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Braderie de Luxembourg: bonne ambiance et bonnes affaires
Cette 89e édition de la braderie a attiré beaucoup de visiteurs, selon les commerçants du centre-ville.

Braderie de Luxembourg: bonne ambiance et bonnes affaires

Photo: Chris Karaba
Cette 89e édition de la braderie a attiré beaucoup de visiteurs, selon les commerçants du centre-ville.
Luxembourg 34 7 min. 03.09.2018

Braderie de Luxembourg: bonne ambiance et bonnes affaires

La braderie de Luxembourg s'est tenue ce premier lundi de septembre, comme le veut la tradition, dans les quartiers du centre et de la gare. De la place d'Armes à celle de Paris, des milliers de personnes étaient au rendez-vous pour cette 89e édition et ses 362 étals; pour les bonnes affaires, mais aussi pour l'ambiance.

Par Jean Vayssières 

Le début du mois de septembre a tout pour installer la morosité dans les cœurs: les jours raccourcissent, les températures baissent, et la rentrée guette le quotidien des jeunes comme des moins jeunes. Mais le premier lundi du mois n'est pas sans vertus: s'il annonce la fin à venir de la Schueberfouer, il est également le jour symbolique de la braderie de Luxembourg. Ce lundi 03 septembre, à cette occasion, les rues du centre-ville et du quartier de la gare se sont noircies de monde, sous un ciel nuageux mais clément. 

«La braderie, c'est la fête du textile»

Rue Philippe II, une fois les portes du centre-ville franchies, il n'y a qu'à tendre la main pour décrocher, tâter, observer les centaines de vêtements qui trônent sur leurs cintres, devant les magasins de textile. Les restaurateurs ont, eux aussi, avancé leurs terrasses et exhibent leurs pâtisseries du matin aux promeneurs, qui se font de plus en plus nombreux: la matinée n'est pas encore achevée qu'il faut déjà slalomer entre les badauds. 

«Il se dit, chez les commerçants, que la braderie est le meilleur jour de l'année pour faire des affaires», raconte Marlyse, patronne de la brasserie-bar Philippe, qui n'a ouvert qu'il y a huit mois, avant de se corriger. «En réalité, LE jour pour les restaurateurs, c'est celui de la fête nationale. La braderie, c'est la fête du textile. Mais on constate bien depuis ce matin qu'il y a beaucoup plus de trafic que d'habitude», constate-t-elle en s'en allant, plateau à la main, servir une table de la terrasse. Il n'est pas encore onze heures du matin et, devant la vitrine du Philippe, un cuisinier s'affaire déjà devant un grill, chatouillant les narines des passants en faisant cuire de la viande. 

La braderie, fête du textile? C'est ce que confirme Frédéric, responsable de la boutique de vêtements The Kooples, voisine de la brasserie de Marlyse. «C'est exactement cela. On fait un beaucoup plus gros chiffre que d'habitude. Cette année, il y a vraiment beaucoup de monde: les gens venaient déjà acheter à 07h30, pendant qu'on installait les rayons dehors pour ouvrir à 08h !»

Le rendez-vous des «bonnes affaires»

Carlo et Monique font partie de ces nombreux visiteurs, bien qu'ils aient attendu l'après-midi pour venir. Voilà trente ans que, tous les premiers lundis de septembre, ils font le trajet depuis Clemency, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de la capitale, pour assister à ce qui est devenu un véritable rendez-vous. L'intérêt de la braderie? «Les bonnes affaires !» répond Carlo, un sachet à la main. «Même si on ne trouve pas de bons prix partout», complète son épouse. «J'ai vu un magasin vendre un jean à 60€. Je ne viens pas à la braderie pour ça !»

Entre boutiques et étals de marché, on trouve de tout à la braderie, ou presque: textile, maroquinerie, montres, bibelots, posters et affiches...
Entre boutiques et étals de marché, on trouve de tout à la braderie, ou presque: textile, maroquinerie, montres, bibelots, posters et affiches...
Photo: Chris Karaba

Tout le monde n'est pas aussi régulier que ce couple. Un promeneur anonyme, qui travaille dans le quartier de la gare, annonce «passer rapidement après le boulot, mais c'est tout. C'est pas vraiment ma passion de dépenser de l'argent !» ironise-t-il. «La braderie c'est toujours la même chose, tous les magasins en profitent pour sortir les stocks de la cave. Ça reste sympa pour l'ambiance: il y a du monde et ça bouge un peu, ça change. D'habitude c'est mort ici». 

Les politiques à la rencontre des résidents

Le long de la rue Philippe II, jusqu'à la place d'Armes, les restaurants et magasins ne sont pas les seuls à avoir quelque chose à vendre. À quelques mètres les uns des autres, sous des chapiteaux peints à leurs couleurs, les partis politiques luxembourgeois profitent de la foule pour prendre la température politique et préparer les élections, qui approchent à grands pas.

