entamèrent une grève générale qui allait ensuite s’étendre à l’ensemble du pays. En représailles, 21 habitants furent exécutés. Sur les 4.000 résidents de Wiltz, 200 furent enrôlés de force, 91 déportés et 15 périrent dans des camps de concentration, selon le décompte de Joss Scheer, l'historien local.

Partout subsistent des indices de la guerre : les statues du général Patton, un char américain, les tombes avec les noms des victimes. Au cimetière, à côté de la tombe de Prosper Colling, le curé-doyen qui eut l'idée de faire la promesse, une stèle honore un habitant de Wiltz mort à Dachau en 1942, à l’âge de 40 ans. À partir du cimetière, l'on aperçoit le sanctuaire de Notre-Dame de Fátima, érigé sur la colline « op Baessent », entouré des drapeaux portugais et luxembourgeois flottant au vent. Marie-Josée Thill propose à notre petit groupe de s’arrêter un instant au cimetière pour rendre hommage au prêtre.

Antonia et Marie-Josée Thill dans le cimetière où sont enterrés leurs parents et le prêtre Prosper Colling
Antonia et Marie-Josée Thill dans le cimetière où sont enterrés leurs parents et le prêtre Prosper Colling
Photo: Sibila Lind

Wiltz fut libérée en septembre 1944 par les Américains et Marie-Josée se rappelle de l’immense joie qu’elle avait ressentie quand ils sont arrivés. Un soldat américain s’était même déguisé en « Kleeschen » [Saint-Nicolas, ndlr] le 6 décembre et avait distribué des cadeaux aux enfants, y compris à Antonia, qui avait 12 ans à l’époque. Mais la trêve fut de courte durée. Dans une tentative désespérée, Hitler décida de lancer une dernière contre-attaque en concentrant ses troupes entre la Belgique et le Luxembourg. L’offensive, lancée le 16 décembre, prit de court les alliés qui pensaient que la guerre était pratiquement finie. La bataille des Ardennes, l'une des plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale, dura sept semaines. À Wiltz, 80 % des maisons furent détruites. 

La destruction de Wiltz pendant la Seconde Guerre mondiale
Photo: Archives du Luxemburger Wort

Réfugiés dans une cave

Le groupe de Luxembourgeois, dont faisaient partie les sœurs Thill, se cacha dans les entrailles du presbytère entre décembre 1944 et fin janvier 1945. Marie-Josée, 17 ans à l’époque, se souvient parfaitement de cette période de terreur. « Pendant la journée, nous étions enfermés, nous ne sortions que pour aller à la messe. Mais c’était très dangereux. Un jour, ma mère, mes sœurs et moi sommes sorties de l’église et nous avons entendu une « Spitzer » [balle, ndlr] juste devant nous », nous raconte-t-elle en imitant le sifflement de la balle. Marie-Josée dormait dans une couchette, à une coudée du plafond de la cave. « Quand il y avait des « Einschläge » [explosions, ndlr], de la poussière et des pierres tombaient du plafond ».

Une nuit « on a frappé très fort à la porte » du presbytère. « Le curé a monté les escaliers une bougie à la main et je l’ai suivi. Je ne voulais pas le laisser y aller tout seul. Il a ouvert la porte : deux ou trois soldats ivres, « oh Mamm ! ». Ils l’ont frappé au menton avec leur fusil. Un soldat a alors dit « Hände hoch ! », mains en l’air, comme on dit en allemand, et nous sommes descendus dans la cave ». Marie-Josée tenait la bougie qui éclairait le groupe. « Les soldats ont regardé autour d’eux et ont vu qu’il y avait du vin, parce que les curés ont toujours une réserve. Mon père et un autre homme ont été forcés de leur amener le vin. Et les soldats leur ont donné un coup de crosse avec leur fusil ».

À gauche, la maison de la famille Thill, détruite en décembre 1944
À gauche, la maison de la famille Thill, détruite en décembre 1944

Le désespoir devenait de plus en plus palpable. « Nous n’avions plus d’avenir. Je comprends les réfugiés qui ont le regard vide. Nous ne vivions plus qu’au jour le jour. Notre curé affichait une mine grave, il ne fallait même pas penser à se plaindre. C’était un malheur collectif qui s’abattait sur nous. Il fallait faire confiance à Dieu et nous soutenir les uns les autres. Nous ne voyions simplement plus comment nous pourrions nous en sortir. Nous nous demandions si nous allions connaître à nouveau la paix un jour ou si notre fin était proche ».

