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Ces frontaliers à contre-courant
Luxembourg 3 min. 12.08.2019

Ces frontaliers à contre-courant

A contre-sens du courant massif des frontaliers, les résidents quittant le Grand-Duché pour se rendre au travail en France, Belgique ou Allemagne dépassent les 1.500 personnes.

Ces frontaliers à contre-courant

A contre-sens du courant massif des frontaliers, les résidents quittant le Grand-Duché pour se rendre au travail en France, Belgique ou Allemagne dépassent les 1.500 personnes.
Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 3 min. 12.08.2019

Ces frontaliers à contre-courant

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Ils sont chaque jour 1.501 résidents du Luxembourg à se rendre en France, Belgique ou Allemagne pour y travailler, selon les derniers chiffres du Statec. Depuis 2005, leur nombre a augmenté de 23%.

Quand le mot «frontaliers» est lâché, immédiatement se dessine le profil de l'un ou l'autre des 192.070 Belges, Français et Allemands travaillant au Grand-Duché. Une population qui, au regard des statisticiens du Statec, est regroupée sous l'appellation de «frontaliers entrants». Car il existe bien aussi des «frontaliers sortants». Et pas en petit nombre puisque globalement ils représenteraient 12.783 personnes.


11,5 milliards d'euros pour les frontaliers en 2018
Le Statec a dévoilé, ce vendredi, le montant des cotisations sociales déboursées par le Luxembourg pour les 192.000 frontaliers travaillant au Grand-Duché.

Le chiffre de ces résidents qui iraient gagner leur vie juste de l'autre côté des frontières peut sembler incroyable. En effet, avec un marché de l'emploi national loin d'être encore saturé, il est difficilement envisageable qu'autant de personnes s'exilent pour travailler au sein de la Grande Région. «Il faut effectivement dégonfler ce chiffre de 12.783 individus», tempère d'ailleurs Robert Michaux, économiste au Statec.

En effet, le terme «frontaliers sortants» intègre aussi l'ensemble des résidents travaillant pour une institution européenne ou auprès d'organisations internationales établies au Grand-Duché.Que ce soit, X, Y ou Z. Au total, ces frontaliers de l'intérieur représentent 88% de ces «frontaliers sortants». 

La France comme première destination

Commission européenne, BEI, Cour de justice européenne, écoles européennes et autres EuroControl ou services de l'OTAN, notamment, occupent 11.282 employés.

Qui sont alors les 1.501 personnes à effectivement se déplacer en France, Belgique ou Allemagne pour y être salariées? «Nous n'avons pas d'information sur l'emploi qu'elles occupent», indique Robert Michaux. Par contre, les statisticiens disposent de données sur leur répartition géographique.

La majeure partie exercent ainsi en France (561 Luxembourgeois). Suit la Belgique (avec 550 salariés) puis l'Allemagne (390). «Il est intéressant de noter que cette population de frontaliers sortants croît. Sur 13 ans, elle a tout de même progressé de 23%», indique Robert Michaux.

Hausse sur un an

En se référant aux chiffres publiés par l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (Inami) -équivalent belge de la CNS-, il est possible d'en savoir un peu plus sur la répartition géographique des résidents travaillant dans le Royaume voisin. La plupart disposent d'un poste en province de Luxembourg (270 cas). Ensuite, les effectifs les plus notables sont enregistrés à Bruxelles (78 personnes), Liège (74) puis dans le Hainaut.

Ces données portent sur les six premiers mois de 2018. Ce qui doit expliquer que si le Statec recense 550 salariés venus du Grand-Duché pour être employés en Belgique, l'Inami n'en a compté, lui, que 581.

Une certitude par contre: en un an seulement, l'ensemble de l'effectif de ces frontaliers sortants est passé de 1.451 à 1.501 personnes.   

Pour l'économiste, ce phénomène s'explique par «un effet d'aubaine». Il existerait bien des opportunités d'emploi plus favorables à l'étranger proche pour un résident luxembourgeois que sur le sol national. Et Robert Michaud de citer pour exemple de l'industrie luxembourgeoise qui «ne couvre pas tous les champs d'activité. Donc pour des ingénieurs, des techniciens spécialisés, il peut être bon de faire carrière chez nos voisins».

La règle européenne

Au niveau de la couverture maladie, ces frontaliers sortants disposent des mêmes droits que leurs homologues «entrants». Application de la législation européenne oblige, la caisse de remboursement de leurs soins de santé-maternité est celle du pays où ils et elles exercent leur activité professionnelle. 

Les 1.501 Luxembourgeois doivent ainsi remplir le formulaire S1 pour, ensuite, bénéficier des remboursements des frais médicaux engagés sur le sol où ils travaillent. «Que ce soit les dépenses de pharmacie, de consultations médicales ou de traitements hospitaliers», indique la Caisse nationale luxembourgeoise.


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