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Belval: «On ne veut pas d'une cité dortoir»
Luxembourg 7 5 min. 26.06.2018 Cet article est archivé

Belval: «On ne veut pas d'une cité dortoir»

Belval: «On ne veut pas d'une cité dortoir»

Photo: Société Agora
Luxembourg 7 5 min. 26.06.2018 Cet article est archivé

Belval: «On ne veut pas d'une cité dortoir»

L'ancienne friche industrielle de Belval est en pleine rénovation depuis 2000: sous la houlette de la société Agora, elle accueille déjà, entre autres, la Rockhal et l'Université du Luxembourg. Quelles nouveautés les années à venir réservent-elles à ces hauts fourneaux abandonnés, lentement mués en lieu de vie, dix ans avant la fin prévue du projet ?

Par Jean Vayssières

À Belval, le métal rouillé des anciennes tuyauteries côtoie l'architecture moderne de bâtiments cubiques. Sous les rails et les poutres d'acier qui courent le long de hangars massifs, des promeneurs se croisent et se pressent dans les rues de ce qui fut autrefois un site sidérurgique.

Car voilà longtemps que le quartier a entamé sa rénovation: aujourd'hui déjà, il rassemble pas moins de 12.000 occupants quotidiens. Parmi eux, on compte 5.000 travailleurs, 1.100 lycéens, 3.500 étudiants et 1.000 enseignants ou chercheurs, qui évoluent au sein de 180 entreprises, commerces et restaurants. 2.400 d'entre eux ont même élu domicile dans la zone, entre le métal d'autrefois et les immeubles de verre d'aujourd'hui. 

74% de la surface déjà vendue, 46% des travaux déjà entrepris

La société Agora, fondée en 2000 au sein d'un partenariat entre l'État luxembourgeois et le groupe ArcelorMittal, a pour mission de donner une nouvelle vie aux friches industrielles du géant de la sidérurgie, qui parsèment le sud du grand-Duché. 

Le bilan 2018 témoigne du bon avancement des travaux: 74% des 1.350.000 mètres carrés du site, soit un million, sont d'ores et déjà vendus aux promoteurs et investisseurs. 46% d'entre eux, soit 625.000, sont déjà achevés ou toujours en construction: quasiment la moitié, donc, devra encore être entreprise d'ici 2027, date butoir envisagée par Agora. 

«C'est la date que nous avons fixée», explique Vincent Delwiche, directeur général d'Agora, «mais nous ne sommes jamais à l'abri d'un contretemps. Avant la crise de 2008, par exemple, le délai entre le premier contact avec les investisseurs et le début des travaux était en moyenne de six mois. Aujourd'hui, il atteint les trois ans, car tout le monde est plus prudent». 


Nouvelles perspectives de développement du site de Belval / Foto: Joaquim VALENTE
Belval: 70% de la surface constructible est déjà vendue
12.000 personnes y travaillent et y vivent déjà. 2.400 personnes y ont acheté ou loué un appartement. 180 sociétés, commerces et restaurants s'y sont implantés. Le jeune quartier urbain de Belval a «fortement progressé» en 2016 et les projets comme «Naos» ou les «Capelli Towers» se bousculent.

La société oeuvre depuis 18 ans, non seulement à rendre cette zone industrielle habitable, mais également à en faire un quartier attractif. C'est dans cet objectif que sont actuellement construits deux grands quartiers résidentiels: Belval-Nord, dont les appartements sont déjà habités et dont la construction est quasiment achevée, et Belval-Sud, à vocation plus familiale, qui accueillera 750 logements dont 120 maisons à l'horizon 2027. 

Sous le métal, la ville croît lentement

«Nous visons une mixité sociale», explicite Vincent Delwiche, «en proposant de petits et de grands appartements, mais également des maisons individuelles».

En parallèle de ces logements, le site de Belval, dont les objectifs sont loin d'être uniquement résidentiels, continue la construction de bâtiments qui, une fois achevés, accueilleront entreprises, service, institutions, commerces et autres restaurants.

La totalité de la surface des Capelli Towers, deux tours destinées à accueillir bureaux et logements, a déjà été vendue, bien que les travaux soient encore en cours.
La totalité de la surface des Capelli Towers, deux tours destinées à accueillir bureaux et logements, a déjà été vendue, bien que les travaux soient encore en cours.
Photo: Jean Vayssières

«On ne veut pas d'une cité dortoir. Nous vendons les terrains contre un prix, mais également contre un programme, un projet. Le but, c'est de créer un environnement homogène et durable». La société Agora estime que le quartier de Belval, lors de son inauguration définitive en 2027, devrait avoir permis la création de 20.000 à 25.000 emplois au total. 

