Changer d'édition

Billet: Une raclée à la récré
Luxembourg 2 min. 04.07.2019 Cet article est archivé

Billet: Une raclée à la récré

Billet: Une raclée à la récré

AFP
Luxembourg 2 min. 04.07.2019 Cet article est archivé

Billet: Une raclée à la récré

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Ivanka Trump a été humiliée dans la cour des grands. L'Europe n'osant toucher le père, elle a rossé la fille. C'est drôle peut-être mais ce n'est pas beau, c'est mesquin même, minable comme une vengeance en cour de récré.

Nous sommes au sommet du G7, vendredi dernier à Osaka. Ivanka Trump, «first daughter», y promène ses dentelles et son interminable silhouette. Ivanka est la face radieuse de son père, sa chargée de rédemption médiatique, mandatée pour montrer partout que l’on peut être Trump sans être idiot. Et la face radieuse donc est dans la cour des grands, et veut jouer aussi, et prendre part à leurs délibérations. La scène qui s’en suit, cruelle, a fait le tour du monde, provoquant une jubilation à peine dissimulée.

Il y a là Macron, Trudeau, Christine Lagarde et Theresa May. Des grands donc, Lagarde surtout, en stand up pour un hard talk sur la pagaille internationale. Ivanka s'approche, sûre que le groupe va se fendre pour la gober, telle la mer Rouge au passage des Hébreux. Elle en est si sûre, Ivanka, qu'elle gesticule déjà, de cette gestuelle des mains par quoi partout, aux sommets internationaux comme aux réunions d'entreprise – on lève les deux mains, on déploie les doigts en éventail, on projette l'ensemble vers l'interlocuteur, c'est comme une aspersion mais sans le goupillon – les Importants signalent la profondeur de leurs points de vue. Ivanka gesticule donc, s'avance encore et goupille, mais nul ne bouge, l'Amérique s'avance mais le clan reste clos, Lagarde, la garce, se tourne vers elle et feint de se demander qui c'est ça mais non, la mer ne s'ouvre pas, on devine le désespoir qui vite monte en elle, l'Amérique, qui tente une mimique d'approbation encore à des propos que sans doute elle n'a pas entendus, mais non, on l'ignore, l'Europe fait la nique à l'Amérique plantée là, ignorée, humiliée, dans un moment de cuisante solitude.

On croit que c'est à table, aux grandes réunions internationales, que les Importants règlent leurs comptes. Pas du tout. A table ils palabrent, c'est en coulisse qu'ils se dévorent. Non pas en d'homériques affrontements, non: dans la mesquinerie du croc-en-jambe, du pied-de-nez, de l'humiliation, méthodes d'exécution pour cours de récréation. Et c'est une joie de cour de récré, hélas, que nous éprouvons devant cette raclée, comme quand John, premier de classe et tête à claques, dans la joie générale se faisait rosser par Robert à coups de dictionnaire. Ceux-là, Macron, Trudeau, Lagarde et May, en humiliant Ivanka, ont réglé enfin son compte à l'Amérique, l'Europe trois secondes durant a eu sa revanche sur cette Amérique qui depuis Trump lui fait des grimaces devant le tableau.

Ce qui frappe, dans l'affaire, c'est la gourmandise retorse avec laquelle nous goûtons cette exécution, notre jubilation devant l'affront. Une jubilation dont il n'y a pas lieu d'être fier. Incapables de toucher au père, Macron et May ont rossé la fille, et nous nous régalons de cette fessée, dans un contentement vache face à l'héritière traitée en bouc émissaire. Ce n'est pas beau, ce n'est pas grand, c'est un peu minable même, comme une vengeance en cour de récré.