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«Ce virus nous oblige à être flexibles»
Luxembourg 5 min. 24.08.2020

«Ce virus nous oblige à être flexibles»

Le Dr Pit Braquet, trouve la crise du covid-19 «très révélatrice de notre société».

«Ce virus nous oblige à être flexibles»

Le Dr Pit Braquet, trouve la crise du covid-19 «très révélatrice de notre société».
Photo : CHL
Luxembourg 5 min. 24.08.2020

«Ce virus nous oblige à être flexibles»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Fin février, le CHL accueillait le premier patient covid+ du Luxembourg. Retour sur six mois de lutte contre les impacts de l'épidémie avec le Dr Pit Braquet, spécialiste en maladies infectieuses.

«Au 1er juin, nous n'avions plus aucun patient covid-19 hospitalisé ou attendu dans le service. On a entrepris un grand nettoyage, trois jours de déconfinement total. On a démonté les structures barrières provisoires, libéré les couloirs du matériel de prise en charge, aéré...» Le répit n'aura hélas pas duré pour le Dr Pit Braquet et les équipes du service maladies infectieuses du Centre hospitalier de Luxembourg. La seconde vague est arrivée. 

Comment le service a vécu ce semestre si particulier?

Pit Braquet : «Le 29 février, nous avons accueilli le premier malade déclaré positif à ce nouveau virus dont tout le monde parlait. Et depuis le covid-19 ne nous a plus quittés, en fait. Les nouvelles connaissances sur ce coronavirus parviennent chaque jour, et nos pratiques évoluent en fonction de nos propres possibilités. Ce virus nous oblige à être flexibles, comme jamais. Cela donc était un effort de réorganisation d'abord, et de soins ensuite. Il faut bien imaginer que, pour nous, la première vague (de fin février à fin mai) correspond à 400 consultations dont 150 hospitalisations en lien direct avec cette infection pulmonaire nouvelle.

Il a fallu adapter notre protocole. Même à l'échelle d'un service habitué à traiter des cas de virus, celui-ci nécessitait d'autres spécificités. Nous étions prêts pour le VIH, la tuberculose, Ebola ou que sais-je, mais pas pour ce nouveau covid. Six mois de tensions, c'est long et c'est pourtant ce qu'ont vécu les équipes en lutte constante; les soignants comme ceux chargés de tout l'aspect logistique. Chacun avait un défi à relever en fait. Mais nous étions prêts pour trois fois plus de malades, on a résisté.

Quel regard un spécialiste des maladies infectieuses porte-t-il sur le comportement de ses contemporains?

«De ce que j'en ai vu, chacun respecte plutôt bien les consignes au Luxembourg. Si j'ai pu ressentir de la lassitude, c'est quand on a vu se multiplier ces stupides ''corona parties''. Mais ces rendez-vous n'ont pas duré, heureusement. Le plus souvent, les cas graves que nous accueillons ne sont pas à mettre en cause directement. Le mal (l'infection) vient d'un membre de leur entourage qui lui n'a pas suivi telle ou telle précaution sanitaire.


A woman undergoes a swab test for coronavirus at a drive-through testing site of the Santa Maria della Pieta hospital in Rome on August 18, 2020. - On August 16, Italy suspended its discos and ordered the mandatory wearing of masks from 6:00pm (1600 GMT) to 6:00am to clamp down on the spread of infection among young people, less than a month before the restart of school. (Photo by Tiziana FABI / AFP)
Le réseau de test reprend du volume
A l'approche de la rentrée, trois nouveaux centres de dépistage vont être réactivés à compter du 24 août. Il s'agit des sites de Junglinster, Howald et Diekirch.

Avec du recul, je trouve cette crise covid très révélatrice de notre société. La rapidité de diffusion témoigne de la mondialisation et de la facilité des voyages. Les modes de transmission reflètent nos habitudes de rassemblement. Nos façons de respecter les consignes des gouvernements sont le pendant de notre perception de l'importance des libertés individuelles. Si les Chinois ont réussi à endiguer une épidémie beaucoup plus virulente, c'est certainement parce qu'ils avaient un autre respect du bien commun et un sens de l'obéissance que n'ont pas les Occidentaux. On est loin de la médecine finalement.

Depuis juin, le Grand-Duché fait-il face à une deuxième vague d'infection ou à un phénomène plus mineur?

«Non, c'est bien une ''deuxième vague luxembourgeoise'' comme je surnomme cette reprise. D'ailleurs, elle n'est pas forcément aussi marquée dans les régions voisines, ce qui montre sa spécificité locale. Mais le pays dispose d'un triple rideau de détection qui a fait ses preuves. Primo, le réseau de consultation médicale classique vers lequel se tournent encore nombre de malades dans le doute. Secundo, le dépistage via le Large Scale Testing. Tertio, les travaux du LIST sur la qualité des eaux usées.

Expliquez-nous en quoi ces analyses en station d'épuration sont majeures pour la médecine?

 «Quand il y a une faible circulation du virus, les cas positifs vont passer entre les deux premières mailles du filet. Mais ils seront localisés par ces analyses, ce qui est capital pour anticiper telle reprise ou tel déplacement de l'infection. Si le système hospitalier sait que la crise épidémiologie est en train de reprendre, il peut mieux se préparer à l'accueil des malades. Voilà en quoi le travail des laboratoires sur les eaux sales des ménages est capital, surtout si les données sont communiquées rapidement. Ce virus ne nous laisse guère de temps pour réagir au mieux. 

Moi, Pit Braquet, Premier ministre, je fais quoi pour en finir avec ce virus?

«Déjà, désolé, je suis soignant pas spécialiste de la prévention. Mais clairement, à la moindre nouvelle ''vaguounette'', j'impose le masque partout dans l'espace public. Ensuite, je veille à ce que les mesures prises ne contribuent pas à altérer l'économie du pays comme la santé mentale de mes compatriotes. On n'a pas pris assez conscience combien ce confinement a perturbé certains, et les dégâts vont certainement se faire ressentir dans les mois à venir. Une des leçons que je retiens d'ailleurs c'est qu'en période d'épidémie on a besoin de plus de psychologues. Il n'y a pas que les corps à guérir.


Lokales, Corona-Virus Covid19,  Covid-Intensivstation CHDN Ettelbrück, ( schriftliches Einverständnis des Patienten zum publizieren des Bildes ) Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
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Si je suis à la tête d'un pays, je devrais me poser la question de la vaccination anti-covid (quand sa formule sera découverte). La vaccination obligatoire et généralisée est impensable, il faudra donc fixer des priorités. Les personnes vulnérables d'abord (seniors en priorité donc), ensuite les soignants au contact des malades, les salariés indispensables faisant face à un public, etc. Le tout en analysant le coût réel de ces campagnes de vaccination. 

On dit souvent que la santé n'a pas de prix, mais elle a un coût. Si le Luxembourg a pu faire face jusqu'à présent, c'est aussi parce qu'il en avait les ressources financières.»

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