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Capverdiens au Luxembourg: une communauté précaire
Luxembourg 14 4 min. 02.03.2018 Cet article est archivé

Capverdiens au Luxembourg: une communauté précaire

Capverdiens au Luxembourg: une communauté précaire

Henrique de Burgo
Luxembourg 14 4 min. 02.03.2018 Cet article est archivé

Capverdiens au Luxembourg: une communauté précaire

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Alors que le festival des Migrations s'ouvre ce vendredi, nous nous sommes intéressés à la dernière étude du Cefis, consacrée à la communauté capverdienne, 2e groupe originaire d'un État hors UE le plus important après les populations issues d'ex-Yougoslavie.

Un peu de géographie d'abord: l’archipel capverdien est constitué de 10 principales îles dont 9 habitées. Elles sont divisées en deux séries: au sud, les îles de Sotavento et au nord, celles de Barlavento. L’ensemble se situe à près de 500 km des côtes du Sénégal.

Le Cap-Vert est un pays d’émigration: au total, sur plus d’un million de personnes de nationalité capverdienne à travers le monde en 2014, plus de la moitié habitait en dehors du territoire national. La raison de ces migrations est économique: le petit archipel, aride et isolé au milieu de l’Atlantique, vit grâce à son émigration et aux transferts d’argent qui l’accompagnent.  

C'est vers les années 1960 que les flux de migrations vers l'Europe s'intensifient. Le dernier recensement des émigrés date de 2000 et montre que la moitié des 520.000 Capverdiens de la diaspora vivent aux États-Unis. Environ 100.000 personnes se trouvent en Afrique et 150.000 sont installés en Europe dont la moitié au Portugal.

Leur présence en France, aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie est significative. Environ 3.000 Capverdiens originaires de Santiago, la grande île du sud où se trouve la capitale Praia, et Santa Antão, la grande île du nord, vivent aujourd'hui au Luxembourg. Ils viennent principalement des îles de Santo Antão, Santiago, São Vicente, São Nicolau, Maio, Sal et Boavista.  

En 2011, on dénombrait 2.472 personnes de nationalité capverdienne sur le territoire mais la communauté d’origine capverdienne est trois fois plus nombreuse avec 8.358 personnes: les Luxembourgeois d’origine capverdienne, les Capverdiens et les étrangers qui ont leurs deux parents nés au Cap-Vert.

Les Capverdiens au Luxembourg sont très jeunes: 31 ans en moyenne contre 41 ans pour les Luxembourgeois et 35 ans pour les autres étrangers résidents. 28% ont moins de 19 ans. 

CEFIS / CapMobiLux

L'enquête Migralux du Cefis (2014) montre que plus de 61% des Capverdiens sont venus au Grand-Duché pour fuir la pauvreté et le chômage.

Les Capverdiens sont très inégalement répartis à travers les communes luxembourgeoises et semblent également l’être au sein des grandes villes, selon les quartiers: ainsi, la présence capverdienne peut être très visible dans certaines localités du pays et quasi invisible ailleurs. 

L'emploi, le coût du logement, la mobilité et la présence de communautés lusophones, sont des facteurs déterminants quant au choix du lieu d'installation.

Des situations extrêmement précaires

Selon l’estimation du Cefis, le taux de chômage parmi la population de nationalité capverdienne en 2012 atteignait 19 %, soit près du triple de la moyenne nationale qui était de 7 % à l'époque. 

Près de 45 % ont un emploi mais gagnent le salaire social minimum (2.000 euros) tandis que le salaire mensuel médian des Luxembourgeois atteint 4.000 euros. Ils occupent des postes précaires, en intérim très souvent, à cause de leur faible qualification et leur manque de connaissance de la langue française.

Selon les chiffres de l'inspection générale de la sécurité sociale (IGSS), le salaire horaire moyen d’un travailleur capverdien au Luxembourg était de 12 euros en 2012 contre 15 euros pour un Portugais et 24 pour un Luxembourgeois. 

Travailler plus mais gagner moins

L'IGSS note aussi que les Capverdiens travaillaient alors 100 heures par mois en moyenne contre 85 pour les Luxembourgeois.

Le niveau d’études est déterminant dans le processus d’intégration et sur le marché de l’emploi forcément. Or, dans la grande majorité des cas, le niveau des Capverdiens ne dépasse pas le primaire. Seuls 1% détiennent un diplôme du supérieur.

Conséquence: 50% sont des ouvriers non qualifiés qui travaillent dans le secteur de l'hébergement et de la restauration, dans la construction ou dans le nettoyage. Des emplois peu stables et peu rémunérateurs.

La réalité, c'est qu'on doit ramener des sous à la maison

Pour mieux comprendre, le Cefis a créé un groupe de parole. Les intervenants ont souligné les difficultés de trouver un emploi sans réseau au Luxembourg et sans connaître la langue luxembourgeoise. 

Une ouvrière déplore: "Je suis agent de nettoyage à l'hôpital. Je fais entre 10 et 12 heures par jour pour pouvoir vivre, pour entretenir ma famille. On ne peut pas avoir un autre travail parce qu’on ne parle pas le luxembourgeois. Mais quand pourrais-je l'apprendre sachant que je me lève à cinq heures du matin et que je travaille jusqu'à 20 heures, non stop?"

Une autre indique qu'elle est diplômée mais que cela ne suffit pas: "Pourquoi est-ce qu’on est femme de ménage? J’ai un diplôme mais la réalité, c’est qu'on doit ramener des sous à la maison. C'est le travail le plus accessible, et déjà pour cela, j’ai dû faire appel à des connaissances..."