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Centre de soins pour la faune sauvage: dernière visite avant rénovation
Le centre a recueilli et soigné 2.500 animaux en 2017. Après rénovation, sa capacité grimpera jusqu'à 4.000.

Centre de soins pour la faune sauvage: dernière visite avant rénovation

Photo: Jean Vayssières
Le centre a recueilli et soigné 2.500 animaux en 2017. Après rénovation, sa capacité grimpera jusqu'à 4.000.
Luxembourg 5 min. 06.09.2018

Centre de soins pour la faune sauvage: dernière visite avant rénovation

Le centre de soins pour la faune sauvage de Dudelange sera rénové à partir d'octobre 2018, pour recevoir et soigner les animaux dans des conditions optimales. L'occasion de faire un tour dans les enclos, en compagnie du directeur du centre, avant que les travaux ne commencent.

Par Jean Vayssières

À l'abri des arbres de la forêt, à l'extrémité des quartiers est de Dudelange, le centre de soins pour la faune sauvage accueille chaque jour des animaux blessés, les remet sur pied puis, dans la majorité des cas, les relâche dans la nature. Raf Stassen, directeur du centre, entame la visite en s’avançant vers un enclos grillagé, dont la visibilité a été masquée jusqu'à environ deux mètres de haut. 

Rénover et agrandir pour mieux accueillir les animaux sauvages

«Lui, c'est un chat sauvage, il a été recueilli il y a un mois et demi», explique-t-il, alors qu'un félin minuscule pointe sa tête au-dessus du masque, après avoir escaladé le grillage. Inquiet, il crache sur les visiteurs et griffe tout ce qui lui passe sous les pattes. «On lui fera bientôt un test ADN pour savoir si c'est un hybride, croisé entre espèce sauvage et domestique. Si c'est le cas, il faudra le stériliser avant de le relâcher dans la nature, pour éviter la reproduction entre hybrides et sauvages: le but, c'est de préserver les espèces sauvages en limitant les croisements».   

Le félin, actuellement soigné à Dudelange, n'est pas très amical: rien de plus naturel, c'est un chat sauvage. Il sera bientôt relâché dans la nature.
Le félin, actuellement soigné à Dudelange, n'est pas très amical: rien de plus naturel, c'est un chat sauvage. Il sera bientôt relâché dans la nature.
Photo: Jean Vayssières

Sur la période printemps/été, environ 50 animaux sont accueillis chaque mois. Cette année, alors que septembre est à peine entamé, plus de 200 espèces ont déjà été accueillies. «Il est très complexe de recueillir autant d'espèces différentes», précise Raf Stassen. «Chacune d'entre elles a des besoins spécifiques et il faut beaucoup d'espace pour toutes les soigner dans les meilleures conditions».     

Limiter le contact avec les humains

La cage du chat sauvage peut également accueillir des fouines, des chevreuils ou encore des sangliers. «On manque d'enclos et de volières», poursuit Raf Stassen. Les travaux de rénovation et d'agrandissement du centre commenceront en octobre 2018, pour s'achever en 2021. Objectif des travaux: «recevoir, soigner et relâcher les animaux sauvages dans des conditions optimales». 

Il s'agit notamment de construire des enclos plus isolés, afin de limiter le contact de certaines espèces avec les humains. «Il est important de limiter ce contact», rappelle le directeur, «car quelques jours à proximité des hommes suffisent à certains animaux pour se lier avec eux, ce qui peut les rendre impossibles à relâcher en pleine nature: ils peuvent perdre leur instinct de chasse ou présenter un risque pour la santé publique. Imaginez un chevreuil qui essaie de défendre son territoire, ou un sanglier qui cherche de la nourriture en pleine ville». 

Sur les neuf salariés de l'équipe du centre, trois sont des soigneurs, et deux des vétérinaires. De nombreux bénévoles arpentent également les enclos.
Sur les neuf salariés de l'équipe du centre, trois sont des soigneurs, et deux des vétérinaires. De nombreux bénévoles arpentent également les enclos.
Photo: Jean Vayssières

Derrière un portail, sur un lopin de terre, deux cygnes barbotent dans une mare artificielle. «La mère était blessée et il n'était pas possible de laisser son petit seul, alors nous l'avons ramené avec elle», raconte Raf Stassen. «Ils seront relâchés sur la Moselle la semaine prochaine. Chaque année, on reçoit une quarantaine de cygnes, qui ont souvent des problèmes de pattes ou d'ailes suite à une collision avec une voiture, ou à cause de bords de rivière en béton». 