L’agression du curé et du père de Marie-Josée s’était produite quelques jours avant cette rude soirée d'hiver, avec des « montagnes de neige » dehors, où le groupe fit sa promesse. Le 13 janvier 1945, à la tombée de la nuit, « les Allemands sont venus parler au curé et lui ont dit que nous devions quitter Wiltz parce que les Américains allaient arriver d'un moment à l’autre et que la ville allait être évacuée ». « C'était l'hiver, il faisait un froid terrible. Sortir par ce temps, cela aurait été la mort assurée ! », se rappelle la religieuse. « Alors le curé a demandé :"Est-ce qu'on peut rester [dans la cave] jusqu'au lendemain ?" »

Nous n’avions plus d’avenir. Je comprends les réfugiés qui ont le regard vide.

Les Allemands ont accepté. Quelques heures avant l’évacuation annoncée, les Luxembourgeois se sont enfermés dans la cave et ont prié, dans un état de torpeur, dont Marie-Josée se souvient parfaitement. « La sœur du curé a cuit un grand pot de pommes de terre, et j’étais tellement accablée que je ne les ai même pas pelées, je les ai mangées avec la peau. A quoi bon, de toute façon. On n’arrivait plus à prendre la moindre décision, on avait perdu courage, on était complètement à bout », dit-elle. « C’est à ce moment-là que le curé a décidé de faire la promesse. C'était notre dernier recours, implorer le ciel, car nous étions à bout de forces. »

Aquarelle réalisée par l'aînée des trois sœurs, Léonie Thill (1922-2016), immortalisant l'instant de la promesse
Aquarelle réalisée par l'aînée des trois sœurs, Léonie Thill (1922-2016), immortalisant l'instant de la promesse

Pourquoi Notre-Dame de Fátima?

Le texte fut écrit « sur un grand tonneau de choucroute » et signé par les Luxembourgeois présents dans la cave - y compris par Marie-Josée Thill, qui ferait ses vœux et entrerait au couvent l’année suivante et adopterait un nouveau prénom, différent de celui avec lequel elle avait signé le document. Le texte, conservé aux archives de l’archidiocèse de Luxembourg, contient la promesse de « construire sur la colline "op Baessent" un "chemin de croix" dédié au Sacré-Cœur de Jésus et de Notre-Dame de Fátima », en signe de confiance de l’aide qui serait apportée aux habitants de Wiltz et en mémoire des énormes sacrifices consentis par de nombreuses familles pendant la guerre ».

« Tout le monde connaissait Notre-Dame de Lourdes, mais pour nous Fátima était très loin, comme la lune ! Or le curé vénérait déjà Notre-Dame de Fátima à l’époque et a donc pris la décision d’ériger un monument en son honneur », explique Marie-Josée. En 1942, le pape Pie XII avait consacré la vénération de Notre-Dame de Fátima dans le monde entier, à l'occasion du 25e anniversaire des « apparitions et révélations » de Notre-Dame de Fátima aux trois petits bergers, qui commençait à gagner une certaine popularité en Europe et était devenue un symbole de la paix. 

Tout le monde connaissait Notre-Dame de Lourdes, mais pour nous Fátima était très loin, comme la lune !

Le jour finit par se lever à Wiltz, mais la localité ne fut pas évacuée comme annoncé. Une semaine plus tard, le 21 janvier 1945, les Allemands battirent en retraite. « C'était la Providence. Le curé a aussitôt pensé à Notre-Dame de Fátima. Et maintenant c’est un véritable sanctuaire pour les Portugais. Même si beaucoup de Portugais ignorent la vraie raison de sa construction », regrette Marie-Josée.

En 1947, à l'occasion d'un tour d’Europe pour marquer la fin de la guerre, la statue pèlerine de Fátima fut portée en triomphe dans le lieu-dit où allait être érigé le monument quelques années plus tard. La promesse fut honorée et le sanctuaire dédié à Notre-Dame de Fátima inauguré en 1952 sur la colline « Op Baessent » à Wiltz. La sculpture de Fátima, en haut-relief, a été réalisée par Aurelio Sabbatini, un artiste d’Esch-sur-Alzette, d'origine italienne, qui a également signé les ornements du pont Adolphe et le monument en hommage au général Patton à Ettelbruck. Après l’arrivée des premiers Portugais au Luxembourg, un pèlerinage vers le sanctuaire de Notre-Dame de Fátima à Wiltz eut lieu en 1968, le jeudi de l’Ascension.

