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Ce satellite qui ne tournait pas rond
Luxembourg 4 min. 14.07.2020

Ce satellite qui ne tournait pas rond

Pas simple pour Francois Bausch de défendre un projet mal ficelé sans mettre à mal le rôle de celui qui l'a lancé: Etienne Schneider.

Ce satellite qui ne tournait pas rond

Pas simple pour Francois Bausch de défendre un projet mal ficelé sans mettre à mal le rôle de celui qui l'a lancé: Etienne Schneider.
Photo : Lex Kleren
Luxembourg 4 min. 14.07.2020

Ce satellite qui ne tournait pas rond

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le matin en commission parlementaire, et le soir face à la presse, le ministre de la Défense François Bausch a évoqué tous les éléments qui avaient détourné de son orbite financière le satellite LUXEOSys. Un dossier dont le lancement était plus qu'incertrain.

Parfois, il faut dire les choses. Et, lundi, au sortir de la  nouvelle commission parlementaire traitant du projet de satellite luxembourgeois LUXEOSys, le député Marc Baum (déi Lénk) ne s'en est pas privé : «Les documents montrent que le travail a été très bâclé». Des mots crus pour relater la période initiale du projet, en 2018. Il est vrai que voir un tel équipement quasiment doubler de prix marque une impréparation certaine

Mais Etienne Schneider (LSAP) parti sous d'autres cieux, c'est désormais à l'actuel ministre de la Défense de sortir les rames pour défendre le dossier. Et c'est en choisissant bien ces mots que François Bausch (Déi Gréng) veille à ne pas égratigner celui qui, voilà trois ans, estimait que ce satellite d'observation ne coûterait que 170 millions d'euros. Cela alors que, désormais, l'enveloppe tourne autour des 300 millions... Sachant que le budget a déjà été "dégraissé" d'une quarantaine de millions en quelques semaines.


Politik, Interview François Bausch Observationssatellit, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
«Le budget de Luxeosys dégraissé de 41 millions»
Avant son audition ce lundi en commission du Contrôle de l'exécution budgétaire, François Bausch (Déi Gréng), le ministre de la Défense révèle que la facture finale du projet de satellite militaire sera dépassée de 139 millions d'euros, au lieu des 180 millions précédemment annoncés.

Lundi soir, François Bausch a déballé les comptes, refait les calculs. Au maximum, un surplus de 117 à 138,3 millions d'euros pourrait être consenti, a-t-il ainsi évoqué. S'appuyant sur un rapport du cabinet d'audit PWC, le ministre n'a pas manqué de lister l'origine des surcoûts apparus en trois ans.

Pour 67,1 millions d'euros, ces dépassements sont imputables à des éléments non prévus dans le document juridique de départ... 58,7 autres millions reposent sur de fausses hypothèses et (seulement) 9 millions se justifient par des améliorations technologiques apportées.

Si nous décidons de stopper le projet, nous perdrons 145 millions d'euros

François Bausch

Un exemple «d'approximation»? Voilà : trois antennes seront nécessaires pour assurer le fonctionnement. Deux seront construites à Redu, en Belgique, puis appartiendront à l'Etat luxembourgeois, une autre sera louée à Svalbard en Norvège. Mais aux dires de François Bausch, cela n'était pas prévu dans le projet d'origine. Seulement, sans ces relais, point d'accès à la centaine de clichés de la Terre pouvant être délivrés depuis l'espace par LUXSeosys... 

Au passage, les antennes désormais à prévoir sur Redu, étaient initialement envisagées sur la colline d'Herrenberg, près du site militaire de Diekirch. Mais l'hypothèse ne tient pas : pas assez de place pour l'heure afin d'installer les bâtiments. De l'amateurisme, on vous dit!

Le 23 juillet, François Bausch devra tout de même soumettre un projet de loi au Conseil de gouvernement afin que, finalement, LUXEOSys décolle un jour. Après quoi, le dossier sera examiné par le Conseil d'État. Mais pas dit qu'ensuite l'évocation du satellite ne suscite quelques troubles à la Chambre. D'ailleurs, à la sortie de la commission parlementaire chargée du suivi de l'exécution budgétaire, les soutiens étaient plus que modérés.

Si pour le DP, André Bauler signifiait que son groupe voterait en faveur du projet, le député précisait qu'il ne pouvait en être autrement compte tenu des fonds déjà investis. Argument souligné par François Bausch d'ailleurs : «Si nous décidons de stopper le projet, nous perdrons 145 millions d'euros».     

Pour déi Lénk, on l'aura compris: ce sera un refus. Une opposition motivée en raison de l'explosion budgétaire mais aussi pour ne pas cautionner un projet à visée potentiellement militaire. Reste le CSV. Et pour le parti chrétien-social, rien n'est encore déterminé. La présidente de la commission elle-même, Diane Adehm reconnaissant que les deux options, vote favorable ou non, restaient sur la table.

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