Changer d'édition

Bettel désigne «l'ennemi commun»
Luxembourg 5 4 min. 06.10.2015 Cet article est archivé
Rencontre avec Vladimir Poutine à Sotchi

Bettel désigne «l'ennemi commun»

Luxembourg 5 4 min. 06.10.2015 Cet article est archivé
Rencontre avec Vladimir Poutine à Sotchi

Bettel désigne «l'ennemi commun»

Après une entrevue lundi avec son homologue russe Dimitri Medvedev, le Premier ministre Xavier Bettel a vécu hier le moment culminant de sa visite en Russie, quand il fut accueilli par Vladimir Poutine dans sa résidence estivale de Sotchi.

PAR GASTON CARRE (SOTCHI)

Après une entrevue lundi avec son homologue russe Dimitri Medvedev, le Premier ministre Xavier Bettel a vécu hier le moment culminant de sa visite en Russie, quand il fut accueilli par Vladimir Poutine dans sa résidence estivale de Sotchi.

Poutine demandait à être entendu, Bettel voulait écouter, mais il fallait avoir l'oreille bien affûtée hier en Russie pour ne pas être assourdi par le fracas des avions russes qui non seulement bombardaient des positions syriennes mais parcouraient l'espace aérien turc.

Le Premier ministre luxembourgeois a défini son séjour russe comme une visite de courtoisie, mais celle-ci se déroule dans le contexte d'une confrontation internationale à peine larvée.

Les dossiers bilatéraux ayant été évoqués la veille avec Medveded (la question du survol de la Fédéation russe par les avions de Cargolux, la coopération dans le domaine des chemins de fer et dans le registre culturel...), Xavier Bettel et Vladimir Poutine purent consacrer leur entretien aux sujets brûlants sur le plan international, à savoir la problématique ukrainienne et les sanctions économiques qu'elle fait peser sur Moscou et, surtout, la crise syrienne qui ces derniers jours est devenue particulièrement alarmante.

Alors que le Premier ministre luxembourgeois et sa délégation se trouvaient à Sotchi, une station balnéaire très huppée sur la mer Noire, où Poutine et quelques membres du gouvernement ont établi leurs quartiers d'été, on apprenait que l'aviation russe avait pénétré dans l'espace aérien turc, et toutes les télévisions de Russie passaient en boucle hier les images du président turc Erdogan menaçant de faire abattre les Sukhoï russes en cas de nouvelle intrusion.

La forteresse de Sotchi

C'est dans une sorte de forteresse que Bettel fut accueilli hier par Poutine, occupée par les médias autochtones au grand complet, dans la conviction sans doute que toute rencontre avec Poutine ces jours-ci est un événement.

Consciencieux, les collègues russes s'étaient dûment documentés sur le Luxembourg, dont ils évoquent la place financière avec des airs entendus. Lors de la conférence de presse conjointe, Vladimir Poutine place d'emblée l'échange sur ce terrain-là, soulignant l'importance des investissements luxembourgeois en Russie et, dans une moindre mesure, les investissements de la Russie au Grand-Duché, leur volume cumulé étant de l'ordre de 40 milliards d'euros.

Poutine ne manque pas d'évoquer l'hypothèque que les sanctions occidentales font peser sur ces échanges et, en l'occurrence, sur l'économie russe.

Bettel à l'offensive

Mais Xavier Bettel cependant monte au front politique et replace le débat dans le champ des préoccupations actuellement les plus brûlantes.

Le Premier ministre souligne en effet que „nous nous trouvons à un moment très important“ sur le plan international, et fait mention des rencontres de Normandie dans le cadre des célébrations de la fin de la guerre.

Le mot est lancé et Bettel poursuit en déclarant qu'“une fois encore nous sommes face des situations très conflictuelles“, ajoutant devant Poutine que „nous avons des ennemis communs“.

Xavier Bettel: „Je vous ai écouté à New York [devant l'Assemblée générale des Nations unies], et je déduis de vos propos que nous avons un but commun [la lutte contre l'Etat islamique en Syrie]. Et le Premier ministre de conclure, impérial: „Tâchons de voir ensemble, maintenant, comment nous pouvons y parvenir“.

L'approche du problème doit-elle se faire avec Bachar el-Assad? Poutine bien entendu répond par l'affirmative, Bettel ne conteste pas mais ajoute que cette approche doit se faire avec la rébellion anti-Assad aussi. „On ne peut avancer en excluant l'une au l'autre des parties présentes, conviennent les deux interlocuteurs.

La carte de l'intercession

La veille déjà Xavier Bettel avait affirmé avant sa rencontre avec son homologue russe, que „La Syrie est le problème, et la Russie fait partie de la solution“. Qu'il faut s'entendre désormais sur une approche internationale „concertée“, par allusion au solo de la Russie mais, aussi, à l'initiative militaire de la France.

Une démarche „junckérienne“, Xavier Bettel s'employant à son tour jouer la carte de l'intercession, à (r)établir le contact entre les parties en présence, à creuser la voie du Luxembourg en donnant la voix à ceux qui face la Syrie ne s'entendent plus. Légende Photo: Xavier Bettel au président russe Vladimir Poutine: „Nous avons un but commun, tâchons de voir comment y parvenir“. (Photo: M.A.E/Charles Caratini)


Sur le même sujet

Alors que le Premier ministre russe sera en visite au Luxembourg ces mardi 5 et mercredi 6 mars, l'ambassade américaine du pays a publié un communiqué lundi matin appelant Xavier Bettel à prendre position par rapport à la Crimée.
(de g. à d.) Xavier Bettel, Premier ministre, ministre dÉtat ; Dmitri Medvedev, Premier ministre de la fédération de Russie ;
Le Premier ministre russe a répondu à l'invitation du Premier ministre Xavier Bettel et sera au Luxembourg ces mardi 5 et mercredi 6 mars. Au menu des échanges à venir: des thèmes économique, politique et culturel.
(de g. à d.) Xavier Bettel, Premier ministre, ministre dÉtat ; Dmitri Medvedev, Premier ministre de la fédération de Russie ;
Xavier Bettel en Russie
Le Premier ministre s'est rendu lundi à Sotchi, où il a été accueilli par son homologue russe Dimitri Medvedev avant de rencontrer le président Vladimir Poutine aujourd'hui mardi.
"Conforter un respect mutuel": le Premier ministre Xavier Bettel avec son homologue russe Dimitri Medvedev.