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Billet: SNCF, on se donne rendez-vous dans dix ans
Luxembourg 4 min. 15.06.2018 Cet article est archivé

Billet: SNCF, on se donne rendez-vous dans dix ans

Billet: SNCF, on se donne rendez-vous dans dix ans

Sophie Wiessler
Luxembourg 4 min. 15.06.2018 Cet article est archivé

Billet: SNCF, on se donne rendez-vous dans dix ans

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
C'est une semaine particulièrement fatigante qui s'achève pour les frontaliers de France se rendant au Luxembourg. Il semble en effet que les astres se soient alignés pour leur faire comprendre à quel point leur vie quotidienne est éreintante. Entre inondations, coupure d'autoroute, grève sncf et train de fret en panne, les vacances n'ont jamais paru aussi loin.

Pourtant, à entendre le 3ème vice-président de la Région Grand-Est, David Valence, présent au Comité Régional des Services de Transport jeudi soir à Maizières-lès-Metz, la région prend toute la mesure du calvaire, que dis-je, du "cauchemar" (si on reprend les mots précis du vice-président) que vivent les frontaliers depuis plusieurs mois.

Plusieurs mois, monsieur Valence, vraiment? Du côté des frontaliers, nous parlons davantage de plusieurs années, voir décennies. Et moi-même, au bout de seulement trois ans de trajets quotidiens sur cette ligne, je dis stop aujourd'hui.

Le ton se veut prudent durant cette réunion; les représentants de la SNCF et de la région semblent un peu crispés face à la trentaine d'usagers venus faire entendre leur voix. Il faut dire que cette rencontre promettait d'être "agitée". Le comité d'accueil appuie d'ailleurs cette idée: une dizaine de policiers et gendarmes, armés, fouillaient les sacs et surveillaient les entrées. 

"Cette ligne Metz-Luxembourg est la colonne vertébrale de la région Grand-Est, nous investissons énormément pour vous permettre de voyager au mieux vu les conditions de grève de ces dernières semaines", souligne d'emblée David Valence.

Mais à quel prix? A entendre les élus lorrains et la SNCF, les 12.000 frontaliers de la ligne devraient être satisfaits de leurs conditions de circulation pendant les grèves; après tout, d'autres lignes n'ont elles, plus du tout accès à ce transport en commun deux jours par semaine depuis début avril.

Mais est-ce vraiment une bonne idée de comparer ainsi les différentes lignes et surtout, d'alimenter les débats déjà houleux que nous retrouvons sur les réseaux sociaux à ce sujet? Les "cols blancs" de la ligne Metz-Luxembourg devraient galérer autant que les travailleurs de Meuse, c'est certain. Il faut un service égalitaire!

Oui, un service égalitaire, à la mesure des abonnements payés chaque mois. Et je le souhaite également pour mon collègue meusien ou vosgien, qui n'a pas non plus à payer dans le vent, sous prétexte que l'on investit davantage pour une ligne que pour une autre. A plus de 120 euros par mois, et avec un travail de 40 heures hebdomadaires, j'aspire à un trajet en temps et en heure et de surcroît, dans de bonnes conditions, comme tout un chacun.

Une chose devenue rare sur ce sillon transfrontalier, avec à peine 55% de ponctualité ces dernières semaines - merci à Rail Z, qui fournit des données très différentes de celles de la SNCF - et des conditions de transport de plus en plus insupportables.

Et si la goutte d'eau fait déborder le vase en ce vendredi 15 juin, c'est sans aucun doute au vu du comique de la situation. Jeudi soir, la SNCF annonçait en effet la création d'un "sas de fret" à l'horizon 2028-2030 pour permettre à ces trains de marchandises de "se ranger" le temps de laisser passer les trains de voyageurs; une idée très vite balayée d'un revers de la main par les usagers. Logique: un train de fret en panne reste un train immobilisé au milieu d'une voie utilisée par les voyageurs.

Le débat a d'ailleurs été houleux à ce sujet: les usagers mentionnaient un "contournement du problème" et non pas une vraie solution au long cours. Comble de l'ironie: un train de fret tombe en panne ce vendredi matin après Thionville et crée de fortes perturbations sur la voie. Cette ironie du sort, c'est fou!

Si la région Grand-Est et la SNCF s'entendent à dire que tout ira au mieux à l'horizon 2028-2030, avec des trains à plus grande capacité, un système de sécurité aux normes, des gares plus grandes etc. une question demeure: les frontaliers auront-ils la patience d'attendre que ces promesses se réalisent?

La lassitude et la fatigue semblent prendre le dessus sur la colère. La perspective des travaux de cet été (la ligne sera coupée entre Bettembourg et Luxembourg pendant six semaines) angoisse déjà les usagers, même si la SNCF promet du mieux par rapport au mois de février.

Les statistiques évoquent 130.000 frontaliers français d'ici 2030; prudence toutefois! Beaucoup quittent le Luxembourg pour ne jamais revenir, las de ces conditions de transport, à la fois sur route et rail, et souhaitant privilégier un confort de vie, une vraie vie de famille, plutôt qu'une paie plus importante.

En ce vendredi de mi-juin 2018, je me pose moi-même la question: aurais-je la force d'attendre dix années?


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