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«C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre»
Luxembourg 3 4 min. 16.06.2022
Affaire Da Costa

«C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre»

Le patron de RSS-Hydro, Guy Schumann, s'est empêtré dans des déclarations contradictoires dans l'affaire Jeff Da Costa.
Affaire Da Costa

«C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre»

Le patron de RSS-Hydro, Guy Schumann, s'est empêtré dans des déclarations contradictoires dans l'affaire Jeff Da Costa.
Photo: Alain Piron
Luxembourg 3 4 min. 16.06.2022
Affaire Da Costa

«C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre»

Michèle GANTENBEIN
Michèle GANTENBEIN
Le ministre de l'Economie Franz Fayot (LSAP) dément avoir exercé des pressions sur RSS Hydro, l'opposition parle d'une mauvaise pièce de théâtre.

Des pressions ont-elles été exercées par le gouvernement ou des fonctionnaires sur la société RSS Hydro, ce qui a conduit au licenciement du scientifique Jeff Da Costa ? Non, a répondu jeudi le ministre de l'Economie Franz Fayot (LSAP) lors de la réunion de la commission de l'environnement. Il n'a pas exercé lui-même de pressions et n'a pas donné d'instructions à ses fonctionnaires, a-t-il déclaré avant la séance sur la radio 100.7.


Nah den verheerenden Überschwemmungen Mitte Juli 2021 hatte Jeff Da Costa die Kommunikation von Blau-Rot-Grün heftig kritisiert.
Les allégations de pression politique sont avérées
Plusieurs personnes qui ont assisté au limogeage de Jeff Da Costa confirment que ce dernier a été licencié sous la pression politique.

Pour le président de la commission de l'environnement François Benoy (Déi Gréng), l'affaire est close. «Il n'y a pas d'éléments qui prouvent que des pressions ont été exercées. Il n'y a que des déclarations», a déclaré le député écologiste. Il a reconnu que Guy Schumann avait apparemment changé d'avis, mais que cela n'avait rien à voir avec le gouvernement. «Il s'agit d'une affaire interne entre un chef et son collaborateur». 

Le CSV croit le ministre lorsqu'il dit qu'il n'est pas lui-même intervenu. Il n'est toutefois pas convaincu que personne ne soit intervenu. Ce qui fait douter le CSV, ce sont les déclarations contradictoires du chef d'entreprise Guy Schumann, qui aurait visiblement changé d'avis. 

Aucune preuve n'a été apportée pour démontrer que des pressions ont été exercées.

François Benoy (Déi Gréng)

Pour rappel, après son licenciement en septembre 2021, Guy Schumann a envoyé un SMS à Jeff Da Costa pour lui dire qu'il était dangereux d'évoquer le gouvernement, que ce genre de chose pouvait mal tourner, et c'est exactement ce qui s'est passé maintenant. 

Changement d'attitude également parce que Guy Schumann a toujours félicité Jeff Da Costa pour ses déclarations dans les médias, lisibles sur les réseaux sociaux et dans un e-mail qu'il a envoyé à toute son équipe le 10 septembre 2021 et dont le Luxemburger Wort dispose.

Le 28 juillet 2021, Guy Schumann fait référence à Jeff Da Costa avec fierté :

Dans d'autres tweets et par mail, Guy Schumann a souligné à plusieurs reprises le jeune scientifique en le félicitant :

Dans le reportage de 100,7 du 30 mai, Guy Schumann a indiqué comme raison de son licenciement qu'il avait voulu éviter les pressions politiques. Il n'était pas question de conflits internes. 

«L'initiative est venue de Schumann»

Ces faits sont en contradiction avec la déclaration de Fayot jeudi en commission, selon laquelle il y aurait eu des contacts entre Schumann et des fonctionnaires de son ministère, mais que l'initiative serait venue de Schumann. Celui-ci aurait appelé le ministère pour se plaindre de Jeff Da Costa à propos de ses critiques envers le gouvernement et pour lui faire savoir qu'il n'était pas d'accord avec la vision de Da Costa, rapportent aussi bien le co-chef de groupe CSV Gilles Roth que Marc Goergen (Pirate) et Myriam Cecchetti (Déi Lénk). 

La chef hydrologue démissionne

Ils ont en outre appris jeudi du directeur de l'Office de l'eau, Jean-Paul Lickes, que la chef hydrologue de l'administration avait démissionné récemment en raison de la pression et qu'il ne pouvait pas garantir le bon déroulement des opérations en cas de crue. 

Nous ne mettrons pas cette chaussure à notre pied.

Myriam Cecchetti, Déi Lénk

Les politiciens de l'opposition ont ressenti comme un reproche d'être à l'origine de la démission de l'hydrologue et n'ont pas voulu se laisser faire. Selon eux, c'est au Parlement de faire la lumière sur cette affaire. «Nous ne nous mettons pas cette chaussure sur le dos», a déclaré Myriam Cecchetti.

Guy Schumann lui-même n'a cessé d'affirmer au Luxemburger Wort et à d'autres médias qu'il n'y avait eu aucune pression sur lui ou sur son entreprise. Il l'a encore dit mardi à Paperjam lors de la célébration du premier anniversaire du superordinateur MeluXina. 


A lui seul, cet ordinateur est capable de réaliser 10 millions de milliards de calculs savants en une seconde.
MeluXina, toujours un bijou de technologie après un an d'existence
Inauguré il y a un an, MeluXina se classe parmi les 50 meilleurs calculateurs haute performance au monde. Une visite des installations de cette incroyable machine a eu lieu ce mardi.

RSS Hydro est l'une des entreprises qui utilisent le superordinateur de Bissen. Comme on peut le lire dans un tweet de l'entreprise, elle avait posé sa candidature au programme Fit4Start de Luxinnovation en novembre 2021 avec son projet «Mel4FM-Meluxina for Flood Mapping» et avait été retenue. 

On ne sait pas si et comment l'affaire va évoluer. L'opposition a les mains liées. «C'est parole contre parole», a déclaré Gilles Roth. L'opposition avait proposé de convoquer Jeff da Costa en séance afin d'entendre sa version des faits. Les partis de la majorité avaient refusé, arguant qu'il s'agissait d'une affaire interne à l'entreprise. 

Trois témoins présents à la réunion d'entreprise lorsque le licenciement de Da Costa a été annoncé aux employés avaient confirmé au Luxemburger Wort que Schumann avait invoqué des pressions politiques pour justifier son licenciement.

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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