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Ces insectes dangereux surveillés de très près
Luxembourg 4 min. 17.09.2019 Cet article est archivé

Ces insectes dangereux surveillés de très près

Ces insectes dangereux surveillés de très près

Photo: Shutterstock
Luxembourg 4 min. 17.09.2019 Cet article est archivé

Ces insectes dangereux surveillés de très près

Maurice FICK
Maurice FICK
Moustique tigre, moustique japonais, tique géante, de nouvelles espèces d'insecte apparaissent et peuvent potentiellement transmettre virus et bactéries. Le Luxembourg s'arme pour assurer une veille sanitaire efficace et se prémunir d'une épidémie.

Cet été, la découverte d'une tique géante sous les latitudes de Dudelange, a fait le «buzz». S'ils ne sont pas dangereux pour l'heure, les «nouveaux» insectes qui remontent vers le Nord de l'Europe et arrivent aux portes du Luxembourg pourraient, un jour ou l'autre, transmettre certains virus et des maladies comme la dengue ou le chikungunya. Pour éviter un scénario sanitaire catastrophe, la Direction de la Santé compte, en amont, sur les spécialistes du Musée national d'histoire naturelle qui pistent ces insectes.


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En soi, ce n'est pas tant la présence au Luxembourg de la grosse tique qui fait «tiquer» les autorités sanitaires au ministère de la Santé. Il est même «probable que cette tique s'installe de façon permanente chez nous, comme elle l'a fait dans d'autres pays européens», pose le Dr Jean-Claude Schmit. C'est déjà le cas en France méditerranéenne, en Espagne ou en Italie.     

L'ennui c'est plutôt que la petite bête «peut potentiellement transmettre certains virus et des bactéries», glisse le directeur de la Santé et spécialiste des maladies infectieuses. La tique géante est «porteuse potentielle» de certaines maladies, comme la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, prévient l'Institut national de la recherche agronomique français (l'INRA).

Un atlas inédit verra le jour en 2021

Le Luxembourg peut pousser cette fois un «ouf !» de soulagement car selon les informations de la Direction de la Santé, «il s'agit d'une première découverte au Luxembourg qui est restée unique à ce jour». Deux autres spécimens sont bien parvenus dans le laboratoire du Musée national d'histoire naturelle (MNHN) au cours de l'été mais des analyses génétiques les ont disculpés.

C'est en pistant le moustique tigre qui se développe partout en Europe que le Dr Christian Ries est tombé sur le moustique japonais en août 2018 à Stolzembourg.
C'est en pistant le moustique tigre qui se développe partout en Europe que le Dr Christian Ries est tombé sur le moustique japonais en août 2018 à Stolzembourg.
Photo: Shutterstock

Que ce soit le moustique tigre ou le moustique japonais, ce sont en premier lieu les moustiques qui sont aujourd'hui dans le collimateur de la Direction de la Santé. Pour qu'un moustique soit transmetteur de virus à l'origine de maladies aussi graves que la dengue, le chikungunya ou le zika, «deux conditions doivent impérativement être réunies. A savoir, il faut un vecteur (le moustique) et il faut la présence d'un microbe ou d'un virus à l'intérieur de ce vecteur. Donc, la présence du moustique seul ne suffit pas pour qu'il soit dangereux pour la santé humaine», précise bien le Dr Jean-Claude Schmit.


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Pas de panique pour l'heure. Tous les feux sont au vert dans les instances sanitaires. L'inspection sanitaire de la Direction de la Santé «avec le concours du corps médical et des laboratoires d'analyses médicales, suit attentivement l'incidence de certaines maladies infectieuses dans notre pays. Dès qu'une maladie infectieuse qui habituellement n'existe pas dans notre pays sera détectée, nous serions informés», assure Jean-Claude Schmit.

Détecter très tôt de nouvelles espèces

Pour repérer à l'avenir les moustiques potentiellement dangereux pour l'homme, le MNHN est en train de mettre sur pied le premier atlas des moustiques. L'objectif de cet outil inédit au Luxembourg est «d'être à même, en très peu de temps, de fournir des informations très actuelles sur la répartition de toutes les espèces de moustique au Luxembourg et par là, des vecteurs potentiels de maladies», explique le Dr Christian Ries, conservateur à la section d'écologie du musée et en charge de ce travail de titan qui doit aboutir en 2021.   


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Christian Ries a un insecte, en particulier, «dans le nez». C'est le moustique tigre asiatique. L'aedes albopictus, de son vrai nom, est vecteur potentiel de plusieurs maladies dont le chikungunya. «Il est tout près de nous. Il a déjà été repéré à Limbourg, à Strasbourg et à Heidelberg et même à Arlon» note le spécialiste. Vu son expansion générale à travers l'Europe, pas de doute, «il s'installera chez nous prochainement», sait bien Jean-Claude Schmit.

Et comme le moustique tigre se propage en se déplaçant dans les voitures, camions, bus et trains «nous surveillerons dans les années à venir tout particulièrement les abords des grands axes routiers comme les aires d’autoroute et les terminaux de bus internationaux. C’est à ces endroits qu’on a le plus de chances de détecter des nouvelles espèces précocement», explique le directeur de la Santé.

Le Natur Musée, son associé précieux, est en réalité «le» centre de documentation sur la biodiversité au Luxembourg. «Notre mission est de savoir si l'insecte ou tout animal, susceptible d'avoir un impact sur la santé, se trouve au Luxembourg et d'en faire l'inventaire», résume Patrick Michaely, en charges des relations publiques.

Pour tenir à jour ses banques de données et cartes des différentes espèces qui serviront aussi bien au ministère de la Santé que de l'Environnement et d'autres administrations, le Natur Musée fait appel à ses experts. Tous services scientifiques confondus les laboratoires du musée emploient une vingtaine de personnes.



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