Ce que la nouvelle loi sur les psychothérapeutes va changer

Votre psychothérapeute en sera vraiment un

Cure par la parole, analyse, psychothérapie à visée analytique ou encore développement personnel, les techniques qui se cachent à l'heure actuelle sous le terme de «psychothérapie» sont nombreuses et parfois opaques pour le patient.
Cure par la parole, analyse, psychothérapie à visée analytique ou encore développement personnel, les techniques qui se cachent à l'heure actuelle sous le terme de «psychothérapie» sont nombreuses et parfois opaques pour le patient.
Photo: Shutterstock

(Virginie Orlandi) - La nouvelle loi sur les psychothérapeutes va être votée dans les prochains mois et devrait changer le paysage de la psychothérapie au Luxembourg. À l'heure actuelle, il n'existe pas de définition exacte de cette pratique de soin tant au niveau de la formation, des techniques utilisées que de la déontologie. Comment la loi va-t-elle vous permettre de trouver un psychothérapeute compétent?

Cure par la parole, analyse, psychothérapie à visée analytique ou encore développement personnel, les techniques qui se cachent à l'heure actuelle sous le terme de «psychothérapie» sont nombreuses et parfois opaques pour le patient. Mais ce qui l'est encore plus, c'est de savoir qui officie derrière la dénomination de «psychothérapeute».

Georges Steffgen, professeur et directeur des formations de psychologie à l'université du Luxembourg, est à l'origine des discussions qui ont conduit le gouvernement à entamer une vraie réflexion sur la psychothérapie. Une discussion qui s'est amorcée il y a quelques années déjà.

Des psychothérapeutes qui n'en sont pas vraiment

«Depuis des années, le constat en terme de prise en charge des patients en psychothérapie est inquiétant: certains d'entre eux ne sont pas traités correctement ou mal accompagnés par de soi-disant psychothérapeutes qui sont soit mal formés, soit pas formés du tout! Des patients qui se retrouvent au terme de ces mauvaises pratiques dans un état plus grave et qui viennent grossir les effectifs des services de psychiatrie».

Georges Steffgen a donc travaillé au sein de la commission préparatoire au projet de loi sur la psychothérapie, un projet de loi sur lequel la commission de la santé s'est penchée intensivement ces 6 derniers mois et qui devrait être discutée en séance plénière à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine. Ce mardi, après un avis complémentaire du Conseil d'État, la commission de la Chambre compétente a formulé 8 nouveaux amendements, notamment concernant les clauses de transition, les études et la déontologie.

«Le Luxembourg n'a jamais formulé de définition exacte de la fonction et des compétences du psychothérapeute», poursuit Georges Steffgen, «Or, il était plus qu'urgent de placer la psychothérapie dans un cadre bien précis afin de clarifier le statut des médecins et psychologues qui la pratique».

Soigner avant tout le trouble mental

Renforcer la prévention, mieux encadrer les patients, optimiser l'offre nationale suppose une nouvelle forme de formation et surtout une définition plus fine de la psychothérapie.

Dans le projet de loi, il est dit que «la psychothérapie se définit comme un traitement psychologique pour un trouble mental,pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique, et qui a pour but de favoriser chez le patient des changements bénéfiques, notamment dans le fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans le système interpersonnel, dans la personnalité ou dans l'état de santé».

Du côté de la formation, il faut savoir que seuls les médecins et les psychologues auront accès aux trois années de formation nécessaires au titre de psychothérapeute à l'université du Luxembourg. Une formation qui met avant tout l'accent sur la théorie de la psychothérapie et sa pratique et qui sera sanctionnée par un diplôme sous forme de mémoire qui devra porter sur l'expérience acquise durant les périodes de stage.

«L'intérêt de cette formation très encadrée est que les professionnels qui l'auront reçue seront à même de dispenser les soins adéquats aux patients, de savoir les orienter très tôt vers les bonnes méthodes et ainsi alléger les urgences psychiatriques».

On le voit bien, avec cette nouvelle loi, se prévaloir du titre de psychothérapeute ne sera donc pas si simple et un registre professionnel des psychothérapeutes agréés permettra aux patients de s'y retrouver et de s'orienter vers un professionnel reconnu par le ministère de la Santé.

Et pour ceux qui n'auront pas l'agrément?

Dans un premier temps, le ministère de la Santé entend être souple avec les professionnels qui pratiquent actuellement au Luxembourg. Le pays compte une centaine de psychothérapeutes et ils n'auront pas tous l'agrément.

En ce qui concerne les psychiatres, les psychologues formés de manière académique à la psychothérapie, l'agrément sera donné après avis favorable du ministère,mais pour les autres, il faudra soit se former un peu plus, soit abandonner la casquette de psychothérapeute.

De plus, la loi prend en compte l'aspect linguistique du pays et pour recevoir le titre, il faudra comprendre le français, l'allemand et le luxembourgeois et pouvoir s'exprimer soit en allemand, soit en français.

«Il est vrai que cette nouvelle loi va opérer un grand changement pour certaines personnes qui travaillent à l'heure actuelle sans formation bien définie», poursuit Georges Steffgen, «dans une première phase, ceux qui travaillent de longue date dans le pays et qui ont leur patientèle pourront continuer à exercer en attendant qu'une décision les concernant soit prise par le ministère de la Santé».

Ce que la loi va changer en terme de coûts

Pour l'instant, seules les personnes consultant un psychiatre voient leurs factures remboursées par la Caisse Nationale de Santé (CNS). Avec la nouvelle loi, les patients des psychologues et médecins ayant reçus la formation, pourront percevoir un remboursement: «On ne connait pas encore son montant et il est encore à clarifier avec les instances responsables», précise le psychologue.

Question délicate en période d'économies budgétaires, Georges Steffgen explique: «La part de la CNS a été largement discutée, c'est pourquoi les critères de prise en charge seront certainement très stricts. Mais pour la profession, il s'agit d'une avancée majeure aussi en matière de prévention: des psychothérapeutes bien formés et bien encadrés seront plus à même de traiter des pathologies avant qu'elles ne se transforment ou persistent en maladie grave et viennent grossir les effectifs des services de psychiatrie des hôpitaux. Ce qui a également un coût non négligeable à l'heure actuelle pour l'État».

• Retrouvez l'intégralité de notre série «Pour qui sont tous ces psys?» dans notre dossier.

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