En face des cygnes croassent quelques corbeaux dans une volière, une poignée parmi les 90 recueillis chaque année par le centre. Certaines espèces d'oiseaux, particulièrement celles qui migrent lorsque vient l'automne, nécessitent de travailler le plus vite possible: il faut que les spécimens soient soignés puis relâchés à proximité d'une colonie, avant le jour du départ.

Chaque jour, neuf personnes salariées travaillent à faire fonctionner le centre de Dudelange. Trois soigneurs et deux vétérinaires, notamment, s'occupent des résidents, à toute heure du jour de la nuit. Ils ont rarement le temps de se reposer: lorsque les enclos accueillent plusieurs centaines d'oiseaux, il faut constamment passer d'une cage à l'autre pour tous les nourrir, parfois toutes les heures. 

Certains animaux demandent du calme et un contact limité avec la population humaine. La rénovation du centre permettra de leur offrir des enclos isolés.
Certains animaux demandent du calme et un contact limité avec la population humaine. La rénovation du centre permettra de leur offrir des enclos isolés.
Photo: Jean Vayssières

Les vétérinaires peuvent également effectuer jusqu'à 50 interventions par jour, de l'opération chirurgicale très pointue à l'administration de médicament. Heureusement, de nombreux bénévoles prêtent main-forte à l'équipe. Les animaux, quant à eux, sont toujours nombreux: après rénovation, 4.000 pourront être accueillis simultanément. 

«Nous ne sommes pas un zoo»

Une bande de ratons laveurs galope dans le dernier enclos de la visite. Peu farouches et poussés par la curiosité, ils escaladent les grillages et viennent se tenir au niveau des humains. 

Ils ne sont pas isolés, au contraire. Le raton laveur est une espèce invasive -autrement dit, elle n'est pas originaire de la région et sa prolifération dans la biodiversité locale pourrait en perturber l'équilibre- et ne peut donc être relâché dans la nature. 

Face à ce genre de cas, le centre de Dudelange achemine les animaux, une fois remis sur pied, à des centres animaliers avoisinants, notamment en France. «La plupart du temps, les animaux ne restent ici que quelques semaines, le temps d'être soignés. Même si certaines blessures graves peuvent nécessiter plusieurs mois de soins», reprend Raf Stassen.

Les ratons laveurs ne sont pas très peureux.. Leur accoutumance aux humains leur permettra d'intégrer un centre animalier, probablement en France.
Les ratons laveurs ne sont pas très peureux.. Leur accoutumance aux humains leur permettra d'intégrer un centre animalier, probablement en France.
Photo: Jean Vayssières

«Mais nous ne sommes pas un zoo: nous ne gardons pas les animaux, et nous n'en avons d'ailleurs pas le droit». Les ratons laveurs partiront bientôt. Pour être acceptés, il leur faudra ne pas être trop sauvages, d'où la proximité possible avec les humains. 

«Les travaux d'agrandissement seront difficiles, car il faudra continuer à garantir l'accueil des animaux pendant le chantier», reprend Raf Stassen. Le flux de résidents blessés ne s'interrompt pas: chaque jour, en plus des appels et des personnes qui se rendent directement au centre, une camionnette fait le tour des «drop-offs» situés à Clervaux, Junglinster et Niederfeulen: trois cages sécurisées, dans lesquelles chacun peut déposer un animal sauvage blessé afin qu'il soit rapatrié au centre.

«Concernant la biodiversité alentour, le chantier nécessite de raser quelques arbres», conclut le directeur du centre. «Mais ensuite, nous plantons entre 4.000 et 5.000 arbres et arbustes. Le bilan final sera positif pour la nature et sera un atout, autant pour les animaux que pour les gens». 

De gauche à droite: Raf Strassen, directeur du centre et guide de cette visite ; Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement ; Roby Biwer, président de la fondation natur&ëmwelt, et enfin Dan Biancalana, bourgmestre de Dudelange.
De gauche à droite: Raf Strassen, directeur du centre et guide de cette visite ; Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement ; Roby Biwer, président de la fondation natur&ëmwelt, et enfin Dan Biancalana, bourgmestre de Dudelange.
Photo: Jean Vayssières

Lors de son discours, en présence de la ministre de l'Environnement et du président de la fondation natur&ëmwelt, à qui le site appartient, Raf Stassen énumère quelques chiffres. En 2017, le centre a accueilli environ 2.500 animaux sauvages blessés, issus de 108 espèces. En moyenne, au cours d'une année, on retrouve à Dudelange 50 chevreuils, 150 hérissons, 60 chauve-souris, une centaine de renards... avec, toujours, une majorité de volatiles: 80% des résidents sont des oiseaux, pour 20% de mammifères.

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