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Bonnevoie: Le «projet Hariko» va-t-il devoir éteindre toutes ses lumières?
Luxembourg 4 min. 21.09.2017 Cet article est archivé

Bonnevoie: Le «projet Hariko» va-t-il devoir éteindre toutes ses lumières?

Bonnevoie: Le «projet Hariko» va-t-il devoir éteindre toutes ses lumières?

Photo: Guy Jallay
Luxembourg 4 min. 21.09.2017 Cet article est archivé

Bonnevoie: Le «projet Hariko» va-t-il devoir éteindre toutes ses lumières?

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Le projet Hariko, lancé en septembre 2015 est sur la sellette. Le bâtiment qui l'abrite a été vendu à un promoteur immobilier et les associations et autres bénévoles qui utilisent les locaux, notamment pour aider les réfugiés vont devoir quitter les lieux.

Cela va faire deux ans qu'il fait partie du paysage de la Ville de Luxembourg. Le projet Hariko, lancé en septembre 2015 est pourtant aujourd'hui sur la sellette. 

Le bâtiment qui l'abrite, - une ancienne usine de Sogel -, a été vendu à PromoSol, un gestionnaire immobilier situé à Strassen. Le propriétaire du bâtiment quant à lui, a fait appel à QBuild pour gérer son projet.

D'ici trois mois, le bail détenu par Hariko va être résilié et les membres du projet auront alors jusqu'au mois de mars pour vider les lieux.

«C'est un vrai lieu de rencontres et d'échanges multiculturels»

Une décision qui désole Marianne Donven, qui a pris les rênes de ce projet en septembre 2015 et souhaite le sauvegarder.

«Je trouve cela vraiment dommage. C'est un vrai lieu de rencontres et d'échanges multiculturels, au cœur de Luxembourg. C'est un endroit qui nous permet d'aider les plus défavorisés et d'accueillir en même temps ceux qui souhaitent les aider», explique-t-elle. 

En effet, ce service mis en place par la Croix-Rouge permet aux jeunes de s'épanouir pleinement à travers des workshops gratuits. Danse, arts plastiques, photographies, il y en a pour tous les goûts. 

«Une vingtaine d'artistes utilisent les locaux du Hariko gratuitement, en échange de ces workshops. Mais il n'y a pas que ça. Hariko est un vrai laboratoire d'inclusion, tout est basé sur l'échange ici. Nous faisons beaucoup pour les réfugiés», souligne Marianne.

Marianne Donven ne compte pas laisser tomber son projet.
Marianne Donven ne compte pas laisser tomber son projet.
Photo: Anouk Antony

«Un vrai lieu de la jeunesse luxembourgeoise»

Ce bâtiment est effectivement devenu, au fil du temps, un repère pour les réfugiés. Beaucoup d'entre eux se rendent à Bonnevoie pour tisser un lien social, mais aussi recevoir de l'aide. 

«Passerell, qui se situe dans nos locaux, se compose de deux avocates qui s'occupent du droit d'asile et aident beaucoup les demandeurs. Nous avons également Digital Inclusion, qui permet aux réfugiés d'avoir un accès à internet. Les rencontres pour Open Home se font également ici, dans mon bureau. Des ONG, des associations utilisent nos locaux pour des réunions, des festivités etc.», détaille-t-elle.

En tout, plus d'une cinquantaine de personnes et beaucoup d'associations vont se retrouver «à la rue» suite à la démolition de ce bâtiment. 

«Tout le monde s'inquiète. Nous allons devoir chercher ailleurs. Pourtant, nous adorons l'ambiance qu'il y a ici! Tous les jeunes, les réfugiés, sont à l'aise. C'est devenu un vrai lieu de la jeunesse luxembourgeoise! Nous espérons vraiment que la Ville va nous aider à exister encore par la suite», se rassure Marianne Donven.

Sophie Medawar, Lucie Majerus et Patrick Galbats sont trois artistes qui font partie du projet Hariko. Ils espèrent que le projet continuera et ne compte pas se laisser faire. Une réunion est prévue ce jeudi après-midi, à 16 heures, pour en savoir plus sur l'avenir du projet. Certains d'entre eux n'ont aucune alternative si Hariko s'arrête.

«Une alternative coûterait beaucoup trop cher. Nous savons tous comment sont les prix de l'immobilier au Luxembourg», explique Patrick. Les jeunes qui fréquentent le centre seront eux, de retour à la case départ si les locaux ferment. «Je pense que c'est dommage. L'art doit être accessible à tous, et ça manque vraiment au Luxembourg», souligne Sophie.

Ils savaient tous que le bâtiment pouvait être vendu à tout moment, mais espéraient «toujours y rester pendant deux ou trois ans».

Une invitation pour le propriétaire... sans réponse

Marianne ne faiblit pas et tente, tant bien que mal, de défendre son projet jusqu'au bout - qui est d'ailleurs toujours financé par l'Oeuvre jusque fin 2018. 

«Nous sommes en liaison avec le project manager, QBuild. Nous avions donc invité le futur propriétaire du bâtiment à venir faire un tour au Hariko. J'avais fait venir tout le monde, nous voulions vraiment lui montrer toute l'étendue de notre projet. Mais il n'est pas venu. Ce sont des représentants du promoteur qui ont fait le déplacement et se sont contentés d'analyser le bâtiment en vue de la démolition prochaine», raconte-t-elle.

Une grande déception pour tout le monde. «J'ai relancé une invitation, encore une fois. Il ne se rend peut-être pas compte de tout notre travail». Des négociations sont en cours avec la Ville, mais aussi les CFL et la Croix-Rouge, pour sauver ce projet. 

«Tout le monde reste positif, mais pour l'instant, aucune piste concrète ne voit le jour. D'ailleurs, si jamais vous avez un immeuble à nous louer...», précise Marianne en riant.

Cette épée de Damoclès sur la tête du Hariko n'empêche pas l'équipe de célébrer le 7 octobre prochain le deuxième anniversaire du projet, avec notamment un buffet et des concerts de 14 à 17 heures.

A l'heure où nous publions ces lignes, le propriétaire des lieux ne souhaitait pas communiquer sur ce sujet.

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