Les deux sœurs au sanctuaire de Fátima à Wiltz
Photo: Sibila Lind

Retour vers le futur

Du haut de la colline, la religieuse carmélite contemple, ravie, la ville qui se déploie à perte de vue, la pelouse fraîchement tondue, le soin apporté au sanctuaire à ciel ouvert. « Maintenant, il est impeccable et c’est grâce aux Portugais qui veillent à ce que tout soit si bien soigné et orné de fleurs. J’y vois le signe de la Providence. Et comme j’apprécie beaucoup les Portugais, cela me fait doublement plaisir », dit-elle en riant. « On est tellement content avec les Portugais », renchérit Antonia. La benjamine des trois sœurs possède un magasin à Mersch et raconte que l’une de ses employées a effectué le pèlerinage à pied en partant de Bissen.

Marie-Josée Thill au couvent, à Luxembourg-Ville
Marie-Josée Thill au couvent, à Luxembourg-Ville
Photo: Sibila Lind

Le destin des trois sœurs prit des chemins différents après la guerre. Marie-Josée fit ses vœux et entra au couvent en 1946, sous le nom d'Anne-Thérèse, une vocation qu’elle ressentait déjà depuis l’âge de 15 ans. « J’ai beaucoup pleuré ! », se rappelle Antonia. Marie-Josée adopta le prénom Anne-Thérèse et s’absenta de Wiltz pendant six ans. Elle y retourna au moment de l'inauguration du sanctuaire en 1952. « C'était une grande émotion, une grande satisfaction. On a fait ce qu'on avait promis », dit-elle. Antonia, qui n’avait pas signé la promesse parce qu’elle n’était qu'une enfant à l’époque, épousa un couturier. Ils ouvrirent ensemble un magasin de vêtements à Mersch qui est aujourd’hui géré par leurs enfants. La sœur aînée, Léonie, décédée en 2016, resta célibataire et vécut à Wiltz où elle enseigna la catéchèse.

Après le décès du curé Prosper Colling, en septembre 1968, quatre mois après le premier pèlerinage des Portugais au sanctuaire, Léonie devint la gardienne du vœu fait pendant la guerre : elle avait peint de nombreuses aquarelles reproduisant la vie dans la cave et la nuit de la promesse. D’ailleurs, les Luxembourgeois connaissent surtout l’aînée des trois sœurs, décédée à l’âge de 94 ans. 

Photo: Sibila Lind

Depuis cette nuit de janvier 1945, 74 ans se sont écoulés. Selon le curé de la paroisse, Marie-Josée et Antonia sont aujourd'hui les seules survivantes de cette nuit où tout a commencé. « On ne m’a jamais autant photographiée comme aujourd'hui », plaisante la religieuse, en prenant la pose devant le sanctuaire, le drapeau portugais flottant à l’arrière-plan.

Les noms des déportés et des morts de Wiltz peuvent se lire sur le monument. Ce sanctuaire, « c'est le remerciement pour la paix que nous avons reçue », explique la carmélite. S’étant liée d’amitié avec une couturière portugaise qui confectionnait des habits pour le couvent, Marie-Josée s'est rendue au Portugal à plusieurs reprises en vacances et a visité trois fois le sanctuaire de Cova da Iria, jumelé avec celui de Wiltz. « Je suis ravie que nous ayons de si bons liens avec le Portugal, nous sommes devenus une grande famille ».

La maison où avaient vécu les trois sœurs avant de se réfugier dans le presbytère a été reconstruite après la guerre. En cours de rénovation, l'ancienne maison des soeurs Thill accueille désormais une famille portugaise. « Ils vont peut-être ouvrir un restaurant portugais ? », sourit Marie-Josée. À presque 75 années d'écart, les souvenirs refluent. Les sœurs regardent autour d’elles, émerveillées devant tant de verdure mais aussi l’eau qui coule sous le pont où elles jouaient quand elles étaient petites. Ce pont où elles avaient pris des photos avec leur mère, en habits de fête, bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale et aujourd'hui reconstruit.

« Antonia, viens te promener sur le pont », lui demande Marie-Josée. Les deux dames avancent, non sans difficultés, appuyées sur leurs cannes, les visages radieux. « Kuck [regarde,ndlr], Antonia, comme tout a changé ! ». « Schéin! » [Comme c’est beau !, ndlr]

Paula Telo Alves et Sibila Lind

Traduit à partir du portugais par Jessica Domingues Mouro