Bientôt un an

Open Home: 55 réfugiés ont trouvé une famille au Luxembourg

13.9.2017 Luxembourg, gare, bilan un an, Hariko , Fréderique Bruck et Marianne Donven  photo Anouk Antony

Par Sophie Wiessler

Téléphone scotché à l'oreille, yeux rivés dans son agenda, stylo en main, Marianne Donven semble presque avoir oublié notre rendez-vous, lorsque nous la retrouvons au Hariko à Bonnevoie. Il faut dire que l'initiatrice de ce projet - qui va devoir plier bagage d'ici le mois de mars -, ne cesse jamais d'être active et se trouve souvent sur tous les fronts.

C'est pour parler de son autre projet "Open Home", que nous lui avons donné rendez-vous. Depuis bientôt un an, cette action permet à des familles luxembourgeoises d'héberger des réfugiés chez elles. Depuis sa création en octobre 2016, 55 demandeurs d'asile ont ainsi trouvé refuge dans plus d'une vingtaine de familles du pays. Et cela continue encore aujourd'hui.

«On voulait faire ça bien»

C'est en travaillant au sein du Hariko que Marianne se met à rencontrer beaucoup de réfugiés. De fil en aiguille, la Luxembourgeoise se rend alors compte des difficultés auxquelles se confrontent ces personnes au quotidien, dans les foyers mis à leur disposition. 

«Certains foyers sont dans des états lamentables. C'est même une honte je trouve, d'accueillir des personnes dans des conditions pareilles. Le plus souvent, ils restent beaucoup trop longtemps dans ces structures, c'est difficile: des tensions surviennent fréquemment. Alors je me suis dit: comment je peux les aider?»

Tout est donc parti de là. Marianne décide de recueillir trois jeunes Afghans chez elle et son collègue Pascal, professeur de luxembourgeois au Hariko, l'imite et accueille un autre Afghan chez lui aussi. «On se décide alors à motiver d'autres personnes pour faire la même chose. On s'est dit "on essaie et on verra". Mais on voulait faire ça bien», explique Marianne.

Un premier "apéro" est organisé et porte ses fruits: 25 familles ont fait le déplacement pour rencontrer des réfugiés. La fois suivante, plus de 100 réfugiés. Mais très vite, la demande est trop forte. Marianne décide donc de prendre en charge les dossiers et d'organiser elle-même des rencontres.

«Si on place un réfugié par semaine, on a bien travaillé»

Elle examine chaque demande, que ce soit du côté des réfugiés ou des familles. «Je rencontre chaque réfugié et j'analyse avec lui ses motivations, ses intérêts. Je mémorise son profil et je cherche ensuite une famille adéquate. Parfois, les familles ont, elles aussi, des profils type en tête: un sportif, une fille plutôt qu'un garçon, quelqu'un qui est déjà régularisé et pas en attente de statut, etc.  Donc je cherche qui pourrait aller où», détaille Marianne.

Les motivations peuvent être diverses. Souvent, ce sont des mineurs non accompagnés, qui ont le désir de se trouver un cocon ou ont besoin d'intimité. Vivre en colocation dans des foyers n'est en effet pas toujours aisé. «Beaucoup sont influencés par les expériences des autres réfugiés qui ont déjà trouvé une famille. Ils voient les autres parler luxembourgeois ou français et ça leur donne envie de vivre une vie normale à leur tour», explique la créatrice de Open Home.

Après avoir examiné les dossiers, vient ensuite le temps de la rencontre et de la discussion, avant qu'une décision ne soit prise. Si le feeling passe des deux côtés, le réfugié part vivre avec la famille qui l'accepte. «On crée du lien entre les familles et les réfugiés. Certains nouent une vraie relation familiale à terme. Open Home regorge de belles histoires, de belles rencontres! Les Luxembourgeois que j'ai rencontrés sont d'une très grande générosité», s'émeut-elle.

Aujourd'hui, Marianne compte plus de 300 demandes de réfugiés en attente. Et une à deux familles par semaine viennent agrandir le cercle de "Open Home". «Si on place un réfugié par semaine, on a bien travaillé. Ça avance doucement mais on aimerait encore plus d'aide», souligne-t-elle.

«Il faut assouplir le cadre légal luxembourgeois»

Ce qui pose le plus de problème à l'action de Open Home, c'est le cadre légal et notamment celui des 18-25 ans. Un réfugié de cette tranche d'âge, même régularisé, ne dispose pas du RMG, qui n'est effectif qu'à partir de 25 ans. Ce qui est le cas pour les réfugiés mais aussi les citoyens luxembourgeois. Un vrai problème. 

«On essaie de placer en priorité ces jeunes, qui se retrouvent sans rien. Mais c'est difficile. Le cadre légal du pays est très complexe, ce qui ne facilite pas du tout notre travail. On peut parler de la loi sur les communautés de vie par exemple, qui est complètement absurde. Il n'y a aucune approche nationale pour simplifier tout ça», explique Marianne.

Pour elle, si le cadre légal concernant les réfugiés était simplifié, il y aurait «beaucoup moins de problème et cela coûterait moins cher au gouvernement». Un gouvernement avec lequel elle n'est pas forcément d'accord...

«Notre rêve? Que le gouvernement soutienne notre action»

Le discours des réfugiés que rencontre Marianne ne coïncide pas vraiment avec celui donné par Corinne Cahen, ministre de l'Intégration. «Nous ne partageons pas le même point de vue concernant l'accueil des réfugiés...», glisse Marianne dans un sourire. 

Pour elle, le Luxembourg aurait pu mieux se préparer à cette "vague de réfugiés"- qui, au passage, représente 0.5% de la population du Grand-Duché d'après les chiffres de Open Home - et surtout voir ces arrivées de manière beaucoup plus positive. «Les communes ne veulent pas créer de nouveaux foyers, tout le monde a peur mais il y a tellement de choses à faire pourtant! Le gouvernement n'a aucune approche innovante, tout le monde se renvoie la balle».

En effet pour elle, le gouvernement devrait davantage soutenir toutes ces familles qui ont permis à des réfugiés de vivre dans de meilleures conditions. «Il faut reconnaître que ces familles sont des boosters d'intégration. Elles ne font pas que les héberger, il faut également les nourrir, les aider à s'intégrer au quotidien. Ce serait bien qu'il y ait une reconnaissance de tout cela. Notre rêve? Que le gouvernement soutienne notre action», souligne Marianne.

En attendant, Open Home va fêter sa première année d'existence le 18 octobre prochain. Et se mobilise encore pour traiter les demandes toujours plus nombreuses. «Nous faisons le tour des communes, en organisant des réunions d'information pour expliquer aux gens ce que nous faisons, et recueillir des nouvelles familles. Nous avons déjà fait le tour de 8 communes et on compte bien y repasser après les élections», conclut-elle.


Si vous souhaitez vous inscrire pour adhérer à Open Home: openhomelu@gmail.com / 621.559.562 / Page Facebook

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