Depuis 2005, la salle de concert de la Rockhal trône au milieu de l'Avenue du Rock 'n' Roll. À une centaine de mètres de là, sur les 27 hectares vendus à l'État pour le développement de l'Université du Luxembourg, s'étendent les différents bâtiments du campus de Belval. À l'avenir, on trouvera également dans le quartier la Maison du Livre et sa bibliothèque universitaire, ainsi que la Maison des Matériaux, qui abritera bureaux et laboratoires.

Un bassin sidérurgique revisité en amphithéâtre 

Une question demeure: pourquoi adapter l'urbanisme et l'architecture des nouveaux bâtiments aux anciennes structures, au lieu d'en faire table rase et de repartir de zéro ? 

Les bassins de frittage de Belval, qui s'étendent jusqu'à 15 mètres de profondeur, sont actuellement à l'abandon.
Les bassins de frittage de Belval, qui s'étendent jusqu'à 15 mètres de profondeur, sont actuellement à l'abandon.
Photo: Jean Vayssières

«On ne peut pas vivre sans racines», répond Vincent Delwiche. «Certains diront que ces vestiges sont des tas de ferraille, mais leur rôle essentiel est de donner une identité au quartier, tout en conservant ses racines et en témoignant de son histoire. En les contemplant, les plus jeunes connaîtront l'outil qui a permis au pays de passer de l'agriculture à l'industrie, et d'être ce qu'il est aujourd'hui». 

La transformation prochaine des deux anciens bassins de frittage témoigne de cette volonté de faire évoluer le quartier tout en embrassant son passé. Ces deux immenses trous emplis d'eau, qui aujourd’hui croupissent et rouillent, auront changé de visage d'ici quelques années.

L'un accueillera, en sous-sol, un restaurant et une zone de rencontre; l'autre sera vidé pour se muer en amphithéâtre, qui accueillera les passants et des événements culturels. Pour ce faire, le parking qui les entoure actuellement disparaîtra sous le béton: son niveau sera rehaussé de cinq mètres, afin d'atteindre le niveau de la rue. 

Un pont pour établir la liaison de Micheville


Après le couper de ruban sur le giratoire d'accès, ministres français et luxembourgeois, préfet, élus, ingénieurs et acteurs du projet de la Liaison Micheville sont descendus dans le tunnel Central Gate de Belval pour la cérémonie officielle, ce vendredi matin.
Patience, ce n'est «qu'une partie d'un concept global»
La liaison Micheville-Belval inaugurée ce vendredi dans le tunnel Central Gate de Belval n'est qu'«une partie d'un concept global qui sera seulement fini dans quelques années», a expliqué François Bausch en mettant l'accent sur le modal split d'«au moins 60/40». Le secrétaire d'Etat français, Christian Eckert a souligné la participation «rarissime» du Luxembourg au projet côté français.

En décembre 2016 était inaugurée la liaison dite de «Micheville», censée faciliter l'accès à Belval en reliant l'A30 française à l'A4 luxembourgeoise. Mais il manque, depuis cette date, quelques kilomètres de route pour achever les travaux et établir la connexion. 


D'ici 2022, ces tronçons manquants seront de l'histoire ancienne: la construction d'un pont de 120 mètres surplombant la N31, censé établir la connexion autoroutière de Belval à l'A4, a commencé en mai 2018. 

En mai 2018 a débuté la construction d'un pont de 120 mètres, enjambant  la N31 pour relier Belval à l'A4, et s'intégrant dans le tracé de la liaison Micheville.
En mai 2018 a débuté la construction d'un pont de 120 mètres, enjambant la N31 pour relier Belval à l'A4, et s'intégrant dans le tracé de la liaison Micheville.
Photo: Jean Vayssières

À l'époque déjà, lors de l'inauguration de la liaison, le ministre du Développement durable et des Infrastructures, François Bausch, tablait comme à son habitude sur une mise en avant de la mobilité douce dans le quartier de Belval. 

Aujourd'hui, la proportion envisagée reste la même: 60% de voitures contre 40% de mobilité douce. De plus, «chaque immeuble aura son parking souterrain», avance le directeur général d'Agora. 

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