On trouve, pêle-mêle, le CSV, le DP, déi gréng, l'ADR, le Parti Pirate... mais également d'autres acteurs de la politique du Grand-Duché, comme l'OGBL ou l'ALEBA. Chaque parti distribue des flyers, qui énoncent leur liste de députés pour les législatives, ou encore un court résumé de leur programme. 

«C'est un moyen pour nous de marquer notre présence», explique Marc Spautz, président national du CSV. «On est présents tous les ans, pas seulement l'année des élections ! Même si c'est l'occasion de distribuer des documents. C'est un rendez-vous important pour rester proches des gens». 

Les partis politiques sont également de la partie: nombre d'entre eux profitent de la braderie pour distribuer leur liste de députés ou leur programme aux passants, en vue des élections du 14 octobre.
Les partis politiques sont également de la partie: nombre d'entre eux profitent de la braderie pour distribuer leur liste de députés ou leur programme aux passants, en vue des élections du 14 octobre.
Photo: Chris Karaba

Sous le chapiteau déi gréng, la présidente des Verts, Sam Tanson, rapporte quelques cafés, achetés à une boulangerie voisine, à son équipe. «Nous sommes là tous les ans, élections ou pas», tient-elle également à rappeler. «La braderie, c'est le rendez-vous des résidents pour entamer les courses de la rentrée. C'est aussi une occasion pour les gens de nous faire part de leurs doléances: chaque année, je repars avec un carnet plein de notes», confie-t-elle. 

Une première: des food-trucks avenue de la Liberté 

Dans le quartier de la gare, qui a été bouclé et rendu piéton pour l'occasion, on marche sur la route; les acheteurs chevronnés, les bras remplis d'articles, y croisent les adeptes de repas frugaux qui, sur les coups de midi, préfèrent rapidement avaler un sandwich que s'atteler en terrasse. Ces dernières, place de Paris, sont pourtant pleines à craquer.

À vingt mètres de là, sur la chaussée de l'avenue de la Liberté, une poignée de food-trucks ont ouvert leurs portes et ont installé quelques bancs en bois pour les affamés. Une fois le rush de midi passé, Luis Simoes, qui en gère deux en même temps, profite de l'accalmie pour prendre une pause. «C'est la première fois qu'il y a des food trucks à la braderie», explique-t-il en soufflant la fumée de sa cigarette. «Et je trouve que, pour une première fois, c'est très réussi. Malgré leurs habitudes de restauration, les gens ont compris qu'ici, avec les bancs et les camionnettes, c'était l'endroit pour manger à la braderie».

Un succès susceptible d'irriter les restaurateurs alentour ? «Ils ne sont sûrement pas très contents», s'avance le gérant. «Mais les clients sont contents. Et puis tout cela a été négocié, pendant longtemps, entre l'UCVL (l'Union Commerciale de la Ville de Luxembourg, ndlr) et les restaurateurs; on n'a pas tous décidé, d'un seul coup, de s'installer ici». 

À quelques pas de la place de Paris, il était possible cette année d'acheter à manger dans l'un des nombreux food-trucks installés sur l'avenue de la Liberté. Pour l'occasion, la chaussée s'est transformée en restaurant.
À quelques pas de la place de Paris, il était possible cette année d'acheter à manger dans l'un des nombreux food-trucks installés sur l'avenue de la Liberté. Pour l'occasion, la chaussée s'est transformée en restaurant.
Photo: Chris Karaba

«Ce que j'aime, c'est l'ambiance»

Passé midi, la digestion n'empêche pas les visiteurs de se promener et partout, on entend de la musique ou du brouhaha. Sur l'avenue de la Gare, un DJ a installé sa table de mixage derrière les tireuses d'un bar, sur le trottoir. Un autre a placé ses platines sur la place d'Armes, sur le stand Luxbazar, et livre une secrète guerre du son aux chanteurs du belvédère qui, au micro de RTL, reprennent des classiques. Résultat: Orelsan se mêle à Nirvana en un seul grand et étrange concert. 

Criant pour couvrir le bruit des haut-parleurs, quelques vendeurs tentent de séduire les passants. «Bonjour ma chérie, bonjour monsieur ! Venez voir comme mon produit est bon !» répète à qui veut l'entendre un vendeur de charcuterie. Nouveaux mélanges hors du commun, dans les rues du quartier de la gare: à certains croisements, les stands de fromage côtoient les parfumeries. 

La musique et la foule, c'est justement ce qu'apprécie Adelino, qui vadrouille entre les étals. «Normalement, je viens juste pour me promener, faute d'argent. Mais cette année j'ai trouvé du boulot, et il y a de bonnes affaires un peu partout !», livre-t-il en riant. «Ce que j'aime, c'est l'ambiance. C'est l'occasion de voir des amis que je ne vois pas le reste de l'année; un peu comme le dernier jour de la Schueberfouer».

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